On resserre les rangs. Durement malmené, en Wallonie surtout et singulièrement dans le dossier des certificats verts, Ecolo fait face à l’adversité sans se désunir. C’est en tout cas l’impression laissée par les échos récoltés, lundi, après le bureau hebdomadaire du parti. Et c’est d’un haussement d’épaules que la plupart des mandataires Ecolo commentent la charge du député wallon MR Willy Borsus dans "La Libre" du jour. " Je constate l’extrémisme doctrinaire des Ecolos ", martelait notamment le chef de file libéral.

" C’est incroyable , siffle un député Ecolo. Willy Borsus peut dire tout et son contraire. Quand Jean-Marc Nollet a supprimé les primes à l’installation photovoltaïque, il était le premier à rouspéter. Allez retrouver vos archives. Maintenant, il dénonce le coût de l’énergie renouvelable ." Et à l’entendre, c’est une manœuvre délibérée. " Il y a une stratégie visant à nous affaiblir. Et à légitimer, à bon compte, ce qui apparaît comme contre-nature : une future coalition PS-MR ."

Pour les anciens, il y a comme un air de déjà-vu. Faut-il vraiment rappeler l’interdiction de la publicité pour le tabac prononcée en 2002 avec le soutien d’Ecolo, et qui aura eu raison de plusieurs Grand Prix de F1 à Francorchamps ? A l’époque, les verts francophones avaient été traités comme des parias. Et avaient été lourdement sanctionnés dans les urnes ensuite avec, comme conséquence, le rejet dans l’opposition. " Les autres partis sont en train de réchauffer la même soupe qu’à l’époque , explique un élu qui n’était pas membre du parti à l’époque. Et ils le font avec une mauvaise foi qui me sidère. Je ne comprends pas qu’on puisse ainsi prendre le risque de renforcer le fossé entre le politique et les citoyens pour des raisons électorales ." Cet autre élu ponctue : " Ils se disent : chez Ecolo, il y a un électorat volatile. Collectivement, on peut essayer de leur prendre 6 à 7 % des voix ."

Pas de remake

Mais tous s’en persuadent : les choses sont différentes aujourd’hui. Ecolo lui-même pour commencer. " En 2002, nous en étions à notre première participation gouvernementale , commente un vieux serviteur du parti . Nous montrions à tout bout de champ notre souffrance d’être au pouvoir. Nous tenions des assemblées générales les unes après les autres où l’on posait la question du "stop ou encore". Or les gens s’en fichent de notre souffrance. Ils veulent des solutions. C’est ce que nous entendons leur apporter ."

Un député prolonge : " Nous doutons beaucoup moins de nous qu’à l’époque. Aujourd’hui, on serre les coudes. Parfois, on voudrait réagir plus fortement. Mais on sait que ce qu’on gagne en communication, on le perd plus tard en négociation. Or, pour nous, c’est le résultat qui compte ."

Une autre différence, c’est la nature même du dossier. " En 2002, nous nous battions pour des symboles , professe un député. La pub tabac à Francorchamps, c’était du symbole. Depuis lors, nous avons appris à distinguer ce qui est périphérique et ce qui est essentiel. Et l’énergie renouvelable, c’est essentiel. C’est un dossier structurant. Qui vaut la peine de se battre. Les gens comprendront. A nous de bien leur expliquer. " A Ecolo, on explique par ailleurs que, dans le cas de l’interdiction de la pub pour le tabac, le reproche qui leur était adressé, c’est d’aller plus loin que ce que l’Europe prônait. " Cette fois, c’est le contraire , explique un vert. Contrairement à ce que le MR tente de faire croire, nous ne sommes pas parmi les meilleurs élèves en ce qui concerne les énergies renouvelables. Nous avons un retard à combler en la matière. "

Du reste, on ne sent pas la même animosité de la part des autres partis.

Certes, le choix du PS d’envoyer Claude Eerdekens, le député régional le plus anti-Ecolo, au débat de "Mise au point" a surpris. Mais dans l’état-major, on pense que c’est fortuit. " Le MR se croit déjà de retour dans les gouvernements régionaux , expose-t-on. Il ne se retient plus pour nous éreinter. Mais dans les autres partis, nous n’entendons que quelques députés. Les appareils de parti sont loyaux à l’accord de gouvernement. Le PS sait que notre soutien est indispensable à la réforme de l’Etat. Et le CDH doit faire oublier que le père de l’aide Solwatt, c’est André Antoine ."