C'est face à un triste constat que les politiques flamands ont été contraints de réagir: les réactions racistes ont fusé après le naufrage d'un bateau de migrants au large de La Panne, mardi matin.

"Ils peuvent nager à reculons et retourner d'où ils viennent, bon voyage !", peut-on lire sur la page Facebook de Focus & WTV, une télévision locale de Flandre occidentale, à l'attention des 14 migrants naufragés au large de La Panne, ce mardi matin. Ces propos insultants ne représentent qu'une goutte d'eau dans l'océan de réactions racistes observées sur les réseaux sociaux à la suite de la mésaventure du groupe de migrants. Ce qui n'a pas manqué de faire bondir les politiques issus des partis traditionnels flamands. "La déshumanisation continue. C'est à vomir. Ce sont des individus de chair et de sang. Jusqu'à quel point allons-nous tolérer cela? Jusqu'à quel point? N'avons-nous donc rien appris de notre passé? Politiciens, quelle que soit votre couleur, faites-vous entendre", a écrit Conner Rousseau, le président du sp.a sur Twitter, en marge d'une capture d'écran immortalisant la vague de propos racistes sur la page de Focus & WTV.

"C'est tellement gratuit et triste, Ce n'est pas ma Flandre. Une réponse conjointe au-delà des frontières des partis est nécessaire", a insisté la ministre flamande de l'Économie, de l'Emploi, de l'Économie sociale et de l'Agriculture, Hilde Crevits (CD&V).

Le ministre flamand en charge des Affaires intérieures et administratives, de l’Intégration et de l’Égalité des chances, Bart Somers (Open VLD) a également réagi: "Ne jamais s'abaisser devant l'extrémisme. La dignité de chaque être humain doit rester centrale."

Bart De Wever condamne le racisme

Face à l'ampleur du phénomène, le président de la N-VA Bart De Wever, s'est également exprimé, à sa façon: "Le mécontentement légitime à l'égard de la politique migratoire européenne ne devrait jamais se transformer en ressentiment envers les gens. Dans la nation flamande que nous voulons former ensemble, il n'y a pas de place pour le racisme."

Alors que les internautes se déchaînaient sur le réseau social Facebook, la chaîne locale concernée a tenté de réagir, en vain: "Quand les réactions racistes se sont succédé, nous sommes immédiatement intervenus et avons supprimé ces réactions. Mais vous pouvez comparer notre travail de modérateur avec un château de sable. Quand la mer arrive, vous ne pouvez plus rien faire et vous êtes inondés", a déclaré Bart Coopman, chef de l'information à Focus & WTV.

En réaction à ces propos racistes sur les réseaux sociaux, la police fédérale a ouvert une enquête, à la demande du parquet de Flandre occidentale, annonce l'agence Belga. "Nous avons contacté la police fédérale et sa section internet en lui demandant d'ouvrir une enquête sur les violations de la loi antiracisme", explique Johan Lescrauwaet du parquet d'Ypres, à Belga. "C'est un signal important pour montrer que cela ne sera pas toléré." Le service fédéral spécialisé vériefiera si certaines personnes incitent à la haine dans leur message. En cas d'infractions pénales, la police établira un PV. "Si nous décidons de poursuivre ces personnes, elles risquent un emprisonnement d'un mois à un an et une amende pouvant aller jusqu'à 8.000 euros. Cela s'est déjà produit par le passé avec des messages en ligne concernant le négationnisme", met en garde Johan Lescrauwaet.

Une prise de risque considérable

A la suite de cet incident, six migrants ont été interpellés et huit sont toujours portés disparus. Les autorités judiciaires ont ouvert mardi une enquête pour trafic d'êtres humains. Il est très rare que des migrants choisissent la Côte belge comme point de départ vers le Royaume-Uni. "Cela se passe plus fréquemment dans le nord de la France, mais les contrôles s'étant renforcés là-bas, le problème se déplace chez nous", explique le gouverneur de la Flandre occidentale, Carl Decaluwé, à nos confrères de la RTBF.

En effet, la distance entre La Panne et Douvres est de 70 km, tandis que Calais - Douvres ne compte que 33 km. Une expédition qui témoigne du désespoir criant de ces personnes, qui, conscientes de l'imminence du Brexit, tentent de rejoindre la Grande-Bretagne coûte que coûte.