En perquisitionnant les bureaux de Jean-Claude Marcourt (PS) et son domicile privé à Liège, le juge d’instruction Frenay, en charge des dossiers liés à Nethys, a donc décidé de suivre la piste des "mains invisibles". Pour rappel, les avocats de l’ancien directeur financier de Nethys Pol Heyse évoquaient il y a quelques jours ces fameuses "mains invisibles" venues du monde politique et qui auraient validé toutes les décisions prises par Moreau, Heyse, Fornieri et consorts.

Cette accusation de complicité politique avait déjà été utilisée par Pierre Meyers, l’ancien président du conseil d’administration de Nethys, lorsque le pot aux roses des indemnités de rétention (près de 18 millions versés à Moreau, Heyse, Bayer et autres) et de la vente des filiales (Win et Elicio) à François Fornieri avait été révélé.

À chaque évocation "des mains invisibles", les noms n’étaient pas révélés. Le nom Jean-Claude Marcourt a-t-il été livré aux enquêteurs par Heyse, Moreau, Fornieri et les autres lors de leurs auditions qui se sont terminées par la case prison pour certains d’entre eux ? Peut-être... En tout cas, le juge d’instruction veut apparemment explorer toutes les pistes, quitte à fermer des portes un peu plus tard ou à en ouvrir d’autres. Dans cette affaire, les rebondissements succèdent aux rebondissements.

Voilà donc Jean-Claude Marcourt, ancien ministre wallon de l’Économie et actuel président du Parlement wallon, toujours président de la coupole des fédérations PS de la province de Liège, perquisitionné. Il nous a d’ailleurs été précisé qu’il avait pleinement collaboré avec les enquêteurs. Ces derniers se sont d’abord rendus vendredi matin au Square Arthur Masson à Namur, en bord de Meuse, où est installé le bureau du président du Parlement wallon. Ils y sont restés plusieurs heures.

En présence du président

La règle veut que lorsqu’un député fait l’objet d’une perquisition, le président du Parlement auquel il appartient doit être présent. Dans ce cas-ci, Jean-Claude Marcourt étant lui-même président du Parlement wallon, la personne qui le suit dans la hiérarchie doit le remplacer. En l’occurrence, la première vice-Présidente, Jacqueline Galant (MR). Comme Jean-Claude Marcourt est aussi député de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la présence de son homologue était aussi requise. Rudy Demotte (PS) n’a pas pu être présent et s’est fait remplacer par sa vice-présidente, Caroline Cassart-Mailleux (MR). Les enquêteurs se sont ensuite rendus à son domicile dans le centre de Liège.

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Mais que cherchent-ils ? Marcourt n’apparaît nulle part dans l’organigramme complexe de Nethys. Il n’était pas membre du comité de rémunération qui a décidé d’octroyer des montants pharaoniques à Moreau et consorts. À l’époque, ce comité a-t-il prévenu Jean-Claude Marcourt et d’autres responsables politiques de leur décision ? Et lorsque Moreau et Fornieri décident de s’octroyer deux filiales prometteuses, avertissent-ils Marcourt et d’autres ? La seule fois où il s’est exprimé sur ce sujet (dans Sud presse ), Marcourt a toujours démenti être au courant. "Si j’avais eu le moindre soupçon, je n’aurais jamais accepté qu’on paye des sommes pareilles. Même si elles sont peut-être légales, elles ne sont pas morales." Quant à la vente des deux filiales, il affirme l’avoir appris par la presse et être "tombé de [sa] chaise".

Et les autres ?

C’est à ces questions que le juge d’instruction liégeois va tenter de répondre. Pour le reste, Jean-Claude Marcourt sera-t-il le seul responsable politique à faire l’objet de perquisitions ? Le président de la fédération MR de Liège, Daniel Bacquelaine, pourrait aussi être inquiété. On cite aussi Muriel Targnion (PS), qui occupait la présidence du conseil d’administration d’Enodia (maison mère de Nethys) et qui a validé les décisions.

Muriel Targnion (PS) et Daniel Bacquelaine (MR) © BELGA

Dans les jours qui viennent, les documents saisis (contenus des ordinateurs, des tablettes et des téléphones portables) seront analysés par les enquêteurs en présence des deux parlementaires présentes lors des perquisitions. Ensuite, l’audition de Jean-Claude Marcourt pourra avoir lieu.