Claude Moniquet, co-fondateur et directeur d'un centre d'expertise stratégique et sécuritaire à Bruxelles, emmènera l'une des Listes Destexhe aux élections du 26 mai prochain en tant que tête de liste au parlement bruxellois, a-t-il annoncé mardi. Ce Franco-Belge autodidacte de 61 ans, ancien militant d'extrême gauche avec laquelle il a rompu à 21 ans pour aller vivre dans un kibboutz en Israël pendant plusieurs mois, a été journaliste-reporter pour plusieurs quotidiens et médias audiovisuels en France et en Belgique, où il traitait des conflits géopolitiques et de la sécurité.

Il fut aussi agent clandestin pour la DGSE, le service de renseignement extérieur de la France. A l'heure de solliciter la confiance de l'électeur bruxellois, il assure que c'est au début des années 2000 qu'il a mis un terme à cette activité de renseignement pour une puissance étrangère. "Et puis, si j'étais encore agent de la DGSE, je ne vous le dirais pas", a-t-il souri en répondant à cette question aux côtés d'Alain Destexhe, lors d'une conférence de presse dans les locaux du Sénat.

Sur les plateaux de télévision où il intervenait en tant qu'expert, ses prises de position ont parfois pris la forme d'oracles pas toujours confirmés. En mars 2016, lors de la fameuse perquisition anti-terroriste à Forest, interrogé à la télévision, il disait "très très très peu probable qu'on soit en face de Salah Abdeslam", après avoir déjà affirmé au lendemain des attentats de Paris que Salah Abdeslam n'était plus en Belgique, probablement de retour en Syrie.

Il est apparu par la suite que Salah Abdeslam était bien revenu se cacher en Belgique et qu'il était notamment passé par l'habitation de Forest visée par l'opération policière. Plus tard, Claude Moniquet dira avoir été "absolument convaincu" que Salah Abdeslam se trouvait dans l'appartement de Forest, deux versions que n'avaient pas manqué de souligner les habitués des réseaux sociaux.

"Ca peut arriver de se tromper, en 40 ans de carrière", s'est-il défendu mardi, en soulignant le crédit dont jouit son centre d'expertise ESISC sur la scène internationale.

"Nous sommes probablement dans une période de rémission, mais les fondamentaux qui ont conduit à la crise terroriste de 2015-2017 sont toujours là: le salafisme et le fondamentalisme progressent en Europe et en Belgique", a-t-il poursuivi.

S'il a franchi le pas de l'engagement politique auquel il réfléchissait depuis longtemps, c'est dit-il à la suite du mouvement des Gilets jaunes qui a touché la France et s'est répercuté en Belgique.

"Parti d'une frange de la population qui se sent exclue, à la fois socialement et économiquement, ce mouvement a débouché sur le déferlement du populisme, de la violence, de la haine, de l'antisémitisme, et aussi sur l'antiparlementarisme", selon Claude Moniquet.

S'il rejoint Alain Destexhe qui a quitté le MR pour créer ses propres listes, c'est dit-il parce que le spectre politique à droite est "limité par rapport à la France". "Le MR joue le grand écart entre ses ailes gauche et droite", tandis que l'extrême droite "groupusculaire et sectaire n'offre aucune solution".

Concernant Bruxelles, l'homme souligne son implication dans la Région-capitale où il a co-fondé un Centre européen pour le renseignement stratégique et la sécurité (ESISC) qui emploie "une vingtaine de jeunes diplômés", et où il vit "depuis des années", à Schaerbeek.

Il dénonce "des infrastructures publiques mal entretenues, des chantiers interminables qui génèrent une mobilité cauchemardesque", et un état de délabrement avancé (musées, rues, palais de justice).

Son profil semblait plutôt le diriger vers les compétences fédérales, mais sa présence sur les listes régionales résulte d'un accord avec Alain Destexhe, a reconnu ce dernier. Le sénateur note que la dispersion des compétences en Belgique permet aussi d'agir à l'échelle régionale pour celui qui veut faire sa priorité du combat contre l'islamisme radical et le fondamentalisme religieux.

Claude Moniquet a par ailleurs affirmé, au cours de la conférence de presse, son attachement à la cause du bien-être animal. Interrogé sur la mobilisation actuelle des jeunes en faveur du climat, il a assuré n'être pas climatosceptique, mais refuser "des solutions autopunitives pour l'Europe, alors que la grande part (des émissions polluantes) vient d'Asie et de Chine". Il s'est notamment prononcé en faveur du nucléaire, "une énergie qui respecte l'environnement au contraire des centrales à gaz".