Une grande soirée dédiée aux 50 ans de l'immigration marocaine était organisée par Espace Magh, une asbl présidée par le socialiste Ahmed Laaouej, ce lundi soir, au centre Bozar, à Bruxelles. Dans un billet publié sur son blog, le journaliste de L'Echo Martin Buxant signalait dimanche que le MR et le cdH "considèrent que cette manifestation a été totalement récupérée par le Parti socialiste". En cause : le déséquilibre de visibilité donnée aux différents partis lors de cet événement où des vidéos de personnalités, surtout politiques, étaient projetées. Une visibilité pourtant indispensable à trois mois des élections...

Notre confrère de L'Echo écrivait que "la formule initiale prévoyait, selon plusieurs sources, que douze socialistes, ou apparentés, seraient interrogés". Le MR, le cdH et Ecolo ne devaient, eux, avoir droit qu'à deux capsules par parti. Face à ce déséquilibre, les présidents Charles Michel et Benoit Lutgen s'étaient d'ailleurs détournés de l'événement.

Finalement, 19 capsules ont été diffusées, mettant en avant : 3 MR (Jacques Brotchi, Richard Miller, Alain Courtois), 2 cdH (Céline Fremault, Julie De Groote), 2 Ecolo (Olivier Deleuze, Christos Doulkeridis), 7 PS (Fadila Laanan, Rachid Madrane, Rudy Demotte, Rudi Vervoort, Yvan Mayeur, Laurette Onkelinx, Philippe Moureaux) et 5 personnes de la société civile.

Certains se débinent, d'autres se ravisent

"Une telle disproportion est déplorable", affirme le député fédéral Denis Ducarme (MR), qui suit les matières d'immigration. "Je regrette cette confiscation partisane d'un anniversaire important qui doit appartenir à l'ensemble de la communauté belge et belge d'origine étrangère. S'approprier cet événement et s'en faire une publicité est regrettable. Cet anniversaire valait mieux que cela. Je vous le dis au nom de nombreux libéraux, plutôt que ces capsules de précampagne du PS, il aurait été plus utile de mettre en valeur les personnes issues de l'immigration et l'aspect bénéfique de cette immigration économique. Ce win-win est notre modèle au MR et il doit nous inspirer pour l'avenir car nous aurons toujours besoin de l'immigration."

Le président d'Espace Magh, Ahmed Laaouej (PS), rejette ces accusations. Il affirme que les personnes apparaissant dans les capsules ont été choisies "dans une logique de subvention". En clair : qui a soutenu financièrement le projet peut avoir de la visibilité. "Il est normal de demander au responsable d'une institution pourquoi il a apporté son soutien à l'événement. Seul deux socialistes qui ne dirigent pas une institution apparaissent dans les capsules : Philippe Moureaux et Laurette Onkelinx. Le premier parce qu'il est l'auteur de la loi contre le racisme. La seconde pour sa lutte contre les discriminations en tant que ministre fédérale", souligne Ahmed Laaouej. D'après lui, d'autres politiques des trois autres grandes formations francophones ont été approchés. "Certains se sont débinés, d'autres n'ont jamais donné de réponse ou se sont ravisés. Je n'y peux rien si certains ont décliné, et si la sensibilité à ce thème est plus forte dans certaines familles politiques que dans d'autres", ajoute le socialiste.

Une voie glissante vers le clientélisme

Mais comment expliquer que le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR), ou la ministre de l'Egalité des chances, Joëlle Milquet (cdH), n'aient pas été approchés pour ces vidéos ? "Ils ont été ignorés", désapprouve Denis Ducarme. Ahmed Laaouej donne évidemment un son de cloche différent. "Ca aurait été surréaliste de demander à Didier Reynders. On en est à une immigration de troisième génération. Quant à Joëlle Milquet, je n'ai pas senti le moindre soutien de sa part à Espace Magh, que du contraire..."

Un autre aspect fait grincer des dents dans cette affaire : l'utilisation des subsides reçus par Espace Magh en vue des festivités. Provenant essentiellement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, du gouvernement bruxellois et de la Cocof, ils s'élèveraient à 600.000 voire 700.000 euros. Selon Denis Ducarme, "Les différents exécutifs qui ont subsidié l'événement devront s'interroger sur les agissements de telles asbl. Utiliser des fonds publics à des fins quasi exclusivement partisanes oblige au questionnement. Les réflexes doivent changer. J'espère que les personnes issues de l'immigration ne tombent pas dans ce genre de panneaux. Mais il faudra qu'on me le prouve... C'est une voie glissante vers le clientélisme, le communautarisme."

Une interprétation balayée par le socialiste Ahmed Laaouej. "Les sensibilités d'Espace Magh sont progressistes. Je peux comprendre qu'avoir dans ses rangs quelqu'un qui qualifie les jeunes d'origine marocaine de Norvégiens (NdlR : Alain Destexhe) ou quelqu'un qui situe Molenbeek à l'étranger (Didier Reynders), empêche certaines personnes de se retrouve dans notre projet."