Comment le MR pourrait séduire la communauté turque… avec l'aide d'un faiseur d'opinion au passé sulfureux
Safa Akyol, bras droit d'Emir Kir et figure influente au sein de la communauté turque de Belgique, était présent au congrès du MR du week-end dernier. Sa présence soulève de nombreuses interrogations dans la sphère politique.
- Publié le 27-10-2023 à 12h16
- Mis à jour le 27-10-2023 à 13h00

Plus de 1300 membres du MR se sont réunis dimanche lors du second congrès Belgium 2030 du MR. Une photo prise lors de l'événement et postée sur Facebook par la conseillère CPAS Khadija Boudiba a suscité de nombreux commentaires dans la sphère politique bruxelloise. On y voit Safa Akyol aux côtés d'Amin El Boujdaini, l'homme qui sert la stratégie du MR pour séduire les Belgo-Marocains, et de Rachid Azaoum, nouvelle recrue berchemoise soustraite aux Engagés.
Safa Akyol est le bras droit du bourgmestre de Saint-Josse, Emir Kir, exclu du PS début 2020 pour avoir accueilli des maires turcs d'extrême-droite dans la maison communale. Comme son chef, il a récemment claqué la porte du parti socialiste au terme de longs désaccords. Il est également président de BizzTürk, une association de commerçants turcs.
Séduit par la touche Bouchez
Va-t-il rejoindre le Mouvement réformateur ? "Il n'y a rien de garanti pour le moment. Je suis encore en train de voir les possibilités. En tant que président d'une association de commerçants, je suis séduit par le discours du MR à l'égard des indépendants. Le MR a changé de politique ces dernières années. Ce n'est plus le parti que l'on croyait raciste à cause du discours du PS", déclare celui qui se dit sensible à la tonalité imprimée au parti libéral par son président, Georges-Louis Bouchez.

L'ex-socialiste tennodois est considéré comme un faiseur d'opinion au sein de la communauté turque. On lui a aussi longtemps collé une étiquette de relais du pouvoir turc. "Le lobbyisme pro-Erdogan de Safa Akyol s'est exercé au sein de son engagement au sein de l'UETD", nous expliquait Bahar Kimyongür, auteur, militant laïque et opposant au régime turc. L'UETD, l'Union of International Democrats – Belgique est considérée comme une branche officieuse belge de l'AKP, le parti islamo-conservateur dont le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan est cofondateur et président.
Passé sulfureux
"Safa Akyol était un agent d'infiltration au service du lobby national-conservateur islamique turc en général, de sa fraction nationaliste "panturkiste" et racialiste en particulier", commente sans fard Manuel Abramowicz, de l'Observatoire belge de l'extrême droite – RésistanceS. "Bras-droit du PS Émir Kir, Akyol pourrait être son cheval de Troie ou son intermédiaire pour éventuellement préparer l'arrivée du bourgmestre belgo-turc de Saint-Josse auprès de Georges-Louis Bouchez."
"Je ne suis ni pro, ni anti Erdogan. Je suis anti Good Move."
"J'en ai marre de ces allégations qui sont faites sur ma personne depuis dix ans sur base d'événements auxquels j'ai participé quand j'étais en recherche d'identité", réplique Safa Akyol. Un événement en particulier a participé à forger cette réputation. Le 23 mai 2015, l'ex-conseiller PS a pris part, en tant que porte-parole de l'UETD, à une manifestation contre la reconnaissance du génocide arménien lors de laquelle il a appelé à retirer les "structures commémoratives sur les places publiques, ces soi-disant monuments blessant la communauté belgo-turque."
"Je cherchais à faire entendre la voix des autres jeunes dans les quartiers populaires avec mon association. Aujourd'hui, j'ai arrêté la politique internationale. Cela m'a ramené plus de problèmes que d'aide", explique-t-il. Quand on l'interroge sur son éventuel soutien au président turc, il réplique : "Je ne suis ni pro, ni anti Erdogan. Je suis anti Good Move."
Atout électoral
Ces questionnements mis de côté, le profil de Safa Akyol représente un atout de taille sur le plan électoral. Le MR en est conscient. "Il fait partie de ces nombreuses personnes qui veulent nous rejoindre", reconnaît David Leisterh, président du MR bruxellois. "Nous l'avons d'abord rencontré avec Georges-Louis Bouchez et David Clarinval [ministre des Indépendants, NdlR] dans le cadre des discussions sur les aides à accorder aux commerçants pendant la période du covid. C'est une personne influente dans la communauté turque dont l'expertise est utile pour renforcer le tissu économique bruxellois."
David Leisterh espère pouvoir séduire toutes ces personnes qui, comme Safa Akyol, ont été "déçues de la gauche bruxelloise." Il rappelle que dix ans plus tôt, le nord de Bruxelles était encore "assez bleu." Aujourd'hui, "cela semble inimaginable que des libéraux puissent convaincre dans ces quartiers." Il accueille donc avec un intérêt certain le fait que "des personnes influentes dans la communauté turque comme Safa Akyol s'intéressent à ce que le MR fait."
Il n'est pas question, par contre, pour David Leisterh de recruter Emir Kir.