Paula D’Hondt, une figure marquante des années 80

Paula D’Hondt avait 96 ans. Elle s’en est allée mercredi. La presse francophone s’est contentée de quelques lignes pour saluer sa mémoire. Pur produit de la démocratie chrétienne flamande, elle a pourtant été une figure politique incontournable de la scène nationale des années 80 et 90.

Paula D'Hondt.
©D.R

Après avoir occupé le poste de secrétaire d’État aux "PTT" (Postes, télégraphes et téléphones) pendant deux législatures, elle hérite, en 1988, des Travaux publics. La réforme de l’État négociée en début de législature concrétise cependant la régionalisation des Travaux publics et dépouille du même coup Paula D’Hondt de toute compétence.

Le Premier ministre de l’époque, Wilfried Martens, CVP comme elle, lui propose un nouveau poste : commissaire royal à l’immigration. Elle refuse d’abord, car elle sait qu’il ne s’agit que d’un lot de consolation. Mais elle finit par accepter. Avec Bruno Vinikas (PS), son alter ego francophone, elle va s’y investir sans compter.

L’immigration électrise alors les débats politiques. Chacun a pris conscience que les travailleurs immigrés sont installés durablement sur le sol belge où ils scolarisent leurs enfants et développent leur projet de vie.

Cette prise de conscience ne se fait pas sans mal. Elle suscite des peurs. Et des caricatures. En 1986, le bourgmestre de Schaerbeek, Roger Nols (FDF, puis PRL, puis FN, puis FNB), se rend à dos de chameau au conseil communal pour se moquer des demandes d’extension du droit de vote aux étrangers qui se font entendre.

Au même moment, l’extrême droite réalise sa percée en Flandre. En 1988, le Vlaams Blok obtient 17 % des voix au scrutin communal à Anvers. Trois en plus tard, il envoie 12 députés à la Chambre. C’est un véritable électrochoc. La même année, en 1991, la commune de Forest connaît quelques jours d’émeutes après l’arrestation mouvementée d’un jeune d’origine étrangère.

Une commissaire très active

Dans ce contexte explosif, Paula D’Hondt prend conscience de l’importance de son rôle. Elle sillonne le pays à la rencontre des associations et finit par devenir le visage de la société multiculturelle. Ce qui lui vaudra d’être déclarée ennemie n° 1 par le Vlaams Blok, qui la menacera jusqu’à son domicile.

En 1993, Bruno Vinikas et Paula D’Hondt remettent un rapport de 3 000 pages où figure une longue liste de recommandations scellant la base des politiques d’intégration en Belgique.

De ce rapport naîtra notamment le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme - devenu Unia depuis. Hasard de la vie, celle qui était devenue l’amie de la reine Fabiola s’en va l’année où la majorité flamande concrétise son retrait d’Unia et jette la base légale d’un institut flamand des droits humains qui ne luttera contre les discriminations que dans la seule Flandre et qui, selon certains juristes, disposera de beaucoup moins de pouvoir.