Emily Hoyos, coprésidente d’Ecolo, en a assez de la polémique qui oppose le PS au MR depuis plusieurs jours autour du passage du Premier ministre à "Sans chichis" jeudi dernier.

Est-ce que, comme le MR, vous avez été choquée par "Sans chichis" ?

Je n’ai pas regardé, j’ai autre chose à faire… Ce qui me sidère, c’est de voir qu’Elio va parler politique à "Sans chichis" et qu’il commence sa campagne ainsi, et puis de voir que l’émission s’invite également aux vœux du MR. Est-ce que c’est ça la campagne électorale ? Ça m’inquiète…

Vous ferez personnellement un "Sans chichis" d’ici aux élections ?

Je veux bien aller au "Week-end sportif", à "Sans chichis" ou à "Top Chef" mais je veux surtout parler de nos projets politiques. Non, sans doute que je n’irai pas à "Sans chichis", je n’ai pas reçu d’invitation d’ailleurs.

Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a ouvert un dossier sur cette affaire. Mais faut-il aller plus loin ?

J’ai toute confiance envers le CSA, qui est un organe de régulation indépendant, et envers les représentants Ecolo à la RTBF pour trouver une solution. La RTBF a préparé tout un programme pour les élections, un programme bien équilibré et lié à un vrai travail journalistique indépendant. Toute la polémique autour de "Sans chichis" fait tache par rapport au travail qui a été fait. Le CSA s’est saisi de la question et donc maintenant il faut sortir du divertissement… Le divertissement, c’est l’action de détourner l’attention de ce qui importe… On est donc en plein dans le divertissement depuis quelques jours. Les deux grandes formations politiques, le PS et le MR, sont dans le bac à sable et font en sorte de détourner les citoyens de ce qui compte.

La RTBF est-elle trop proche du PS ?

La RTBF est une télévision de service public qui fait bien son boulot. Ses journalistes aussi. Mais je constate qu’il y a autour de la RTBF beaucoup de nervosité de la part du PS et du MR. J’ai en effet une perception de déséquilibre par rapport à "Sans chichis". La campagne a déjà commencé et ce déséquilibre est la cause de beaucoup de nervosité. Qu’est-ce que ça va donner d’ici la fin de la campagne… Il y a trop de testostérone et pas assez de neurones.

Pas assez de neurones ?

Les vraies questions, c’est le chômage des jeunes, c’est le climat qui devient fou, le prix de l’énergie, les parents à Bruxelles qui ne trouvent pas de place pour leurs enfants en maternelle… Savoir s’il y a plus ou moins de PS pour faire pression sur la RTBF n’est pas la question mais cela sert à masquer le manque de projets et le bilan du gouvernement fédéral. Prenons simplement les vagues de nominations à la tête des entreprises publiques : on n’a parlé que de quel ami de qui on allait placer où et pour quel salaire… Mais est-ce que cela intéresse vraiment les navetteurs de savoir que le patron de la SNCB s’appelle Cornu et le montant de ce qu’il va gagner ?

Pourquoi Ecolo semble-t-il en retrait dans le débat PS-MR qui occupe toute la scène médiatique pour le moment ?

En retrait ? Je ne suis pas en train de vous parler, là ? C’est mon clône ? Tout ce qui m’importe c’est de faire campagne sur les vraies questions politiques. Ne faisons pas du bac à sable ni des chichis… Je suis disponible pour débattre avec tous mes collègues des autres partis quand ils veulent et où ils veulent.

L’opposition entre le PS et MR, c’est finalement très classique avant les élections.

C’est l’éternel triste spectacle des meilleurs ennemis du monde, oui… Pourtant, ils gouvernent ensemble, ils ont décidé ensemble de la dégressivité des allocations de chômage qui frappent d’abord les jeunes et les femmes, ils ont décidé ensemble de frapper d’abord les Belges plutôt que les banques qui spéculent…

Vous voyez des alternatives à cette dualisation socialistes/libéraux de l’espace politique ?

Bien entendu. Il y a les gouvernements Olivier où Ecolo participe, il y a aussi les majorités dans les communes avec des alliances "arc-en-ciel" (PS-MR-Ecolo), des "jamaïquaines" (MR-CDH-Ecolo)… Malgré les polémiques de bacs à sable, le PS et le MR s’arrangent quand même au bout du compte mais ça ne marche pas : ils se neutralisent l’un l’autre dans les gouvernements. Le PS et le MR sont incompatibles. Avec cette neutralisation, c’est le statu quo au fédéral et dans les provinces où ils gouvernent depuis des années.