Neuf partis ont confirmé jeudi matin à la Chambre, lors de la discussion de la déclaration du gouvernement, la confiance qu'ils accorderont dans l'après-midi au gouvernement Wilmès II. 

Seuls les nationalistes flamands de la N-VA et du Vlaams Belang ainsi que le PTB ont annoncé qu'ils voteraient contre. C'est devant un hémicycle très clairsemé que les chefs de groupe, les seuls admis sur les bancs en raison des mesures de distanciation sociale visant à freiner la propagation du coronavirus (Covid-19), ont pris la parole. Entre chaque intervention, le personnel de la Chambre a pris soin de nettoyer la tribune et les micros.

Sophie Wilmès recevra bien la confiance de la Chambre dans l'après-midi, comme l'ont confirmé neuf chefs de groupe jeudi matin. Le MR, L'Open Vld et le CD&V, qui siègent dans ce gouvernement, seront ainsi rejoint par le PS, le sp.a, Ecolo-Groen, le cdH et DéFI.

"Face à la situation, il n'est plus possible de tergiverser ni de poursuivre plus en avant un jeu politique malsain qui nous détache de la population et des exigences sanitaires", a relevé le chef de groupe MR Benoît Piedboeuf, parti de la Première ministre. "Il en va de la vie politique comme de la vie en général: les épreuves grandissent certains et en font sombrer d'autres", a-t-il lancé.

Pour les deux autres partis représentés au gouvernement, le CD&V et l'Open Vld, la confiance accordée au gouvernement Wilmès n'implique pas d'engagement quant à la composition d'un futur exécutif à l'issue de la crise du coronavirus.

"Nous aurions espéré que cette crise permette la mise sur pied d'un gouvernement à part entière", a déclaré Servais Verherstraeten (CD&V). "Mais cela ne doit pas pas être une excuse. En démocratie, les partis ont des responsabilités et ce n'est pas un veto qui va améliorer la situation. Celle-ci est bien trop grave pour ne pas agir."

Pour Egbert Lachaert (Open Vld), la crise a été "assombrie pas des petits jeux politiques. Il est regrettable que les citoyens aient dû assister à ce spectacle. La crise ne peut être gérée qu'avec un gouvernement de plein exercice, les affaires courantes avec pouvoirs spéciaux ne suffisent pas", a-t-il fait valoir. "Mais nous n'accordons pas de chèque en blanc et il est clair que ce gouvernement ne préfigure pas quelle que coalition que ce soit."

Ce gouvernement minoritaire ne dispose que de 38 sièges sur les 150 que compte la Chambre. Il recevra dès lors la confiance des socialistes, des écologistes, du cdH et de DéFI. "L'heure est à l'unité et au rassemblement", a estimé Ahmed Laaouej (PS). "La confiance que nous allons vous accorder, c'est aussi le choix de la solidarité. Ce qui commande, c'est la sauvegarde des intérêts vitaux de la nation. Nous accordons (la confiance) sans hésiter mais avec lucidité et vigilance, il faudra des mesures fortes et des moyens rapides pour faire face."

"Solidarité et coopération sont les mots clés dans le secteur hospitalier, il doit en être de même dans le monde politique", a renchéri Kristof Calvo (Ecolo-Groen).

"Les propos de certains politiques allant même jusqu'à parler de 'coronadictature' m'ont profondément choquée", a fustigé Catherine Fonck(cdH) en référence à un tweet du N-VA Theo Francken. Très émue au moment d'évoquer le témoignages d'infirmières à domicile, la députée a exhorté à "être unis autour du seul objectif que nous poursuivons tous et tout faire pour éviter l'horrible dilemme italien de choisir qui soigner."

"La peste est là", a lancé François de Smet (DéFI) en référence à l'ouvrage l'Albert Camus. "Celle de l'égoïsme et du repli sur soi aussi. Cette crise nous rappelle qu'il existe un état fédéral et qu'il est indispensable."

Les partis nationalistes flamands n'accorderont pas leur confiance au gouvernement Wilmès, ont-ils annoncé jeudi matin. "Ce cabinet demande la confiance sans aucun programme", a dit constater Peter De Roover (N-VA). "Ce projet est le résultat de la méfiance des partis francophones à l'égard de la N-A. Il y avait la possibilité de constituer un gouvernement d'urgence avec les plus grands partis et exclusivement consacré au Covid-19. Cela a été rejeté. Le crainte d'une contamination par la N-VA semblait plus importante que le contamination par le coronavirus", a-t-il résumé.

M. De Roover a toutefois annoncé "soutenir et accompagner de manière critique toutes les décisions. Notre groupe a déjà élaboré une série de propositions d'accompagnement. Le véritable ordre du jour, c'est la santé. Et sur ce point, vous pourrez compter sur nous."

Le PTB n'accordera pas non plus sa confiance, mais pour d'autres raisons. "Nous serons constructifs pour appuyer les mesures, comme nous le sommes déjà sur le terrain", a assuré Raoul Hedebouw. "Mais vous demandez le vote d'une confiance aveugle, et nous ne pouvons pas la donner. Oui, il doit y avoir débat", a-t-il lancé, citant notamment la question de la fourniture des masques, le confinement généralisé ou encore l'ouverture maintenue d'entreprises de production non-essentielle. "Le débat parlementaire doit continuer."

A l'issue du vote de confiance, le gouvernement Wilmès sera juridiquement de plein exercice sur l'ensemble de ses compétences, même si la Première ministre Sophie Wilmès a promis mardi à la Chambre de ne pas dépasser le cadre des affaires courantes pour les sujets qui ne relèvent pas de la crise du coronavirus. La première ministre a rappelé jeudi son intention de demander à nouveau la confiance au plus tard dans six mois.

Bien que de plein exercice, ce gouvernement ne sera pas d'emblée investi de pouvoirs spéciaux. Le vote d'un projet ou d'une proposition de loi à la majorité simple doit avoir lieu. Le président de la Chambre Patrick Dewael a indiqué jeudi ne pas avoir reçu à ce stade de texte en ce sens. Une conférence des présidents est toutefois convoquée à l'issue de la séance plénière.