Une question restait en suspens depuis dimanche : le Roi allait-il inviter le Vlaams Belang (VB) en audience ? Le cordon sanitaire qui entoure l’extrême droite est respecté par le Palais depuis 1936, lorsque Léopold III avait convié Léon Degrelle. En 1978, le roi Baudouin avait invité Karel Dillen, président du Vlaams Blok, mais ce dernier avait décliné l'invitation.

Depuis 1936, aucun président d’une formation d'extrême droite n’a été reçu en audience par le chef de l’État. Sauf que le Belang a réalisé, dimanche, un score historique avec 18,5 % des suffrages recueillis au nord du pays. Philippe pouvait-il, en quelque sorte, se permettre de contourner près d’un électeur flamand sur cinq ? Allait-il dès lors recevoir le président du VB, Tom Van Grieken ? Lundi, le Palais refusait de répondre à la question. Preuve, sans doute, qu’elle n’était pas tranchée.

La décision est finalement tombée ce mercredi matin : Philippe a décidé de recevoir Tom Van Grieken au palais à 10h45. Une audience qui a duré une petite demi-heure.

Quoi qu’il en soit, lorsque le Roi aura terminé ses consultations, il désignera un informateur chargé de dégager une majorité potentielle. En 2014, il avait nommé Bart De Wever dans cette fonction en tant que grand vainqueur des élections. Cinq ans plus tard, la N-VA, même affaiblie, reste la première force politique à la Chambre. Le nationaliste a donc de bonnes chances de rempiler.

Prévot : "Cela fait froid dans le dos"

Le président du cdH, Maxime Prévot, a exprimé la crainte que lui inspirait la perspective d'une audience accordée par le Roi au président du Vlaams Belang. Mais il a aussitôt précisé que celle-ci semblait inévitable vu les résultats du parti d'extrême droite dimanche. "Le simple fait que le président du Vlaams Belang puisse franchir des grilles du Palais fait froid dans le dos. Mais ce serait difficile d'en blâmer le Roi vu les résultats dans le nord du pays", a déclaré M. Prévot alors qu'il arrivait au Palais de Bruxelles pour être reçu par le chef de l'Etat.


Laurette Onkelinx: "Cela me choque profondément"

Ni le PS, ni Ecolo n'ont souhaité réagir. "Le Roi a pris une décision qui lui appartient", a sobrement commenté la co-présidente des Verts Zakia Khattabi. "J'ai un avis mais je ne vous le donnerai pas", a dit pour sa part Paul Magnette (PS).

La réaction la plus engagée est venue de la présidente de la Fédération bruxelloise du PS, Laurette Onkelinx, qui a commencé des consultations en vue de former le gouvernement régional. A ses yeux, rien n'imposait au Roi de recevoir M. Van Grieken.

"Cela me choque profondément. Pourquoi le Roi se croit-il obligé de recevoir le Vlaams Belang alors qu'il y a chez les partis flamands, en dehors de la N-VA, un rejet clair d'une rupture du cordon sanitaire", a commenté Mme Onkelinx au micro de la RTBF.


Le chef de groupe à la Chambre, Ahmed Laaouej, parle quant à lui d'une "gifle". "L'extrême-droite reçue au Palais est une gifle infligée à toutes celles et ceux qui, dans notre pays, ont à subir dans leur chair les discours racistes. Le message est terrible", a-t-il lancé sur twitter.


Charles Michel appelle à la "sérénité"

"Le Roi est dans son rôle" de consultations post-électorales, a jugé au contraire le Premier ministre et président du MR, Charles Michel. "Il y a une procédure constitutionnelle, (...) il appartient au Roi de mener des consultations", a-t-il commenté, avant d'en appeler à "la sérénité." "En ce moment, on a besoin de calme pour permettre que le pays puisse être gouverné".

Le président du PTB, Peter Mertens, s'est gardé comme ses collègues de commenter le choix du Roi. "Ce n'est pas à moi de définir l'agenda du Roi", a-t-il expliqué, en insistant toutefois sur le combat antifasciste de son parti.

DéFI, qui appelle à un cordon sanitaire autour de la N-VA et du VB, n'est pas étonné. Selon Olivier Maingain, le problème est plus ancien que l'audience accordée mercredi. "Dès lors que le chef de l État recevait déjà la N-VA, rien d étonnant qu' il reçoive le Vlaams Belang. En réalité la banalisation de ces partis incombe aux partis démocratiques qui tiennent leurs discours. Sans Francken, le Vlaams Belang n'aurait pas connu le même succès", a-t-il dit sur twitter.


Le monde associatif en émoi

Le ton était plus virulent dans le monde associatif. Stand Up, le collectif à l'origine de la manifestation qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes lundi contre l'extrême-droite, n'a pas caché sa déception.

"Le Roi est donc le premier a briser le cordon sanitaire contre l'extrême droite et le fascisme dès le lendemain de la grande manifestation qui a réuni 7.000 personnes! La lutte sera longue mais on lâchera rien!" a-t-il averti sur sa page Facebook.