La scène est cocasse. Lors de la présentation de la déclaration gouvernementale, le député de la N-VA Theo Francken dit tout le bien qu’il pense des recettes que la Vivaldi compte glaner au cours de cette législature dans la lutte contre la fraude fiscale et sociale, soit 2,3 milliards d’euros, ce qui lui semble tout à fait irréaliste. Moqueur, le Premier Alexander De Croo le reprend, en glissant qu’il est étonné "qu’un parlementaire aussi expérimenté que lui" fasse une telle erreur sur le plan budgétaire en sortant le chiffre de 2,3 milliards d’euros. Et de conclure qu'on n'est pas en maternelle, ici".


D’après le Premier ministre, la lutte contre la fraude doit en effet rapporter un milliard d’euros en rythme de croisière. Il ajoute que ces recettes, d’année en année, ne sont pas cumulatives comme le laisse croire le député de la N-VA. Et Francken de jeter un œil vers son voisin de gauche avec un air de "qu’ai-je donc dit comme bêtise ?". 

Qui a raison ?

Le député indépendantiste flamand n’a en réalité pas commis d’erreur. Sur la base des tableaux budgétaires en notre possession, la Vivaldi compte effectivement récolter 2,3 milliards de 2021 à 2024 (200 millions en 2021, 400 en 2022, 700 en 2023 et 1 milliard en 2024). Mais là où De Croo a raison, c’est évidemment que les 400 millions de recettes de 2022 n’intègrent forcément pas les 200 millions de 2021. On ne peut en effet comptabiliser deux fois le même fraudeur pris la main dans le sac (encore que...). En ce sens, les montants ne sont donc pas cumulatifs. Mais rien n’interdit de les additionner pour se faire une idée du décompte final sur l'ensemble de la législature, ce qu’a fait Theo Francken. Enfin, il faut préciser qu’à la fin de la législature, en 2024, si toutes les mesures prévues sont mises en place, la lutte contre la fraude devrait rapporter 1 milliard d’euros en rythme de croisière. Pour rappel, c'était 750 millions d'euros en rythme de croisière sous la Suédoise, et on n'y est jamais arrivé. Bref, De Croo et Francken ont raison tous les deux pour avoir abordé la technique budgétaire sous deux angles différents… Un vrai dialogue de sourds, en somme.