Olivier Deleuze a été désigné co-président d’Ecolo en mars. C’est donc sa première rentrée politique en tant que leader de la plus importante formation politique de l’opposition. Une rentrée marquée par l’annonce de la demande de naturalisation du milliardaire français Bernard Arnault et placée sous le signe des élections communales. Entretien.

Cet été, on a beaucoup parlé de nucléaire, avec la découverte de fissures dans les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. De quoi conforter le point de vue d’Ecolo ?

Le gouvernement a un devoir de transparence. On doit avoir des réponses techniques aux questions qui se posent. On doit aussi savoir qui savait quoi et quand.

Vous pensez que l’on a caché la réalité ?

Je dis simplement qu’on a le droit de savoir. D’une part, comment expliquer que l’Agence fédérale de contrôle nucléaire remet début juillet un avis selon lequel il n’y a pas trop de problèmes pour rallonger la durée de vie de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 alors qu’elle n’a pas fait procéder des tests par ultrasons comme elle l’a fait pour les autres ? D’autre part, à quel moment savait-elle qu’il y avait des problèmes dans les centrales en réfection ? Tihange 3 et Doel 2 sont à l’arrêt depuis la fin juin. Or le 4 juillet, le gouvernement décide de prolonger Doel 1, Doel 2 et Tihange 1. Il y a quelque chose de bizarre dans l’agencement des faits.

Vous êtes le principal parti francophone de l’opposition. Que pensez-vous des passes d’armes entre partis du gouvernement ?

On ne perçoit pas le souffle de ce gouvernement, ni son projet. La plus belle illustration, c’est la saga du plan de relance, qui est ensuite devenu le schéma de relance et maintenant on ne sait plus ce que c’est. Cette évaporation du plan de relance est bien le signe que ce gouvernement n’a pas d’autres projets que celui d’exister.

Pour le plan de relance, ce n’est pas simple. Où trouver l’argent ?

On ne manque pas de moyens. Si vous réformez les intérêts notionnels, vous pouvez gagner 1 à 1,2 milliard d’euros. Si vous augmentez la rente nucléaire de 550 millions à 1,2 milliard comme le recommande la Creg, vous gagnez 650 millions d’euros. Et puis, il y a des mesures qui ne coûtent rien. Le Premier ministre pourrait réunir les Régions pour répertorier leurs priorités en matière socio-économique. Et ensuite se tourner vers les banques dans lesquelles la Belgique a des participations, Belfius ou BNP, et vers les outils publics de financement, pour tenter d’appuyer ces projets de développement.

Dans un entretien à “La Libre”, le secrétaire d’Etat à l’Energie Melchior Wathelet faisait remarquer que quand vous étiez aux affaires, vous n’aviez rien demandé à Electrabel et qu’il était dès lors un peu facile de le critiquer…

Certes, de mon temps, il n’y avait pas de rente nucléaire. Mais quand j’étais responsable du département, j’ai fait baisser les prix de l’énergie de 620 millions d’euros pour les particuliers et les PME.

A propos des banques, le PS demande de scinder les banques de dépôt et les banques d’affaires. Vous suivez ?

La déclaration gouvernementale charge la Banque nationale de réaliser une étude sur la faisabilité et l’opportunité de la séparation des métiers bancaires. Mais confier une telle étude à Luc Coene (directeur de la BNB étiqueté Open VLD - NdlR), c’est presque comme demander à une dinde de préparer le repas de Noël. Cela ne débouchera sur rien. Le PS est dès lors coincé par la déclaration gouvernementale. Nous avons déposé des propositions de loi qui scindent banques de dépôt et banques d’affaires. Si le PS dépose le même texte que nous, nous le soutiendrons.

La demande de naturalisation de Bernard Arnault a soulevé un nouveau débat sur la taxation des grosses fortunes…

Voilà quelqu’un qui est le plus riche de son pays et qui choisit de prendre la nationalité d’un autre pays pour des raisons qui ne peuvent qu’être professionnelles. Car je ne crois pas que, pour Bernard Arnault, ce soit une démarche "Belgique, je t’aime". Il y a de l’indécence. La Belgique a plus d’importance que le pognon.

Tout le monde n’a pas ce point de vue. Bart De Wever pense qu’on devrait négocier, dès le 15 octobre, le confédéralisme…

La N-VA veut la destruction du pays. Et pour elle, tout est bon pour nourrir cette perspective : envoyer des convocations vite fait bien fait en flamand ou bien dire que s’il gagne à Anvers, on prépare la fin des haricots. Comment y répondre ? D’abord en réalisant complètement la réforme de l’Etat telle qu’elle a été négociée. Et puis, en développant nos régions, nos richesses. La N-VA a quand même un problème : les Flamands ne sont pas indépendantistes. Si demain, vous faites un référendum sur l’indépendance, les Flamands diront non. Du coup, elle parle de confédéralisme. En Belgique, c’est un mot magique, qui signifie la "première étape vers l’indépendance".

Pour l’instant en tout cas, la N-VA progresse encore. Les partis flamands engagés dans la réforme de l’Etat ne sont pas récompensés…

Nous sommes seulement en septembre 2012. Il reste deux ans avant les élections. Mais il n’y a pas le choix. Il faut avancer. On ne va pas discuter du confédéralisme de De Wever le 15 octobre, ok ? Ou alors on arrête tout.

Comme le dit Benoît Lutgen, les francophones ne devraient pas préparer le plan B ?

Ah ben non, ça, c’est la pensée auto-réalisatrice. On est en couple, on s’entend bien, mais si jamais on ne s’entendait plus, on va déjà commencer à voir comment on partagerait les meubles. C’est sûr qu’une semaine plus tard, vous êtes sur le trottoir avec votre valise. Par contre, ce que les francophones doivent faire, évidemment, c’est de voir dans les compétences qui vont être transférées (allocations familles, soins de santé, emploi, ) ce qu’ils désirent, ce qu’ils envisagent comme principes communs. Ça, il faut le faire. Ce n’est pas préparer le plan B.

Mais qu’est-ce qui vous empêche de faire cela ? Ecolo est dans les gouvernements fédérés.

On ne peut pas décider tout seul. Il faut faire cela tous ensemble. C’est une initiative globale.

Et vous trouvez que les francophones sont lents au démarrage ?

Ils sont lents au démarrage. Mais maintenant, plus rien ne démarrera dans le mois qui vient. Mais ce serait bien que ça démarre le 15 octobre.

Et est-ce qu’Ecolo a déjà son schéma ?

Nous avons deux principes directeurs. 1° Il semble préférable de faire une gestion de type paritaire, en associant les patrons et les syndicats, comme cela se passe maintenant au Fédéral. Cela fonctionne bien et c’est moderne. Sans en faire une usine à gaz. 2° Au plus la solidarité sera organisée largement, au plus elle sera efficace (Wallonie et Bruxelles). Et pour le reste, on n’a pas de tabous.