Bernard Wesphael a annoncé ce lundi son départ du parti Ecolo. Il a estimé ne plus être en phase avec son parti. Il conserve toutefois son mandat de député wallon et siègera en tant qu'indépendant. "Je pars sans réelle amertume car la politique est d'abord un rapport de forces. Chez Ecolo, aussi. Je tire donc toutes les conséquences du match triangulaire du 4 mars dernier. Mais il est vrai que j'ai cru jusqu'au bout que, dépassant ce simple rapport de forces, les dirigeants d'Ecolo seraient capables d'assumer le pluralisme des tendances, au sein du parti, en attribuant les fonctions d'influence de façon à tenir compte de toutes les sensibilités présentes", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Bernard Wesphael en dira davantage sur son avenir "d'ici quelques semaines" mais précise que "(son) cap est déjà tracé". Il a affirmé, au micro de Twizz Radio, vouloir rester en politique.

Le parti a réagi à cette annonce : ""Nous regrettons ce choix mais c’est le sien et nous ne pouvons qu’en prendre acte avec regret."

Ni co-président du parti ni président du Parlement...

Il n’avait pas avalé, en revanche, le rejet, dans la foulée, de sa candidature à la présidence du Parlement wallon au profit de celle du Patrick Dupriez. Ce verdict-là le poussait même à mettre en question la poursuite de son engagement au sein d’Ecolo. " Après avoir été déjà écarté de la présidence du Parlement wallon en 2009 et avoir assisté, cette même année, à la désignation de deux ministres n’ayant pas été élus comme parlementaires wallons, alors que j’avais, au cours de la législature écoulée, contribué à faire passer Ecolo de 8 à 20 %, force m’est de constater que ce que je représente comme sensibilité au sein d’Ecolo ne pourra jamais prétendre à l’exercice d’un poste d’influence ", écrivait-il le lendemain dans un communiqué cinglant qui avait surpris les chefs de file d’Ecolo tout nouvellement désignés, Emily Hoyos et Olivier Deleuze. Il rajoutait : " Il m’est, je ne le cache pas, de plus en plus difficile de vivre encore dans un parti qui considère la diversité comme une faiblesse ." L’argument avait manifestement touché la nouvelle direction des verts francophones. Emily Hoyos s’était empressée de dire que Bernard Wesphael avait sa place à Ecolo et qu’une discussion à cœur ouvert serait organisé à bref délai.

Le député wallon s’était donné 15 jours pour mûrir sa décision. Il a prolongé le délai de réflexion de quelques jours, jugeant malvenu d’évoquer publiquement son avenir personnel alors que les cérémonies d’hommage aux victimes de l’accident du car à Sierre n’avaient pas encore été organisées. Et puis, ces quelques jours supplémentaires lui ont sans doute été très utiles. Durant ces 3 semaines, Bernard Wesphael a beaucoup consulté. Il a notamment rencontré Emily Hoyos et Olivier Deleuze, écouté les arguments qu’ils ont à faire valoir pour le convaincre de rester à Ecolo.

L'heure des choix

Maintenant, c’est l’heure du choix. Un choix qu’il devait rendre public ce lundi matin. Dimanche soir, il tenait une dernière réunion avec des proches pour arrêter définitivement sa décision. Et la motiver. Car Bernard Wesphael se montre très soucieux d’expliquer les raisons de son choix.

Pas simple comme choix, cela dit. L’option du départ peut avoir de lourdes conséquences sur le plan personnel. Bernard Wesphael occupe actuellement une place - celle d’un député wallon - au sein d’Ecolo et jouit même d’une certaine visibilité - celle que lui confère sa désignation comme chef du groupe au Parlement régional. Claquer la porte d’Ecolo, c’est renoncer à un certain confort et à la stabilité de l’emploi, au moins jusqu’en 2014 et sans doute au-delà. Il faut un certain courage pour quitter une structure politique somme toute bien rôdée. Ceux qui l’ont fait dans l’histoire du parti - les Decroly, Lannoye et autre Dubié - sont tombés dans l’anonymat. Au bout du compte, la cause politique qu’ils disaient si mal servie au sein d’Ecolo n’a pas été mieux défendue une fois hors de la structure.

Mais les raisons de partir ne manquent pas. Et on ne serait même pas étonné qu’elles finissent par l’emporter. Ceux qui l’ont croisé récemment penchaient d’ailleurs pour ce scénario. C’est que la fracture entre Bernard Wesphael et la direction actuelle d’Ecolo est abyssale. On ne voit pas ce qui pourrait la colmater. Le député wallon réclame une place de choix qui assurerait à son courant de pensée - très marqué à gauche - une présence marquée au sein d’Ecolo. Mais on ne voit pas trop ce que les co-présidents pourraient lui offrir. Les postes de ministres sont déjà occupés, celui de président du Parlement wallon vient d’être attribué et il est déjà chef de groupe parlementaire.