La Belgique politique navigue à vue. Rarement le brouillard avait été aussi épais à un mois des élections. La dernière livraison du baromètre politique de La Libre confirme qu’aucune majorité ne se dessine avec évidence, tant au fédéral que dans les Régions.

Deux phénomènes majeurs expliquent cette situation. D’abord, l’éparpillement des voix. Toutes les formations présentes dans l’un des gouvernements du pays (MR, CDH, PS, Défi, N-VA, CD&V et Open VLD) perdent des plumes au profit des partis d’opposition (Écolo, Groen, Vlaams Belang et PTB). Seule exception, le SP.A, dans l’opposition, qui poursuit sa descente aux enfers. Cela conduit à un resserrement des positions et, corollaire, à la nécessité d’avoir de larges coalitions gouvernementales pour dégager des majorités dans les parlements.

Le fossé se creuse encore le Nord et le Sud

Second phénomène, l’amplification des clivages entre le nord et le sud du pays. Les Flamands votent plutôt à droite, les francophones plutôt à la gauche. Ça, on le savait. Mais l’écart continue de se creuser. Les partis qui composent le spectre politique du centre à l’extrême droite pèsent, ensemble, 66,1 % des voix en Flandre, contre 36,1 % en Wallonie et à peine plus à Bruxelles. Le différentiel entre le Nord et le Sud est plus important (d’environ cinq points de pourcentage) que lors des élections de 2014. Pas de quoi faciliter la mise en place d’une coalition fédérale. Bart De Wever, le président de la N-VA, présente la Belgique comme la juxtaposition de deux démocraties. Ce sondage le confortera dans ses certitudes.

La conséquence de tout cela, c’est que les jeux sont hyperouverts pour la formation des majorités au lendemain du scrutin du 26 mai. En Flandre, la N-VA est quasiment incontournable dans le gouvernement régional. Non seulement elle reste largement la formation la plus puissante (plus de dix points d’avance sur le deuxième), mais, en plus, aucune tripartite ne semble possible sans elle (en tout cas, en termes de pourcentage ; il faudra voir ce que donne la conversion en sièges), tandis qu’une quadripartite reste une configuration gouvernementale peu probable. Une prolongation de l’exécutif actuel (N-VA, CD&V, Open VLD) apparaît comme l’option la plus évidente.

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Des ministres-Présidents Écolo en Wallonie et à Bruxelles

En Wallonie, on va vers une tripartite. Les deux scénarios privilégiés sont la jamaïcaine (MR, CDH, Écolo) et l’olivier (PS, CDH, Écolo). La tripartie traditionnelle (PS, MR, CDH) est aussi une possibilité, voire la "majorité FGTB" (PS, Écolo, PTB).

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En Région bruxelloise, les tendances sont les mêmes, si ce n’est que la donne est encore plus complexe en raison d’un éparpillement des voix plus prononcé et de la présence de Défi, qui jouera les trouble-fête. À noter, aussi, qu’Écolo devrait être en mesure - fait inédit - de prétendre à la ministre-Présidence à Bruxelles et même en Wallonie s’il forme des exécutifs sans le PS.

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Reste le fédéral. La quadrature du cercle. Sur la base du baromètre, une suédoise II (MR, N-VA, CD&V, Open VLD) est possible à condition qu’elle soit élargie au CDH. Toute autre configuration gouvernementale devra sans doute se faire sans la N-VA qui n’imagine pas participer à un exécutif fédéral moins à droite que la suédoise (sauf pour négocier le confédéralisme). On ressort dès lors les tripartites. Celles qui émergent sont la jamaïcaine, l’olivier ou l’arc-en-ciel (familles libérale, socialiste et écologiste). Pour la première fois dans l’histoire politique de la Belgique, une tripartite traditionnelle risque par contre d’être trop courte pour former une majorité.

Bref, les négociations s’annoncent longues. Et des majorités miroirs (les mêmes à tous les niveaux de pouvoir) sans doute impossible à installer.

Fiche technique du baromètre

Ce sondage a été effectué par téléphone fixe ou mobile, du lundi 25 mars au lundi 15 avril 2019, sur un échantillon représentatif de 2 769 électeurs belges à la demande de La Libre Belgique, la RTBF, la VRT et De Standaard.
Les enquêtes ont été réalisées dans chacune des 3 Régions de Belgique sur un échantillon aléatoire de n = 1 006 électeurs résidant en Flandre, n = 1 004 électeurs francophones résidant en Wallonie et de n = 759 électeurs résidant à Bruxelles.
La marge d’erreur maximale est de ± 3,1 % sur les échantillons de Flandre et de Wallonie et de ± 3,6 % sur celui de Bruxelles.

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