"Vous pensiez le connaître? Nous aussi, finalement. Vous pensiez avoir fait le tour du personnage: un ambitieux, un cynique peu chaleureux? Vous pensiez n’avoir plus grand-chose à découvrir de cet homme-là? Nous le pensions aussi. Mais nous avions tort. Car, à 55 ans, Didier Reynders n’a pas encore livré tous ses secrets. L’homme doute, avoue des fêlures, des hésitations, des regrets. Et des envies. Loin du personnage prêt-à-porter, loin de la caricature où il se cantonne parfois." Voilà comment s’expriment le journaliste politique Martin Buxant et le rédacteur en chef de La Libre Belgique, Francis Van De Woestyne, en ouverture de "Didier Reynders sans tabou", un livre étonnant, percutant, voire émouvant, qu’ils publient sur l’homme politique belge. Paris Match en a sélectionné quelques moments forts.

Ce qu'il pense de...

Joëlle Milquet : "Mon contraire". A son sujet, Didier Reynders revient sur la difficile expérience de l’Orange Bleue et des relations cdh/PS : "Bizarrement, Joëlle Milquet quittait Val Duchesse en fin d’après-midi, visitait les églises, réconfortait les exclus et revenait à Val Duchesse pour les deux journaux télévisés, ceux de RTL et de la RTBF, en prenant une position très dure sur ces sujets à l’égard de son voisin de table, le ministre de l’Intérieur, Patrick Dewael. Lequel commençait à s’agacer de négocier tout en recevant ce genre de critiques. C’était une ambiance particulière. Elle considérait sans doute qu’elle était toujours dans l’opposition. Je rappelle que, depuis 2004, j’ai essayé d’établir des contacts. Encore en 2006 en prévision des élections communales. Rien. Il était donc difficile de créer la confiance. Car j’avais le sentiment, à tort ou à raison, que tout ce qui se disait autour de la table filait au boulevard de l’Empereur".

Bart De Wever : "Une énigme". Les auteurs consacrent un large chapitre à la N-VA et, notamment, au fameux déjeuner chez Bruneau avec Bart De Wever, Louis Michel et Didier Reynders : "Il essayait de savoir jusqu’où nous pourrions aller dans une négociation", explique celui-ci. "Il a repris les slogans que j’avais matraqués durant la campagne, à savoir qu’en matière de réforme de l’Etat, il y avait des points sur lesquels nous étions prêts à avancer plus que d’autres partis."


Extraits du livre "Didier Reynders sans tabou"

On vous a souvent proposé d’entrer en maçonnerie. Vous avez toujours refusé. Pourquoi?

Oui, on me l’a proposé plusieurs fois, au début de ma carrière. Maintenant, on ne me le demande plus. Les loges ne m’ont jamais vraiment attiré, probablement en raison de ma formation catholique peu tournée vers la franc-maçonnerie, et de ma méconnaissance des activités réelles des maçons. Depuis, j’ai eu l’occasion de croiser de nombreuses personnes qui m’ont fait progresser en la matière et j’ai été invité à quelques reprises dans l’un ou l’autre atelier. En fait, à l’époque, la principale raison de mon refus était le constat de certaines dérives à Liège. C’était, pour une part, un milieu très affairiste, très tourné vers l’argent. L’assassinat d’André Cools a coupé court à des propositions d’adhésion. Mon caractère individualiste a certainement aussi orienté mes choix. Ce qui m’a toujours intéressé, c’est la séparation entre la sphère publique et la sphère privée, la distinction entre la sphère d’Etat et celle des convictions personnelles, sur le plan religieux ou philosophique. Pour moi, il est essentiel de séparer les convictions religieuses de l’action politique. (…)

Sur le plan personnel, quel est votre questionnement fondamental?

Je dois reconnaître que je ne suis guère passionné par les questions religieuses, par la transcendance – cela viendra peut-être. (…) Lors de moments forts, de décès, de séparations, forcément, des réflexions s’imposent sur le sens de la vie. Mais sans que j’aie, pour ma part, de réponse toute faite. Je ne me sens pas athée mais, en même temps, je n’ai pas de conviction forte. Je crois que quelque chose nous dépasse, va au-delà, mais j’ignore quoi. C’est pourquoi je suis plutôt agnostique. C’est sans doute dû en partie à l’éducation chrétienne, un peu trop stéréotypée, pendant mon enfance. Quand j’entends le discours du pape François, je trouve ses idées plutôt séduisantes dans quelques domaines. Mais lorsque je suis allé à Rome pour son installation, j’ai été frappé par le fait qu’il y avait autour de lui une série de messieurs, tous très âgés, et pas une seule femme. Sans être un féministe acharné, il me paraît surprenant de constater que, dans l’organisation de l’Église, une moitié de l’humanité n’est pas représentée et que les jeunes générations sont tenues à l’écart.


Découvrez davantage d'extraits et de photos (dont Didier Reynders dans sa jeunesse) dans le Paris Match de cette semaine.

Découvrez également le livre "Didier Reynders sans tabou". Entretiens avec Martin Buxant et Francis Van de Woestyne – Editions Racine – 254 pages – 19,95 euros.