L’évolution de la situation épidémique ces derniers jours en Belgique est inquiétante. “Ne nous voilons pas la face : on est à un point de rupture potentiel (500 lits USI) et gare à l’exponentiel…”, a ainsi averti Yves Van Laethem, porte-parole Interfédéral Covid 19, lors de la traditionnelle conférence de presse de 11h ce mardi. Plusieurs clusters auraient notamment été constatés ces derniers temps sur les lieux de travail.

Vu les circonstances, le Premier ministre Alexander De Croo a décidé de tenir une conférence de presse à son tour à 17h30 ce mardi pour faire le point, après avoir rencontré dans l'après-midi les fédérations d’entreprises.


"Nous ne sommes plus dans une situation stable, mais ascendante", a d'emblée indiqué le Premier ministre. "Ce n'est pas totalement inattendu mais il faut tenir cela à l'oeil. Je sais qu’il y a une demande de perspective pour des assouplissements, mais maintenant ce n’est pas le moment de le faire. Il faut à tout prix éviter une troisième vague", a-t-il ajouté.

Alexander De Croo insiste: "Continuez le télétravail"

"Concernant le télétravail, j'ai conscience que c'est quelque chose de lourd pour les travailleurs. Mais on constate que depuis quelques semaines, beaucoup plus de gens retournent sur leur lieu de travail. Or il faut prendre toutes les précautions à ce niveau. Je demande à ce que dans les semaines à venir, on respecte cette règle du télétravail. C'est important. Si on continue à bien suivre ces règles, il ne faudra pas durcir les mesures", a déclaré Alexander De Croo.

"Et si on veut tout faire pour obtenir de nouveaux assouplissements, dans tous les domaines d'ailleurs, il est important de respecter cette règle de télétravail pour continuer à maîtriser cette épidémie", a-t-il encore ajouté.

Alexander De Croo a par ailleurs annoncé que le Commissariat corona du gouvernement fédéral travaillait à l'élaboration d'un système de dépistage au sein des entreprises où le télétravail n'est pas possible. Ce mécanisme devrait permettre aux services de santé au travail d'effectuer des tests rapides jusqu'à deux fois par semaine sur le lieu de travail, pour "éviter que des personnes qui ne se savent pas contaminées infectent d'autres personnes".

Pierre-Yves Dermagne a ensuite pris la parole et a répété la demande d'Alexander De Croo de poursuivre le télétravail. Le ministre fédéral du Travail a ajouté que les autorités allaient mettre en place un mécanisme qui permettra un retour au travail en toute sécurité dans les prochaines semaines. "Nous travaillons actuellement à un système qui permette - quand la situation épidémiologique sera favorable - aux travailleurs de retrouver, semaine après semaine, le chemin de leurs bureaux", a-t-il indiqué.

La ministre des Entreprises publiques Petra De Sutter a, de son côté, rappelé que les employés de la fonction publique devaient également s'en tenir au télétravail pour les semaines à venir. "Environ 85% des fonctionnaires travaillent de chez eux, avec des proportions plus ou moins élevées en fonction des domaines puisque le télétravail est plus difficile à appliquer à la Défense, par exemple", a-t-elle illustré durant la conférence de presse. "Nous poursuivrons cet effort, même si nous comprenons que cela commence aussi à peser pour nos fonctionnaires."

Le patron de la FEB, Pieter Timmermans s'est aussi exprimé. Selon lui, le télétravail doit être maintenu dans les prochaines semaines. "C'est une mesure importante dans la lutte contre le coronavirus et les entreprises ont tout à gagner à ce qu'il n'y ait pas de troisième vague."

Plus de gens retournent au travail, vraiment?

Outre la Fédération des entreprises de Belgique, étaient notamment représentés à cette entrevue de mardi l'union des entrepreneurs Unizo et le réseau flamand d'entreprises Voka. Ce dernier entend éviter à tout prix une troisième vague de coronavirus mais plaide également pour prendre des mesures visant le bien-être au travail. "De plus en plus de collaborateurs sont confrontés à des problèmes de santé mentale (...), nous allons donc demander de prévoir des moments de retour" en entreprise, avait déclaré l'administrateur délégué du Voka, Hans Maertens, avant la réunion. "Nos enquêtes révèlent que plus de 45% des entreprises pratiquent encore le télétravail en tout ou en partie, et ces chiffres restent stables", avait-t-il poursuivi.

Toujours avant la réunion, le Premier ministre avait souligné que les données concernant la mobilité démontraient que "nous sommes repassés, en terme de trafic, au-dessus des chiffres d'octobre", soit avant la deuxième vague.

Pour les représentants patronaux, ces chiffres peuvent s'expliquer par la météo maussade, la peur de prendre les transports en commun et la hausse de l'activité économique. "Il n'y a pas de lien entre l'augmentation du trafic et une baisse du télétravail", estimait ainsi Pieter Timmermans.