"Pour le MR, les propos d'Hadja Lahbib font très mal évidemment"

Hadja Lahbib, ministre des Affaires étrangères (MR), était l’invitée de Martin Buxant ce jeudi matin sur LN24. Ses propos tenus au sujet de la proposition du Premier ministre de réduire le salaire des ministres ont ravivé le débat concernant ses convictions politiques et sa place au sein du MR.

Martin Buxant et Hadja Lahbib sur le plateau de LN24
Martin Buxant et Hadja Lahbib sur le plateau de LN24 ©LN24

Ce jeudi matin, Hadja Lahbib, ministre des Affaires étrangères (MR), était sur le plateau de LN24 et répondait aux questions du journaliste Martin Buxant. Interrogée sur le fait que le Premier ministre Alexander De Croo souhaite se montrer solidaire vis-à-vis de la population en réduisant de 8% le salaire annuel des ministres en signe de cotisation de crise, la ministre a défendu la proposition en expliquant qu'elle n'avait aucun tabou sur ce sujet. "C'est une proposition qui est sur la table et qui n'est pas du tout adoptée mais je ne pense pas que c'est cela qui va permettre d'endiguer l'inflation", détaille Hadja Lahbib. "C'est pour montrer l'exemple mais pourquoi s'arrêter uniquement au monde politique ? Je pense qu'il y a des chefs d'entreprise qui gagnent beaucoup mieux leur vie encore", a revendiqué la Ministre.

Dans la foulée de cette interview, le PS s'est engouffré dans la brèche pour railler son partenaire de majorité. "Les lignes bougent ! Salut à Hadja Lahbib qui relaie l’idée du PS d’une cotisation de crise sur tous les hauts salaires !", a tweeté le parti. Fidèle à lui-même, Georges-Louis Bouchez a immédiatement réagi, estimant que les propos étaient déformés par les socialistes. "Elle dit que cette réduction pour les ministres ne va pas régler l’inflation. Et justement qu’ensuite on s’attaque à d’autres revenus. Donc pour le MR, ce sera l’index pour tout le monde et sans impôt nouveau !"

Des propos débattus sur LN24

Plus tard dans la journée, des analystes politiques sont revenus sur l'interview d'Hadja Lahbib dans l'émission "Les couloirs des la Chambre", présentée par Adrien de Marneffe, sur LN24.

Martin Buxant, le chef de l'information sur LN24, évoque un "auto-emballement" de la nouvelle ministre, qui semble avoir été "prise de court" par la question qu'il lui avait posée le matin même. "J'ai l'impression qu'il n'y a pas eu de distinction dans son esprit entre argent public et argent privé (...) Pour le MR, ça fait très mal évidemment de dire qu'on va aller chercher dans la poche de l'initiative privée, des patrons. Cela pose la question de l'ouverture des libéraux vers le centre de l'échiquier politique."

Pour Frédéric Chardon, journaliste de La Libre, les propos tenus par Hadja Lahbib sont surprenants pour une ministre appartenant au MR. "Je vous rappelle qu'elle était étiquetée comme journaliste de gauche lorsqu'elle était encore à la RTBF et avant que Georges-Louis Bouchez, le président du MR, ne vienne la débaucher pour la transformer du jour au lendemain en ministre des Affaires étrangères (...) On se souvient que lors de la conférence de presse annonçant sa désignation, Hadja Lahbib avait dit être ni de gauche, ni de droite, mais fondamentalement libre. Cela voulait dire qu'elle pratique relativement bien la langue de bois. Elle refusait donc d'admettre devant tout le monde qu'elle était libérale. Dans l'interview de ce matin, elle prend le contre-pied de la philosophie politique libérale en annonçant que l'Etat peut exiger des chefs d'entreprises privées qu'ils réduisent leur salaire. Elle n'a donc pas tout à fait compris le concept de la libre-entreprise et le fait que ce sont les actionnaires qui décident du salaire des patrons".

Sur ce même plateau, le politologue Dave Sinardet a pointé quant à lui le fait que les propos relèvent d'une communication politique problématique. "Cette interview, clairement, n'a pas été très bien préparée (...) Involontairement et sans doute sous le coup de stress provoqué par les nombreuses attaques et notamment son voyage en Crimée, elle a réaffirmé ne pas faire partie clairement de la famille du MR. Cette situation nourrit des conflits au sein du parti puisque certains ne comprennent toujours pas qu'on ait pu aller chercher quelqu'un de l'extérieur alors que d'autres étaient candidats".

Frédéric Chardon a quant à lui rappelé que tout le monde a en tête les élections bruxelloises de 2024. "Le fait qu'Hadja Lahbib puisse se présenter sur les listes du MR pourrait doubler des personnalités politiques du MR qui sont bien implantées dans le paysage politique telles qu'Alexia Bertrand et David Leisterh. Elle pourrait donc créer pas mal de troubles en interne, ce qui est déjà le cas puisque Alexia Bertrand rêvait du poste de ministre des Affaires étrangères. Il y a donc un malaise qui ne passe pas au sein du parti."

David Clarinval clarifie la position du MR

Toujours dans l'émission "Les Couloirs de la Chambre", David Clarinval a été interrogé pour, notamment, clarifier la position de son parti sur la réduction du salaire des patrons et des ministres fédéraux. Le vice-Premier ministre MR a insisté sur la distinction entre les entreprises et les pouvoirs publics. Il a précisé être "tout à fait d'accord de faire un effort sur mon salaire", tout en ajoutant qu'"il s'agit de montants modiques par rapport au déficit budgétaire. La piste est envisageable mais elle pose la question de l'indexation en général. C'est pour cette raison que nous insistons sur le fait de ne pas payer de cotisations pour l'employeur sur les indexations qui sont prévues (...) Mais ne mélangeons pas tout. On parle des salaires publics, et pas des salaires des patrons ou d'autres salaires qui seraient dans le collimateur."