Le débat sur la proposition de loi qui étend les conditions dans lesquelles un avortement peut être pratiqué en Belgique est à l’agenda de la séance plénière de la Chambre cet après-midi. 

Ce texte qui prévoit d’allonger de 12 semaines (actuellement) à 18 semaines le délai dans lequel une femme peut interrompre sa grossesse et supprime toute sanction pénale, tant pour les médecins que pour les femmes, ne devrait pas être soumis au vote ce jeudi. Le CD&V et le CDH ont annoncé leur intention de déposer des amendements qu’ils veulent envoyer pour avis au Conseil d’État. La règle veut qu’au moins 50 députés marquent leur accord pour cela. Ce sera possible si on additionne les voix de tous les partis hostiles à la dépénalisation totale de l’IVG : CDH (5 sièges), CD&V (12), N-VA (24) et… Vlaams Belang (18). Les voix de l’extrême droite sont en effet nécessaires pour que les amendements soient expédiés à la juridiction administrative, ce qui impose un nouveau délai et empêche, au moins provisoirement, le vote de ce jeudi.

"Les parlementaires sont-ils devenus sourds?"

À quelques heures du débat sur ce sujet éthique particulièrement délicat, les opposants à l’assouplissement de la loi IVG font entendre leur voix. Quelques représentants d’un collectif représentant 2 500 professionnels de la santé sont présents devant la Maison des parlementaires (une des entrées de la Chambre) pour tenter de rallier les députés à leur cause et d’empêcher qu’ils votent la réforme de la loi sur l’avortement. “Les parlementaires sont-ils devenus sourds ? La majorité des politiques n’ont pas pris conscience de la gravité des enjeux éthiques, médicaux, mais aussi sociétaux et politiques de cette proposition”, indique le collectif de sages-femmes, infirmiers, psychologues, gynécologues, médecins généralistes, pédiatres qui estiment que la proposition de loi ne prend pas la mesure de ce qu’ils vivent sur le terrain. “Ils doivent recevoir et entendre les professionnels de la santé et voter contre la proposition d’étendre l’avortement à 4 mois et demi de grossesse”.

"Par respect pour toutes les femmes"

À l’inverse, et dans le même temps, une série d’associations de défense des droits des femmes, des plannings familiaux et des acteurs de première et deuxième lignes travaillant sur la santé sexuelle et reproductive font circuler un texte réclamant que les parlementaires soutiennent la proposition de loi. “La Belgique doit franchir le pas, par respect pour toutes les femmes”, clament-ils en chœur, rappelant que 3 500 soignant(e) s ont signé une pétition en ce sens. “Jamais il n’a été question d’être pour ou contre l’avortement. Juste de laisser le choix à la femme de manière libre et éclairée ce qu’elle juge le mieux pour elle”. L'allongement du délai est justifié par les difficultés relevées sur le terrain, notamment celles des femmes qui font face à des situations qui freinent leur accès à l'avortement: violences conjugales, précarité, contexte migratoire, argumentent les associations. "Ces femmes vulnérables méritent aussi d'être aidées et soutenues dans leur choix".