Au centre de cette affaire qui fait grand bruit, il y a une commande de masques passée auprès de l’entreprise Pharmasimple et annulée par le cabinet de Maggie De Block. Paris Match a mis la main sur plusieurs documents qui contredisent la version donnée par le cabinet de la ministre fédérale de la Santé.

Comme le rappellent nos confrères de Paris Match, la ministre de la Santé et son collègue Philippe De Backer, responsable de la Task Force chargée de l’acquisition de matériel de protection ont dénoncé dimanche soir une "allégation de rupture de contrat" de la part d'un "fournisseur malhonnête qui a lui-même violé les accords", en visant la société Pharmasimple. Celle-ci avait reçu une commande de trois millions de masques FFP2 et de dix millions de masques chirurgicaux le 19 mars 2020. Le communiqué des deux ministres dit également que l'entrepreneur "a changé les modalités du bon de commande après que la commande ait été placée. En outre, il a soudainement exigé un acompte alors qu’il avait été convenu que le paiement serait effectué après que les masques auraient été livrés, donc au moment où la commande était sûre."

La version néerlandaise du communiqué indique que la société, accusée de vouloir "tirer profit de la crise sanitaire mondiale", aurait en plus modifié ses prix par rapport à l’accord de départ. Cette modification de prix ne figure pas dans la version française du communiqué.

Michaël Willems, le CEO de Pharmasimple s'est dit furieux et abasourdi. "Je suis en train de voir avec mes avocats quelles suites réserver à ces accusations éhontées. Nous disposons de tous les documents qui prouvent qu’à aucun moment nous n’avons tenté de tirer profit de la situation ", assure le CEO. "Il n’y a eu aucune malhonnêteté de notre part, nous avions des accords de principe du cabinet sur les quantités comme sur l’acompte, et jamais nous n’avons augmenté nos prix repris dans la convention finale. C’est inouï d’être ainsi traîné dans la boue alors que nous tentons justement de venir en aide aux soignants. "

Le journaliste de Paris Match a également mis la main sur plusieurs documents qui contredisent la version des faits relayée par le communiqué des ministres.

Vendredi 20 mars, quelques heures après les envois des conventions finales adressées au cabinet de la Santé, ce dernier a envoyé un mail au chargé de relations de Pharmasimple pour lui annoncer que l'offre de son entreprise ne serait finalement pas retenue.

Sous réserve d'éléments qui pourraient être communiqués par le cabinet de la ministre, les conventions consultées par le journaliste ne contiennent aucune augmentation de prix par rapport aux bons de commande du cabinet de la Santé.

En outre, dans le mail qui prévient l'entreprise que son offre n'est pas reprise, le conseiller budget de la ministre ne justifie pas cette décision par une augmentation des prix, ni par un souci lié à la quantité de masques FFP2 (cinq millions au lieu de trois millions), ni par l'exigence d'un acompte. Il aurait répondu ceci : "Les dernières heures, il y a eu de nouvelles évolutions. Un de mes collègues a trouvé une source de masques fiable et stable. Alors, après consultations ce soir, on a décidé de ne pas retenir votre offre. Nous nous excusons pour l’inconvénient". Et il ajoute le lendemain dans un autre mail à Pierre-Yves Dauvister : "Pour le moment, au niveau fédéral, il n’y a rien qu’on puisse faire. Ma hiérarchie a pris une décision. Néanmoins, nous vous proposons de prendre contact avec (....) du cabinet Morreale, ils sont encore à la recherche."

Le nombre de masques FFP2 et l'acompte de 15%

Le bon de commande du cabinet pour les masques FFP2 fait état de trois millions d'unités et la convention de l'entreprise parle, elle, de cinq millions de masques. La société affirme que le cabinet avait marqué son accord pour cette augmentation et cette version des faits est soutenue par des SMS que Paris Match a pu consulter. 

La société admet que l’acompte de 15% ne figurait pas dans l'offre de base mais qu'il avait fait l'objet d'un accord verbal. Un échange de mails, consultés par le journaliste, semble également en attester.