Le gouvernement fédéral n’entend visiblement pas trop avancer avant le 21 juillet dans un contrôle budgétaire qui s’annonce particulièrement difficile à négocier. En témoigne l’attente des fameux rapports du Comité de monitoring du budget fédéral dont la publication permet en général de lancer les débats entre les différents cabinets ministériels. Pour rappel, une première évaluation du comité était prévue le 6 juillet avant un rapport définitif pour le 13 juillet. Ces deux dates sont dépassées sans que le moindre document ait émergé. "Et ce ne sera pas pour cette semaine" , glissait-on mercredi dans un cabinet fédéral.

Interrogé par "La Libre", le cabinet de la ministre en charge du Budget, Sophie Wilmès (MR), ne se risque d’ailleurs à aucun pronostic quant au démarrage, même timide, des travaux budgétaires. Pour rappel, au début du mois, Charles Michel avait annoncé la couleur : le gros du contrôle du budget 2016 et l’entame des discussions pour le budget 2017 seraient renvoyés à la rentrée du gouvernement, soit le 16 août. Officieusement, il se dit que cette volonté explique le retard pris par le Comité de monitoring. Car d’aucuns avaient espéré qu’un premier travail de débroussaillage budgétaire serait mené avant la Fête nationale.

Moisson de mauvaises nouvelles aux Finances

Le samedi 23 juillet, le Premier ministre et son gouvernement devraient présenter à la presse une sorte de bilan de ses deux premières années d’existence. Il s’agira de mesurer le degré de réalisation de l’accord de gouvernement, a indiqué Charles Michel. A ce moment, il n’aura sans doute pas besoin de mauvaises nouvelles financières venant "polluer la communication" , indique un proche du gouvernement.

Car qui veut récolter de mauvaises nouvelles fera belle moisson aux Finances. La première semaine du mois de juillet, un trou de 760 millions d’euros en recettes fiscales était évoqué dans la presse. Un manque à gagner qui était alors expliqué, du côté du ministre des Finances, par les attentats terroristes et les conséquences négatives qu’ils ont eu sur les recettes en TVA. Ce manque à gagner par rapport aux prévisions initiales du budget 2016 pourrait cependant chiffrer beaucoup plus haut. Au-delà du milliard et demi, affirment certains observateurs.

Recettes en berne

C’est que certaines mesures fiscales prises par le gouvernement ne rapporteront visiblement pas autant que prévu. Il en va ainsi de la taxe sur la spéculation boursière (ponctionnée sur les opérations de moins de 6 mois) en vigueur depuis le 1er janvier. Début juillet, plusieurs acteurs de poids du secteur financier estimaient à 12 millions d’euros le manque-à-gagner pour l’Etat, qui comptait pourtant récolter 34 millions grâce à cette taxe. L’effet pervers est connu : la taxe modifie les comportements des opérateurs qui réduisent leurs activités ou les adaptent et font ainsi chuter les recettes de l’Etat. A surveiller donc.

Des phénomènes similaires pourraient miner les recettes attendues des hausses d’accises sur le tabac et l’alcool.

Le rendement de la taxe "Caïman" frappant les revenus venus des paradis fiscaux est également sujet à incertitude. En rythme de croisière, elle doit pourtant rapporter plusieurs centaines de millions à l’Etat.

Autre hypothèque : l’opération de régularisation fiscale annoncée par le gouvernement et devant rapporter 250 millions en 2016. Cette mesure n’est toujours pas effective mais s’expose déjà à des actions en justice des Régions wallonne et bruxelloise qui estiment que des revenus relevant de leurs compétences - les droits de succession - pourraient leur échapper.

De meilleures nouvelles pourraient venir de la gestion de la dette, grâce à des taux d’intérêt toujours très bas. "Mais en reportant le conclave budgétaire en septembre, on sacrifie 2016 dans la trajectoire attendue par l’Europe" , affirme une source gouvernementale. Rendez-vous à la rentrée.