L'ex-ministre de l'Intérieur Jan Jambon, le commissaire général de la police fédérale Marc De Mesmaeker, et sa prédécesseure Catherine De Bolle, n'étaient pas au courant des circonstances précises du décès d'un citoyen slovaque, Jozef Chovanec, en février 2018 après un passage en cellule à l'aéroport de Charleroi, ont-ils assuré mardi aux députés des commissions Intérieur et Justice de la Chambre. Les questions continuent toutefois de se poser. Comment se fait-il qu'aussi bien le ministre que la hiérarchie policière n'aient pas été mis au courant des faits qui aujourd'hui font scandale? Comment se fait-il qu'ils n'ont pas cherché à en savoir plus? Comment se fait-il qu'aucune procédure disciplinaire n'ait été ouverte?

Jan Jambon a pris la parole en premier. "Ce que je vois sur les images est inadmissible", a déclaré l'ex-ministre, qui affirme que ni lui ni son cabinet n'avaient vu les images avant leur publication par Het Laatste Nieuws. Et de poursuivre : “Le dossier qui m’a été présenté il y a deux ans et demi était différent, j'avais un rapport de police sommaire, neutre. Ce rapport ne faisait à aucun moment état des images vues dans la presse”. Jan Jambon a même demandé à ce que le rapport de police qui lui a été transmis puisse être communiqué aux députés de la commission.

En l'absence de faits particuliers portés à sa connaissance, la loi ne permet pas au ministre de l'Intérieur d'ouvrir une procédure disciplinaire, a poursuivi M. Jambon.

Jan Jambon n’est pour sa part pas revenu sur l’enquête en cours, disant respecter scrupuleusement le secret de l’instruction. Il n’a pas non plus évoqué longuement le cas des policiers concernés par cette affaire en déclarant simplement ceci : “J’ai toujours défendu la police, mais là, ce qui se passe est effroyable”.

"Je n’ai pas de méfiance à l’égard des services. Un rapport de police n’est pas un document qu’on peut, comme ça, remettre en question. Imaginons qu’on vive dans une société où on devrait systématiquement vérifier le contenu des rapports. Ça ne fonctionne pas, on ne peut pas travailler comme ça", a poursuivi l'homme politique, dans une traduction faite par la RTBF. Il a souligné avoir rencontré l'ambassadeur slovaque le 30 mai 2018. "Mais cet entretien n’a pas donné d’informations qui auraient pu m’alarmer".

L'autorité disciplinaire appartient en premier lieu à la direction dont relèvent les agents concernés, en l'occurrence la Direction générale de la police administrative, a fait remarquer de son côté Mme De Bolle. Le temps qu'une enquête interne soit menée, le patron de cette direction, André Desenfants, a fait un pas de côté. "Si j'avais vu ces images, j'aurais agi immédiatement", a affirmé l'actuelle directrice générale d'Europol.

Son successeur dirigeait à l'époque le Secrétariat administratif et technique (SAT) assurant la liaison entre le cabinet de l'Intérieur et la police. Il n'a rien su de plus que la relation des faits dans le rapport lacunaire du 26 février. Il a toutefois attiré l'attention du cabinet après la diffusion du communiqué de presse, susceptible selon lui de mener à des "questions" parlementaires. M. De Mesmaeker estime n'avoir commis aucune faute. "En tant qu'ancien directeur du SAT, commissaire général et Marc De Mesmaeker, je peux regarder la famille Chovanec dans les yeux", a-t-il dit, avant de "tendre la main" à la famille Chovanec. Il souhaite les rencontrer, même s'il sait que ce sera un moment difficile.

La révélation des faits a mené à l'ouverture d'une enquête interne à la police. Elle sera menée avec diligence, en toute transparence et de façon impartiale, a-t-il assuré. Le commissaire général n'a pas exclu que d'autres mesures d'ordre soient prises quand les résultats seront connus.

La police aéronautique a été plusieurs fois pointée du doigt. A-t-elle caché des faits à sa hiérarchie? Si les procédures avaient été suivies, dès l'intervention qui a précédé l'hospitalisation de M. Chovanec, une alerte aurait dû être envoyée qui aurait mobilisé de nombreux intervenants et permis de faire remonter les informations.

Le directeur de la police aéronautique, Danny Eslt, a fait l'objet d'une mesure d'ordre et a été muté à une fonction administrative. Un nouveau directeur a été désigné temporairement ainsi qu'un manager de crise, qui est un des conseillers de M. De Mesmaeker.

De nombreux parlementaires s'interrogent

Aux yeux de nombreux parlementaires, plusieurs "clignotants" étaient allumés et auraient dû inciter le ministre et la direction de la police à demander des informations. Les propos de Jan Jambon en particulier ont fait réagir Ahmed Laaouej, chef du groupe PS à la Chambre, qui estime que l'ex-ministre “n’est pas crédible dans ses explications”. (Toutes les réactions ici)


Les commissions de l'Intérieur et de la Justice poursuivront leurs travaux sur ce dossier dans les semaines qui viennent.