Le successeur de M. Jambon, Pieter De Crem (CD&V), a indiqué mercredi devant les députés, sur la foi d'informations reçues de son collègue des Affaires étrangères, que le 2 juillet, un directeur du SPF Affaires étrangères avait reçu l'ambassadeur de Slovaquie à propos de ce décès survenu en février après une intervention policière pour maîtriser le ressortissant slovaque.

Au cours de cet entretien, l'ambassadeur a déclaré qu'il avait déjà eu un contact avec M. Jambon. Le 4 juillet, un rapport de cet entretien a été transmis au chef de cabinet de M. Jambon. M. De Crem a précisé que précédemment, le 2 mars, l'ambassadeur aurait été reçu au cabinet de M. Jambon.

"Nous allons investiguer et le ministre donnera ensuite toutes les informations nécessaires à la commission", a fait savoir mercredi le cabinet actuel de M. Jambon, devenu depuis lors ministre-président flamand.

L'ex-ministre de l'Intérieur a jusqu'à présent nié être au courant de ces événements. "Jan Jambon n'avait jamais entendu quoi que ce soit sur l'incident jusqu'aux informations d'il y a quelques jours", avait tweeté son porte-parole à la fin de la semaine passée. L'ex-secrétaire d'État à l'Asile, Theo Francken (N-VA), a lui aussi affirmé que ni lui, ni M. Jambon n'avaient été mis au courant de cette affaire.

Ces révélations ont suscité l'émoi des députés. "S'il apparaît qu'aucune suite n'a été donnée par la hiérarchie policière et le ministre, se pose la question de savoir s'il y a eu inertie voire impunité", a fait remarquer Ahmed Laaouej (PS).

"Je suis abasourdie. Le fait qu'il (M. Jambon) soit au courant impliquait d'autres actes et des conséquences. Indépendamment de la procédure pénale, il avait le devoir d'enclencher une procédure disciplinaire", a souligné Vanessa Matz (cdH).


Aux yeux de Zakia Khattabi (Ecolo-Groen), les éléments exposés aux députés montrent clairement que la réunion de ce mercredi "n'est qu'une première étape".

De nombreuses questions se posent sur l'attitude de la hiérarchie policière qui semble n'avoir pris aucune mesure jusqu'à la diffusion des images de l'intervention policière et l'indignation qu'elle a suscitée. Selon M. De Crem, ni la police aéroportuaire, ni la direction générale de la police administrative - dont les patrons ont fait un pas de côté le temps d'une enquête interne - n'ont eu accès aux images, celles-ci faisant partie de l'instruction judiciaire, couverte par le secret. Ils ignoraient donc aussi bien le salut nazi fait par une agente que le sourire affiché par d'autres agents alors qu'ils maîtrisaient violemment M. Chovanek.

"La police fédérale était au courant de l'incident mais pas des images", a assuré M. Crem.

Une version corroborée par les explications du ministre de la Justice, Koen Geens. La maîtrise du ressortissant slovaque a eu lieu dans la nuit du 23 au 24 février, alors que l'intéressé paraissait pris de délire. Le matin, après un arrêt cardiaque, il est emmené inconscient dans un hôpital de Charleroi où il décède trois jours plus tard. Le 24 février, le magistrat de service du parquet, contacté par la police de l'aéroport, a déjà décidé d'ouvrir une enquête et fait acter que les images video de M. Chovanek dans les couloirs de l'aéroport et dans la cellule d'isolement étaient saisies.

Si la hiérarchie de la police n'a pas entrepris de procédure disciplinaire après avoir été mise au courant du décès, c'est parce qu'une instruction judiciaire a été ouverte dès le 27 février et que traditionnellement, ce genre de démarche n'est pas entreprise avant la fin de l'instruction, a encore fait remarquer M. De Crem.