Quelles sont les priorités du gouvernement en cette rentrée 2012 ?

Je souhaite fixer trois axes de travail : tout d’abord les domaines de la société, la sécurité en particulier, mais aussi les problèmes socio-économiques, ensuite la poursuite des réformes institutionnelles et enfin l’Europe.

La sécurité comme priorité, c’est nouveau…

Mais non, cela n’est pas neuf. Mais il est vrai que cela doit être une priorité, je dirais même la priorité absolue. Et notre objectif doit être : non à l’impunité. Nous devons poursuivre toute une série de réformes entamées dans le domaine de la justice et les engagements dans le domaine de la police.

Comprenez-vous l’émotion suscitée par la libération de Michelle Martin ?

Bien entendu. Je comprends les familles, je partage leur douleur. Il n’y a pas de mot pour décrire ce que ces enfants ont connu et ce que les familles doivent ressentir. Rien ni personne ne pourra les consoler. Nous avons écouté les familles, je les ai rencontrées ainsi que la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, et la ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet. Dans l’accord de gouvernement, nous avions déjà prévu le durcissement des conditions légales de la libération conditionnelle. Je rappelle que le volet justice de cet accord avait été élaboré à un moment où le Tribunal d’application des peines avait déjà décidé de libérer Michelle Martin.

Quels sont les changements prévus et quel est le calendrier ?

Le seuil d’admissibilité pour la libération conditionnelle sera relevé à la moitié de la peine de 30 ans et aux trois-quarts de la peine en cas de récidive. Deuxième élément : nous souhaitons que la notion de récidive prenne en compte tous les délits. Il y avait d’autres demandes particulières. L’une concerne la mise à la disposition du gouvernement d’un condamné qui a purgé l’ensemble de sa peine. Avant, c’était le gouvernement qui décidait. Nous avions choisi de confier cette tâche aux professionnels de la justice. Lors des entretiens avec les familles, je me suis rendu compte qu’il serait en effet curieux de confier au même tribunal et la discussion sur la libération conditionnelle et la mise à disposition du gouvernement Il faudrait peut-être trouver au sein de la justice une instance, autre que le Tribunal d’application des peines, qui pourrait décider de la mise à disposition. On ne pourra pas tout faire mais il y aura une écoute réelle des familles et nous agirons dans le sens souhaité, à savoir : non à l’impunité. D’autres demandes, comme la place de la victime, font également l’objet de réflexions au sein de groupes de travail que nous avons mis en place.

Les cas de récidive sont très nombreux en Belgique. Comment les réduire ?

Effectivement. Aujourd’hui, il semble y avoir entre 50 et 60 % de récidive. C’est insupportable. Cela coûte un argent fou et au final, la moitié des personnes condamnées récidivent. Nous avons donc besoin de réformes éducatives, pédagogiques, de resocialisation des gens. C’est fondamental pour notre propre protection. Pour créer cette dynamique, il faut utiliser la carotte et le bâton : la carotte, c’est la faculté de pouvoir réduire la durée de leur peine s’ils s’améliorent et si l’on a le sentiment qu’ils ne vont pas recommencer.

Pourquoi placer la sécurité comme nouvelle priorité ?

C’est étonnant, cette question. Depuis que je dirige le gouvernement, la sécurité est bien une de nos priorités. En termes de police, nous avons décidé d’engager 1400 policiers plus 100 policiers supplémentaires par an. Il y aura des gardiens de la paix. Nous avons engrangé les premières réformes en matière de justice. Donc, oui, c’est une priorité.

Davantage de policiers dans les rues, on dit cela depuis la réforme de la police, il y a 15 ans…

Le premier principe de la sécurité, c’est qu’un acte délictueux ne se produise pas. Il faut donc accroître la prévention en renforçant la présence policière sur le terrain. Il faut aussi revoir les tâches de la police et en discuter avec les parquets pour voir comment certaines tâches peuvent être réduites.