Bart De Wever a quitté le Palais

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Politique belge Le Roi Albert II a reçu successivement lundi après-midi les présidents des deux partis sortis vainqueurs des législatives de dimanche, Bart De Wever (N-VA) et Elio Di Rupo (PS). Les consultations royales se poursuivront mardi avec les autres présidents des partis dits démocratiques ayant décroché une représentation à la Chambre.

On peut donc s'attendre à voir dans les prochaines 24 à 48 heures défiler devant le chef de l'Etat les présidents des libéraux flamands et francophones, du sp.a, du CD&V, du cdH, des Verts flamands et francophones, de la LDD et du Parti populaire.

A l'issue de ces consultations, les partis politiques attendent une initiative royale, à travers la désignation éventuelle d'un (in)formateur ou d'un médiateur. Lundi matin, le Roi avait reçu le Premier ministre sortant Yves Leterme (CD&V), comme de coutume le lundi et les lendemains d'élections législatives, ainsi que les présidents de la Chambre et du Sénat sortants, Patrick Dewael (Open Vld) et Armand De Decker (MR).

Analysons les principaux résultats.

1Bart De Wever, l’idole de la Flandre. Il y a incontestablement deux grands vainqueurs : la N-VA au Nord, le PS chez les francophones. La victoire la plus éclatante, le signal le plus fort, le résultat le plus extraordinaire, voire le plus inquiétant – l’avenir le dira –, ce sont les 28,3 % obtenus par le parti de Bart De Wever, la N-VA, un parti qui n’existait pas il y a dix ans et qui a été reconstruit sur les ruines de l’ex-Volksunie avec des lambeaux, par ci par là. Les sondages avaient bien prédit ce que l’on appelait, il y a quelques jours seulement, un raz-de-marée (25-26%) en faveur de la N-VA. Aucun n’avait réellement prédit que les nationalistes séparatistes atteindraient ce résultat faramineux. Bart De Wever a conquis des électeurs dans toutes les formations politiques. Ce qui est extraordinaire, c’est que tous les autres partis (à l’exception de Groen !) sont en recul. Un des bénéfices collatéraux de son écrasante victoire, c’est évidemment la descente aux enfers du Vlaams Belang et aussi du très populiste Jean-Marie Dedecker dont la liste n’aurait plus qu’un seul élu à la Chambre.

2Elio Di Rupo, le préféré des francophones. Au Sud du pays, on s’attendait à une progression du Parti socialiste. Mais ici aussi, elle dépasse, dans son ampleur, ce qui avait été annoncé. Le Parti socialiste retrouve un niveau (quelque 35 %) et une représentation (25 ou 26 sièges) qui correspondent à son “confort” historique. Le PS est le grand vainqueur francophone et recueille les dividendes d’un discours très rassurant, tant sur le plan institutionnel que socio-économique. Au fil de la campagne électorale, Elio Di Rupo a réussi à rassurer son électorat traditionnel et à convaincre aussi ceux qui craignaient de voir le pays livré aux aventuriers. Son discours très rassembleur, très modéré, pendant la campagne électorale, l’a ainsi rendu intéressant aux yeux de la Flandre qui en a fait très tôt son premier ministrable francophone préféré. Ce statut, on le sait, donne toujours une prime à celui qui en hérite. Ce fut le cas de Didier Reynders en 2007. C’est au tour d’Elio Di Rupo aujourd’hui.

3Les perdants. Il y en a plusieurs. Et les défaites sont assez cinglantes. La plus forte, la plus amère, est sans doute celle qu’essuie aujourd’hui le CD&V dont le discours a été inaudible pendant cette campagne. Face au ténor De Wever, la voix de Marianne Thyssen, la présidente du CD&V, a été particulièrement fluette. Son parti réalise le plus mauvais résultat de son histoire. La famille libérale est aussi la grande perdante de ce scrutin anticipé. MR et, surtout, Open VLD sont sanctionnés. Il est une règle, en Belgique : celui qui provoque une crise politique le paie cash. Ici, et même si la popularité du jeune De Croo sera sans doute appréciable, sa stratégie est apparue bien obscure. L’original est toujours préféré à la copie. Bart De Wever est donc apparu plus crédible qu’Alexander De Croo pour imposer une réforme de l’Etat aux francophones. Et le libéral qu’est De Croo aurait évidemment dû savoir que précipiter le pays dans le chaos, cela n’allait pas être très apprécié par ceux qui sont réellement soucieux de la santé économique du pays et de la Flandre. De plus, vendredi soir encore, lors du débat entre les présidents flamands (VTM), il jugeait qu’une des conditions de la reprise, c’était de mettre fin à l’instabilité politique du pays... Quelle incohérence pour celui qui, précisément, venait de précipiter le pays dans l’aventure ! Du côté francophone et même si l’on considère que le MR avait atteint un sommet en 2007, la sanction, même par rapport à 2009, est sévère. Pourtant, Didier Reynders a fait une campagne sobre, calme et assez convaincante. Trop tard, sans doute, car l’image de l’homme était affaiblie depuis un certain temps. Tant au ministère des Finances qu’en tant que patron du MR.

Parviendra-t-il à se maintenir à la tête de son parti? On le saura très vite. Beaucoup annoncent des explications viriles. Le président du VLD, lui, Alexander De Croo, semble vouloir poursuivre son mandat, sans état d’âme aucun, estimant que le temps de la reconstruction est arrivé. Oui, tout est à refaire.

4Quelles sont les coalitions probables et possibles ? Théoriquement, la solution la plus simple, pour constituer une majorité fédérale, c’est de s’appuyer, de s’inspirer des majorités qui gouvernent actuellement les entités fédérées. Un Olivier, pour le versant sud du gouvernement fédéral (PS-CDH-Ecolo) et un gouvernement N-VA-CD&V-SP.A pour le versant nord. Cette coalition disposerait de la majorité spéciale requise (la majorité simple dans chaque groupe linguistique et la majorité des 2/3 au total, soit 100 sièges) pour approuver une grande réforme de l’Etat. On pourrait y ajouter Groen! et ses 6 sièges pour rendre rendre cette majorité plus confortable encore. En théorie, bien sûr.

5Un accord institutionnel est-il possible ? “LA” question est évidement de savoir si Bart De Wever est réellement capable de s’inscrire dans un processus de négociation avec les francophones. Sera-t-il en mesure, le moment venu, d’effectuer les compromis nécessaires pour aboutir à un consensus général ? Il a tenu, dimanche soir, un discours très apaisant, tant à l’égard des autres partis flamands mais également, surprise, à l’égard des francophones. “N’ayez pas peur”, a-t-il lancé. Il a précisé qu’il voulait construire des ponts. Ce discours très rassembleur est-il purement tactique ou est-il sincère ? Les francophones, même très méfiants, ne veulent pas refuser cette main tendue. Encore faudra-t-il voir ce qu’il a dans l’autre main... Car il est évident que le passé de Bart De Wever ne plaide pas en sa faveur : il n’a jamais eu, auparavant, des propos ni des attitudes très conciliants. N’a-t-il pas quitté le gouvernement Leterme, en juillet 2008, au motif que les propositions institutionnelles ne lui convenaient pas? Il a prévenu: “Ne rien changer, c’est reculer. Oser changer, c’est aller de l’avant ensemble. ” On aura aussi remarqué que le discours très calme, voire presque généreux, de Bart De Wever a trouvé un écho au Sud du pays. Le président du PS, Elio Di Rupo, a, lui aussi, tenu des propos très mesurés: “Une grande partie de la population flamande souhaite que notre pays évolue sur le plan institutionnel. Pour stabiliser notre pays, ce message doit être entendu”, a précisé Elio Di Rupo que l’on a trouvé, en Flandre, très présidentiel.

6Quel Premier ministre? Il est évident que la question du Premier ministre est prématurée. En même temps, elle est déjà sur toutes les lèvres. La famille socialiste est redevenue la première famille du pays. Et à l’intérieur de celle-ci, le PS est la formation la plus forte. Et au PS, personne ne pense à contester le leadership d’Elio Di Rupo. Bart De Wever a dit, bon prince [?], qu’il était prêt à faire le sacrifice du Premier ministre... Il serait inexact de prétendre qu’Elio Di Rupo n’a pas envie d’accéder à la principale fonction politique du pays. Mais il ne l’acceptera qu’à la condition que cela ne représente pas un handicap pour les francophones et qu’à la condition que son bilinguisme hésitant ne transforme pas sa mandature en un long fleuve difficile. Sinon, il faudra se tourner vers un autre socialiste, flamand : Johan Vande Lanotte. Car pour Paul Magnette, c’est sans doute trop tôt.

© La Libre Belgique 2010

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