Exceptionnellement, le président de la Chambre Patrick Dewael (Open Vld) a orchestré  les débats entre les députés au Parlement européen. Le lieu a été choisi pour permettre aux 150 députés d’être présents tout en respectant les règles sanitaires liées à l'épidémie de coronavirus. Après la déclaration gouvernementale d'hier, les députés belges sont de retour pour le traditionnel débat autour de cette déclaration.

Les députés ont pris place dans l'hémicycle et la séance a débuté. Patrick Dewael a rappellé les règles de la séance: le gouvernement peut intervenir à tout moment pour amener des précisions.

La N-VA en premier

Peter de Roover (N-VA) a pris la parole en premier. "Permettez-moi tout d’abord de souhaiter bonne chance au gouvernement : il était temps. Mais je ne sais pas si l’on trouvera d’accords sur d’autres points." Avec une métaphore cycliste, il a reproché d'entrée de jeu à l'Open VLD d'avoir obtenu le 16 rue de la Loi tout en étant seulement le 7ème parti le plus important du pays.

"Des annonces ronflantes et du marketing... La déclaration politique semble être positive mais contient peu de choses concrètes", selon lui. "Dans cette déclaration gouvernementale, on peut lire 10 fois 'le cas échéant', 55 fois "analyser' et 61 fois 'évaluer'. On ne trouve pas ou peu le mot réformer. J'ai l'impression que vous ne dirigez pas un gouvernement mais un bureau d'étude", a lancé Monsieur De Roover. "C'est un ensemble de phrases creuses pour cacher les désaccords. Une touche de positivisme."

Le chef de groupe N-VA s'est ensuite attaqué à une "politique budgétaire floue": "vous dites qu'il n'y aura pas de nouveaux impôts en page 41 et vous annoncez en page 45 que l’effort budgétaire total sera réparti selon la clé suivante : 1/3 de dépenses, 1/3 de recettes, 1/3 divers. Attendons de voir ce que ce divers comprend."

Il a souligné ensuite une confusion sur le montant des pensions annoncé. Brut ou net ? Les membres du nouveau gouvernement étaient déjà en désaccord sur ce point ces derniers jours. Sur cette question, Raoul Hedebouw (PTB) intervient pour la deuxième fois et se fait féliciter pour "sa participation au gouvernement, vu qu'il le défend si bien" par Monsieur de Roover. Le député du PTB lui demande ce que pense la N-VA, "brut ou net ? ". "Ca devrait être du net", a répondu la N-VA.

"En ce qui concerne la politique en matière de sécurité, vous voulez visiblement continuer certaines réformes de la suédoise. Plus d'argent encore ? Si vous l'avez et que l'argent est bien utilisé, c'est une bonne chose", a continué de Roover.

Ensuite, "comment les paroles courageuses de votre secrétaire d'Etat à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi, vont faire quand elles vont se heurter aux discours activistes d'Ecolo-Groen. Je vais commander quelques paquets de chips et regarder ça attentivement."

"Ce gouvernement arc-en-ciel empêche une majorité de ce pays de jouer un rôle politique. Vous refusez de vous attaquer au chantier institutionnel et vous vous contentez d'un projet marketing. C'est une occasion ratée. Nous allons combattre ce gouvernement de façon correcte, sur le contenu. Je partage les questionnements des Flamands qui travaillent, économisent et investissent. Avec convictions, nous voterons contre ce gouvernement', a conclu de Roover.

Groen ensuite

Kristof Calvo ne tenait pas spécialement a s'exprimer mais le voilà devant les députés. Il a cité Johan Cruyff, "chaque inconvénient a son avantage".

Après quelques minutes de parole. Il est questionné par plusieurs députés sur le programme ambitieux annoncé concernant la SNCB : voulez-vous en faire une entreprise privée ? Comment allez-vous financer vos intentions ? Monsieur Calvo a estimé qu'il ne fallait pas opposer toujours le privé et le public et qu'ils pouvaient tous les deux aider la SNCB à améliorer le service proposé. A la question des financements, il a répondu que les discussions budgétaires allaient suivre et est passé sur le sujet de l'asile et la migration.

Nouvelle question, cette fois-ci de Theo Franken (N-VA), ancien secrétaire d'Etat à l'Asile et Migration. "Après une période difficile sur le plan personnel pour vous (pas de nomination comme ministre après de longues négociations), vous êtes là devant nous. Je vous respecte pour ça. La déception est devenue une partie intégrante de la vie politique et vous êtes un politique de qualité. Mais vous annoncez une politique plus humaine, un nouveau code de la migration et, selon une source journalistique, votre secrétaire d'Etat responsable de la migration souhaite davantage de retours. Est-ce plus humain ça ? Ensuite, les visites domiciliaires. D'après cette source, c'est apparemment oui pour le CDV et c'est non pour Groen et Ecolo. Vous en pensez quoi ?"

Kristof Calvo a confirmé qu'il était prévu d'établir un code de la migration: "ce que vous avez voulu faire et vous n'y êtes pas parvenu. Ce code comprend les 'retours'. C'est certainement le passage le plus délicat dans cette déclaration, pour moi, pour Groen, pour Ecolo et je l'espère pour les autres partis. Les retours font partie de ce code de la migration. Pour votre deuxième question, les visites domiciliaires n'apparaissent nul part dans l'accord de gouvernement. Nous ne sommes pas d'accord. Si le secrétaire d'Etat pense autrement, libre à lui de le dire lorsqu'il prendra la parole ici-même."

Ensuite questionné sur les intentions institutionnelles du gouvernement et les 9 ministres de la Santé belges, il a répondu :"j'ai une opinion assez tranchée sur l'avenir de la Belgique et je pensais qu'il fallait refédéraliser les soins de santé. J'ai réfléchi et je pense que ça vaut un peu plus de nuance. Avec quelqu'un comme Frank Vandenbroucke (SP.A) comme ministre de la Santé publique et des Affaires sociales aux manettes, je sais que le dossier est dans les mains d'un démocrate. Il pourra faire en sorte que la structure institutionnelle soit simplifiée."

Lorsqu'on lui a lancé que "c'est impossible d'appeler ce projet 'Vivaldi' car c'est un manque de respect pour le compositeur alors que ce programme n'est qu'un ramassis de fausses notes", il a répondu "ça ressemble à une intervention préparée" et a conclu: "j'espère qu'en 2024, quand notre pays aura la présidence du Conseil européen, il y aura des drapeaux européens de Arlon à La Panne, de Opgrimbie à La Panne. [...] Monsieur le Premier ministre vous êtes de ces gens qui jettent des ponts. Vous êtes moins accroché à l'idéologie que ce que je le pensais. Mon groupe vous donnera donc la confiance."

Ahmed Laaouej (PS) prend la parole

Après avoir félicité Kristof Calvo, il a annoncé : "l'enfermement des enfants, c'est terminé et définitivement terminé ! Le respect de la dignité humaine prévaudra."

"La récente crise sanitaire a mis en lumière pour tout le monde les besoins en soins de santé. Les socialistes le demandaient depuis longtemps, il était temps d'arrêter de sous-financer les hôpitaux", a souligné le socialiste. Sur le terrain de la justice sociale, il salue "un plan de lutte contre la pauvreté ambitieux et particulièrement contre la pauvreté infantile."

Interpellé par Raoul Hedebouw (PTB) sur la promesse d'un retour de la pension à 65 ans comme condition sine qua non de la participation socialiste à un gouvernement (qui n'est pas dans l'accord de gouvernement), Ahmed Laaouej a répondu : "lorsque j'étais jeune et que le PTB essayait de me recruter, ce parti disait 'quand nous serons au pouvoir, il n'y aura pas de grande fortune'. Il faut faire preuve d'humilité par rapport à ce qui est un idéal en politique et la Belgique qui fonctionne à la proportionnelle. Surtout quand il faut donner un avenir au pays, faire face aux extrémismes et aux populistes".

Après de multiples interruptions, Patrick Dewael a demandé aux parlementaires de laisser les discours se poursuivre : "Monsieur Laaouej, se tient debout depuis une heure et n'a parlé que 12 minutes. Les interruptions sont elles-mêmes interrompues. Si ça continue comme ça, on est là jusque 3H du matin."

"Un jardin d'enfants"

Il a été décidé de faire une pause de 30 minutes. Les débats ont repris à 14 heures. 

Le Premier ministre ne s'est pas laissé démonter par les attaques venues de l'opposition. Lorsque Theo Francken l'a accusé d'alléguer des montants irréalistes à la lutte contre la fraude fiscale, il s'est emporté: "C'est un jardin d'enfants ici? Dois-je vraiment expliquer au Parlement, face à des politiciens expérimentés et anciens membres du gouvernement, comment vous devez calculer ces montants?"

Concernant le nucléaire, les nationalistes flamands ont vivement fustigé les points négociés notamment quant à la sortie en 2025. "Qui était autour de la table quand on a négocié cette partie de l'accord", a lancé la N-VA à M. Piedboeuf, chef de groupe MR à la Chambre.

Les nationalistes et le cdH ont ensuite tenu à questionner le MR sur le volet institutionnel. "Comme votre parti, jusqu'à son sommet, agite cette problématique, en se présentant comme un rempart au séparatisme", a ironisé Maxime Prévot, le président du cdH. Le chef de groupe du MR a insisté sur le fait que les partis d'extrême gauche et droite ne seraient pas associés à la démarche. Il a expliqué qu'il fallait améliorer la façon dont le pays était géré, notamment en terme de santé. "Il ne faut toutefois pas appeler à une refédéralisation pour ce qu'on n'est pas capable de gérer soi-même. Foutre le bordel dans sa région pour après le renvoyer au Fédéral, ce n'est pas la solution", a détaillé M. Piedboeuf. 

Le ton est ensuite brièvement monté entre Peter De Roover (N-VA) et Servais Vanderstraeten (Cd&V). Ce dernier avait exprimé la nécessité de faire preuve de courtoisie dans les échanges, en pointant du doigt le durcissement de l'opposition. "Je n'aime pas beaucoup vos insinuations", a lancé M. De Roover à M. Vanderstraeten. "Ce gouvernement n'est mu que par une seule volonté, de la Panne à Arlon: défendre tous les Belges", a conclu M. Vanderstraeten.