En janvier 2020, alors que la pandémie de covid-19 menace, il apparaît toutefois que le processus peine encore à se concrétiser. En 2017 et 2019, le stock de 22 millions de masques constitué une dizaine d'années plus tôt pour faire face à la grippe H1N1 a été détruit. Le 28 juin 2018, le cabinet de la ministre de la Santé, Maggie De Block, a adressé une note au SPF Santé demandant l'élaboration d'un plan d'actions en vue de constituer un nouveau stock stratégique. Au mois de novembre, un plan d'urgence retravaillé a été présenté au cabinet. L'idée d'un stock roulant afin d'éviter la péremption du matériel inutilisé est évoquée en janvier 2019 lors d'une réunion du RMG tandis qu'un avis a déjà été demandé au Conseil supérieur de la santé en décembre 2018.

"La nécessité de renouveler le stock était claire pour moi dès que j'ai repris le dossier en octobre 2018", a souligné M. Pardon dans une note dont l'Agence Belga a pu prendre connaissance. A ce moment, le médecin a déjà "en tête une possible pandémie".

Le 3 avril 2019, M. Pardon insiste dans une note confidentielle sur l'importance du dossier. "Ce dossier mérite pour le moment la plus grande attention. Le stock stratégique précédent a été détruit et une pandémie se présentera peut-être dans les toutes prochaines années", avertit-il. En août, il présente une nouvelle note établissant le montant nécessaire à 100 millions d'euros. En octobre 2019, il transmet une note au cabinet De Block dans laquelle il rappelle les 100 millions d'euros et explique l'objectif de constituer des stocks plus durable par exemple sur le modèle de stocks roulants.

Le 17 janvier 2020, à minuit, M. Pardon envoie un nouveau mail au cabinet dans lequel il rappelle sa note relative aux moyens financiers nécessaires pour constituer un stock. Le 23 janvier, pour réponse, il reçoit une demande de précisions sur le stock roulant, le montant de 100 millions d'euros n'étant pas justifiable à ce stade.

"Dans ce contexte, je ne pouvais pas, à ce moment, prévoir qu'il y aurait une pénurie de matériel de protection pour les soignants; personne ne s'attendait à ce moment à une pandémie d'une telle ampleur. Le risque de la survenance de cas dus à des voyages vers la Belgique était considéré comme très faible même s'il convenait de tenir compte du nouvel an chinois qui avait lieu fin janvier 2020", a-t-il expliqué dans ses réponses aux députés.

"Le stock stratégique a pris beaucoup plus d'importance avec la crise du Covid-19. A l'époque, le stock représentait davantage une sécurité supplémentaire en 'back office' des stocks des hôpitaux. Les grippes H1N1 et H5N1 n'avaient pas pris l'ampleur qu'on avait imaginée à l'époque et les stocks étaient restés inutilisés pour une grande part. Peut-être que cela explique un recul dans l'ordre des priorités à l'époque", a-t-il ajouté, en rappelant que durant ces années, c'était la lutte contre le terrorisme qui retenait l'attention.

Selon lui, à ce moment, il n'y avait pas de "volonté active de faire le nécessaire pour renouveler le stock". "Cela aurait dû être mis sur la table politique", a-t-il précisé.

Le "chief medical officer" dit n'avoir pris aucune décision dans le processus qui a mené à la destruction des 22 millions de masques entreposés à Belgrade (Namur). Ceux-ci n'étaient apparemment pas conservés dans les conditions adéquates mais, à sa connaissance, aucun coup de sonde n'a été réalisé pour vérifier l'état réel du matériel.

L'homme a adressé une série de recommandations à la commission. Parmi elles, figure la nécessité de disposer d'une capacité de production en Belgique, un élément qui a fait cruellement défaut au début de la crise. A ce titre, il a épinglé la disparition sous le gouvernement Michel de la Pharmacie militaire de Nivelles. Cette institution disposait d'une capacité de production de médicaments à partir de produits en vrac, a-t-il rappelé.

L'ex-ministre de la Santé, Maggie De Block, sera entendue vendredi par la commission.