Le ministre Van Quickenborne en direct de sa safe house: "Contrôler le port d'Anvers ne suffit plus à la mafia, elle veut contrôler la société"

Le ministre est sous protection rapprochée depuis une tentative d’enlèvement, probablement par des trafiquants de drogues lourdement armés.

Sébastien Ponciau
Le ministre Van Quickenborne en direct de sa safe house: "Contrôler le port d'Anvers ne suffit plus à la mafia, elle veut contrôler la société"
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De sa safe house tenue secrète, où il est maintenu sous haute surveillance rapprochée, le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne nous a accordé une interview. Pour rappel, lui et sa famille ont été mis en sécurité après le déjouement d’une tentative d’enlèvement, probablement par des trafiquants de drogues lourdement armés.

Dans votre message Facebook, vous vous êtes montré ferme, résolu, pas apeuré du tout. C’est le rôle d’un ministre. L’homme et le père de famille sont-ils aussi sereins que cela ?

Je dors bien. Nous nous portons bien. En fait, avec tout le dispositif policier autour de moi, je ne me suis jamais senti autant en sécurité. Ma famille a plus de difficultés à s’habituer. Quant à moi, ce n’est pas la première fois que je reçois des menaces. J’en recevais même quand j’étais ministre des Pensions.

Via un tel message offensif, n’avez-vous pas craint de provoquer, de jeter de l’huile sur le feu ? N’avez-vous pas été tenté de calmer temporairement le jeu ?

Avoir exprimé ma résolution, ce n’était pas pour provoquer les trafiquants. C’était pour rassurer la population.

Comment avez-vous expliqué ce placement dans une safe house et la présence des policiers à vos enfants ?

Ils ont trois et six ans. Je leur ai simplement dit que des méchants menaçaient leur papa.

C’est tout de même une privation de liberté…

C’est vrai. Mais nous avions déjà pu expérimenter cette sensation lors de la crise du Covid. Nous étions confinés à quatre dans un petit appartement. Ils m’ont donc déjà vu télétravailler aussi. Je continue à travailler. J’ai eu un contact avec la ministre de la Justice italienne pour un dossier d’extradition. Ce mercredi matin, je participerai à la réunion Budget du gouvernement.

Vos déplacements sont néanmoins restreints. Pour un ministre, une telle situation contraignante est-elle tenable sur la durée ?

Les mesures de sécurité sont évaluées heure par heure, elles peuvent évoluer. Cela dit, il est vrai que cette situation menaçante peut encore durer. D’autant que nous continuons notre combat, nous poursuivons tout ce que nous avons entamé.

Ces derniers mois, le nombre de saisies et d’arrestations dans le milieu de la drogue a explosé avec l’opération Sky ECC. Imaginiez-vous qu’on puisse s’en prendre à vous violemment ou via un enlèvement ? Est-ce un risque que vous aviez intégré ?

Jamais je n’avais imaginé cela. Les narcotrafiquants sont en fait entrés dans une nouvelle phase. Contrôler le port d’Anvers ne leur suffit plus. Ils veulent contrôler la société. En me visant, ce n’est pas le ministre qu’ils veulent terroriser, je suis un symbole, mais bien tous les citoyens, comme le font les terroristes. Avec pour objectif, nous faire plier et baisser la pression. C’est vain d’imaginer que ça puisse marcher. Nous sommes dans un État de droit pas dans un narco-État.