Vous avez toujours dit qu’il faudrait évaluer la pertinence de l’action du gouvernement aux performances de la N-VA. Dans les sondages, les nationalistes sont au plus haut. Comment expliquez-vous cela ?

Ne mélangez pas tout. On n’est pas au bout de nos réformes. Pour être crédible, il faut montrer aux gens que nous avons fait ce que nous avions dit que nous ferions. On a fait des pas de géant en résolvant définitivement, et par le vote, le problème de BHV. Les gens croient parfois que quand on annonce un accord, tout est fini Non, il faut du temps, des milliers d’heures de travail pour les couler en textes de loi, puis il y a le travail parlementaire et le vote. Voilà, c’est fait.

La suite ne sera pas une promenade de santé…

Nous allons bientôt discuter des prochains dossiers : transferts de compétences pour un montant de 17 milliards, loi spéciale de financement et réforme du Sénat. C’est au terme de ces réformes que les citoyens constateront l’évolution réelle du pays. Ils verront que nous avons apporté une solution de pacification institutionnelle. Le résultat est attendu pour 2014. Ma préoccupation n’est pas la N-VA : ma responsabilité, c’est d’aller au bout des réformes. Les partis flamands qui participent au gouvernement mettront en exergue ce qui a été fait. Mais ce ne sera pas fini en octobre.

Ne craignez-vous pas qu’une victoire de la N-VA ne radicalise les partis flamands ?

Vous savez, on ne gouverne pas en ayant peur. Les élections législatives et communales, ce sont deux données fondamentalement différentes. Il est normal que l’on accorde de la place à l’opposition. Mais je vous rappelle que la N-VA avait la possibilité d’entrer au gouvernement et elle n’a pas voulu. D’autres partis flamands ont pris leurs responsabilités. Le gouvernement travaille, dirige le pays, assume des réformes. La N-VA parle, parle, parle Je ne désespère pas que les citoyens, le moment venu, reconnaissent le travail que nous avons accompli.

Si en 2014 la N-VA obtient des résultats supérieurs à 30 %…

on ne s’occuperait pas d’abord de 2012, 2013, 2014 ? Moi je reste confiant. Poursuivons le travail et faisons aboutir les réformes prévues. Nous avons négocié pendant 541 jours. Nous avons un accord hyper détaillé. Mettons-le en œuvre.

Mais en 2014, il y a de nouvelles élections fédérales. Et si la N-VA devient incontournable ?

J’espère que le travail sera réalisé, que le pays sera stabilisé et que le citoyen en tiendra compte lors du vote.

Ne craigniez-vous pas qu’en octobre, vos ministres – seuls deux ne sont pas candidats – passent plus de temps sur les marchés que rue de la Loi ?

On travaille, on assume nos responsabilités. Et vous savez quoi ? Des politiques qui vont sur les marchés, c’est fort honorable. Le rôle du politique c’est aussi d’être à côté des gens, de parler avec eux. Mes courses, le samedi, me prennent beaucoup de temps parce que je parle avec eux : entre le jambon et le fromage, on vient parler, discuter. Cela fait partie intégrante de l’action politique. On se plaint à longueur de journée qu’il y a un fossé entre le politique et les citoyens ! Qu’il y ait des ministres, en ce compris fédéraux, sur les marchés, je m’en réjouis. C’est un moment de ressourcement. On doit se nourrir de la réalité quotidienne. Cette réalité, ce n’est pas uniquement les notes et les rapports d’experts. C’est aussi écouter un citoyen qui a un problème particulier. Cela structure la pensée des politiques. Pour moi, c’est fondamental.

N’eut-il pas été préférable, pour le PS et pour Thierry Giet, qu’il soit nommé président du PS tout simplement et non pas président faisant fonction ?

On a fait en fonction des circonstances du moment. Vous les connaissez. J’ai été nommé Premier ministre. On a trouvé cette solution qui permet au parti d’avoir un président qui préside et un Premier ministre qui fait son travail. Reconnaissons que cela ne fonctionne pas trop mal.

S’il est “faisant fonction”, c’est parce que vous l’avez demandé : cela vous permettra, en cas d’accident politique, de reprendre le sceptre du PS…

Vous n’éviterez jamais que certains parlent. Il faut laisser le débat ouvert.

Il n’est pas exclu qu’après votre mandat de Premier ministre, vous reveniez au boulevard de l’Empereur…

Dans l’état actuel, j’assume la fonction de Premier ministre et j’essaye de faire fonctionner au mieux le pays. Voilà ma seule préoccupation.

Un résultat négatif pour le PS aux élections communales pourrait amener le parti à revoir la distribution des rôles ?

Je suis très sensible à l’attention portée au PS : on ne jette des pierres qu’à un arbre qui porte des fruits. Le PS va bien. Voyez les autres formations politiques. Nous sommes au sommet de la hiérarchie des partis en bonne santé. Je pense que le travail sera récompensé. Mais rien n’est jamais fait.

Certains élus, comme Yvan Mayeur, votent parfois les projets du gouvernement avec des pieds de plomb…

Je comprends que des élus voudraient modifier des choses. Etre parlementaire dans un parti, c’est disposer d’un espace d’initiative personnelle, mais c’est aussi respecter un travail collectif.

Vous allez perdre, avec Paul Magnette qui s’en va à Charleroi, un ministre bon communicant et bon bilingue…

C’est surtout un excellent ministre et une personnalité de grande valeur. Je ne doute pas qu’il sera un excellent bourgmestre nourri de l’expérience ministérielle.

La presse flamande s’inquiète : qui ira porter la “bonne nouvelle” en Flandre ?

Une chose est sûre : il sera remplacé par un socialiste de qualité. Le parti décidera le moment venu.

Vous êtes devenu bon bilingue, il paraît ?

J’ai continué mes cours. Mon professeur a simplement dit : pour moi, si l’on peut se débrouiller dans une autre langue, on est bilingue. De là à dire que je suis devenu un parfait bilingue, non il y a encore du travail et je continue à travailler mon néerlandais, plusieurs heures par semaine.

Vous êtes là depuis 9 mois : dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Combatif, satisfait du travail réalisé et optimiste ! Le travail est difficile car je dois travailler avec un gouvernement composé de six partis qui ont des sensibilités très différentes. Il y a un grand travail d’inclusion, d’intégration. Ce travail est énorme : c’est l’essentiel de mon travail. Il y a en parallèle le travail institutionnel. Et là, nous sommes huit ! C’est complexe, varié, mais objectivement, cela fonctionne.

Mitt Romney est candidat à 65 ans… Vous pourriez rempiler en 2014…

Est-ce que le Pape n’a pas commencé à 72 ans ? Tant qu’on a la santé

Pourquoi ne pas publier, de temps à autre, des bulletins de santé ?

Si je le faisais, on dirait encore que j’ai des allures présidentielles ! Je ne veux pas nourrir ce phantasme-là. Il y a un chef d’Etat ici.