La nuit fut longue pour le député wallon Jean-Luc Crucke (MR), qui s'est opposé des heures durant au ministre Christophe Lacroix (PS) dans le dossier de la redevance kilométrique pour les poids lourds de plus de 3,5 tonnes. En commission du Parlement wallon, le libéral a accusé le socialiste de vouloir faire passer le projet de décret en force, se passant des traditionnelles auditions d'experts.

Finalement, le projet de décret été approuvé (7 pour, 3 contre) et aboutira en plénière dans quinze jours. L'entrée en vigueur de la redevance est quant à elle attendue pour avril 2016. LaLibre.be a interrogé Jean-Luc Crucke. 

Pourquoi les débats ont-ils été si houleux ?

Tout d'abord, ce sujet très polémique met en jeu l'avenir du secteur des transports, qui vit des moments difficiles. Aujourd'hui, il est soumis à la concurrence internationale sur les plans de la productivité et du dumping social. Que fait-on avec ce secteur qui est à cran ? On lui met un coup sur la figure. Certains vont devoir mettre la clé sous le paillasson.

Cela a aussi été houleux parce que le gouvernement refuse l'organisation d'auditions. Tout ce que la majorité prône depuis des semaines, notamment dans le cadre de la commission "renouveau démocratique" - à savoir qu'on ne décidera plus seuls au Parlement, qu'on s'entoure de conseils extérieurs, qu'on auditionne les intéressés avant de prendre un décret - a été balayé d'un revers de la main après six heures de débat. C'est comme si les membres de la majorité avaient oublié tout cela...

Vous estimez que ce "renouveau démocratique" n'est que de façade ?

Au Parlement wallon, on ne peut auditionner que sur des peccadilles qui n'intéressent personne. Dès que les ministres sentent qu'ils vont être mis en difficulté, ils préfèrent le silence plutôt que d'affronter la réalité. Tout cela nous a mis hors de nous hier. Il faut dire aussi que le président de la commission (NdlR : Benoît Drèze, cdH) n'était pas plus déterminé que cela pour cadrer les choses...

Ne reprochez-vous pas au PS wallon ce que le MR pratique au fédéral : passer en force sans auditionner ?

Ce que vous dites est vrai mais seulement partiellement... Dans le dossier des Pensions, le gouvernement fédéral a finalement accepté les auditions. Mais en Wallonie, si le but est de faire mal au secteur des transports, qu'on ait au moins la décence d'écouter ses représentants. En outre, le ministre vient avec un décret alors qu'il négocie encore ! C'est prendre les parlementaires pour des - excusez-moi du terme - cons ! Donc, on vote puis on donne un blanc-seing au ministre pour qu'il aille négocier ce qu'il veut... Puisque le ministre affirme qu'il va trouver un accord avec le secteur dans les 15 jours, eh bien qu'il revienne dans 15 jours en expliquant les compensations promises aux transporteurs ! Il n'y a pas d'urgence dans ce dossier.

Sur Twitter, vous avez soupçonné le ministre Lacroix de "ne pas vouloir dévoiler la poule aux œufs d'or". Que voulez-vous dire ?

Depuis le début d'après-midi de ce lundi, nous demandions à Christophe Lacroix quelles étaient les compensations. Ses explications sont arrivées après mon tweet. Cette compensation est un jeu de dupes. Ce dossier de redevance kilométrique pour poids lourds va rapporter 220 millions à la Région wallonne et le ministre propose au secteur une compensation d'environ 20 millions... Les transporteurs se demandent ce qui leur arrive. Ils paient déjà l'eurovignette : 50 millions d'euros. Demain, on va encore les taxer davantage. Il y avait d'autres procédés à mettre en oeuvre que de tuer le secteur. Demain, peut-être que les routes wallonnes seront en bon état mais il n'y aura plus de chauffeurs wallons et le chômage augmentera...