C’est peu dire que le Conseil national de sécurité était attendu, après le coup de pression du ministre-Président Jan Jambon (N-VA) demandant ce dimanche de le convoquer "le plus tôt possible" face à l’augmentation des cas de coronavirus en Belgique. La teneur des annonces ne laissait que peu de place au doute : l’heure est au renforcement plutôt qu’à l’assouplissement des mesures.

De fait. Ce jeudi, lors de la conférence de presse qui réunissait l’ensemble des ministres-Présidents des Communautés et Régions, le ton se voulait moins rassurant. Tous portaient le masque, à l’exception de la Première ministre, qui, seule, a pris la parole. "Plusieurs indicateurs nous montrent un rebond de l’épidémie dans notre pays, a entamé Sophie Wilmès (MR) au terme de quatre heures de réunion. Une hausse des contaminations fait partie intégrante du processus de déconfinement. Ce n’est pas anormal, mais ça doit rester sous contrôle. Car la contrepartie de nos libertés retrouvées, c’est la prudence absolue."

L’évolution du déconfinement et des comportements avaient suscité de nombreuses inquiétudes. Sophie Wilmès a dès lors voulu rappeler l’importance de respecter ses règles, malgré la tentation. "Il est évident que l’annonce d’un durcissement des règles est un coup dur à notre moral, mais nous préférons prendre des mesures aujourd’hui plutôt que d’avoir des regrets demain", a-t-elle concédé, avant de préciser que les contrôles seraient renforcés.


Possibilité de lockdowns locaux

L’évolution des cas d’infection montre des disparités géographiques sur le territoire belge, à l’instar des foyers de contaminations identifiés en Flandre plus tôt cette semaine. Pour lutter contre ces résurgences localisées, Sophie Wilmès a annoncé un renforcement du pouvoir des élus locaux. Mercredi déjà, plusieurs bourgmestres du nord du pays - mais aussi du sud - avaient pris les devants en adoptant des mesures spécifiques. Le procédé sera désormais généralisé et coordonné à l’échelle régionale.

En effet, ces mesures prises au niveau local devront se faire en concertation avec les Régions, qui ont, de leur côté, prévu une feuille de route reprenant des règles graduelles à activer.

Les bourgmestres pourront ainsi décider de la mise en place de lockdowns précis, comme cela se fait dans d’autres pays européens. Plusieurs grandes villes ont indiqué des mesures supplémentaires. À Namur, Maxime Prévot (CDH) a par exemple annoncé que le port du masque serait obligatoire sur les lieux très fréquentés par les 20-30 ans, comme les quais de Meuse et de la Sambre. Plusieurs villes de Flandre imposent le masque dans leur centre-ville, comme Hasselt ou Brugge.

"Lockdowns", "reconfinement"… des termes que tous redoutaient et qui semblent désormais planer au-dessus de nos têtes. L’heure est donc désormais au renforcement et à la prudence. "Nous avons gagné une première bataille, mais la lutte contre le coronavirus n’est certainement pas fini e", a conclu Sophie Wilmès.

Masque obligatoire et liste de contacts pour le secteur de l’Horeca

Contrairement à ce que le secteur redoutait, le Conseil national de sécurité n’a pas modifié l’heure de fermeture des restaurants et des cafés. Les établissements pourront toujours - jusqu’à nouvel ordre - rester ouverts jusqu’à 1 heure du matin. "On ne voulait pas pénaliser les établissements qui respectent bien les règles", a justifié la Première ministre, Sophie Wilmès (MR).

Les données effacées après 14 jours

En revanche, les tenanciers de restaurants et de cafés devront faire respecter de nouvelles mesures pour combattre la propagation du Covid. Ainsi, les clients devront porter un masque - à l’intérieur comme en terrasse - jusqu’au moment où ils seront assis à table. La Première ministre a déploré au passage la multiplication, ces derniers jours, de certains agissements, comme des fêtes dans des bars ou des discussions de table en table, qui "font partie des comportements à risques".

Les clients de l’Horeca (une personne par table) devront également communiquer une adresse mail ou un numéro de téléphone avant de quitter les lieux pour permettre un suivi en cas de contamination. Ces données seront effacées après 14 jours, a précisé la Première ministre.

Pour le secteur Horeca, c’est un nouveau coup dur. Mais il y a une certaine compréhension. Selon Philippe Trine, le président de la Fédération Horeca de Bruxelles, "ce n’est pas bon pour le secteur mais, quand la maison brûle, il faut accepter que les pompiers fassent des dégâts".

Plusieurs plans d’aide vont être proposés aux membres de la Fédération pour leur permettre d’adapter la communication sur les règles de port du masque. "On va essayer de transformer le négatif en positif", explique Philippe Trine.

Ce dernier s’attend en revanche à des situations compliquées pour l’enregistrement du numéro de téléphone des clients dans les cafés. La Fédération va faire appel à des informaticiens pour faciliter la mise en place de la procédure.


Un cadre général

"Il s’agit d’un cadre général", a précisé Sophie Wilmès, laissant une certaine marge de manœuvre aux bourgmestres, qui pourront prendre des mesures complémentaires sur leur territoire. La Première ministre a également ajouté que les contrôles de police seront renforcés. Par ailleurs, les magasins de nuit doivent à présent fermer à 22 heures pour éviter les attroupements après la fermeture des bars.

"Nous espérons en tout cas que les gens vont respecter ces nouvelles mesures pour éviter de devoir fermer à nouveau. Ce serait une catastrophe totale pour l’Horeca", conclut Philippe Trine.

Le port du masque obligatoire se généralise dans les lieux publics

Certaines communes l’avaient déjà imposé. Il l’est déjà dans des lieux fermés comme les transports en commun, les salles de cinéma ou les magasins.

Cette fois, le port du masque sera obligatoire de façon plus généralisée dès ce samedi 25 juillet. Dans les rues commerçantes, les marchés, les fêtes foraines, les brocantes et tout endroit à forte fréquentation, qu’il soit privé ou public. Ces lieux devront être définis précisément dans chaque commune par les autorités locales.


Le port du masque sera également obligatoire dans les parties publiques des bâtiments publics (comme une administration communale par exemple), mais aussi et surtout au sein des établissements de l’Horeca - "sauf quand vous êtes assis à votre table", précise Sophie Wilmès. Le port du masque, dans les autres cas, reste fortement recommandé, surtout "quand il y a du monde et que vous voyez que les distances de sécurité sont difficilement respectées". C’est le cas, par exemple, sur certaines places publiques, parfois bondées en cette période estivale.

Sophie Wilmès rappelle enfin que le port du masque ne doit pas faire oublier les gestes barrières à adopter, les fameuses "six règles d’or".