La semaine passée, le tribunal correctionnel d'Anvers a condamné Melikan Kucam, un intermédiaire du cabinet de l'ex-secrétaire d'Etat Theo Francken (N-VA) pour les visas humanitaires, à huit ans de prison pour trafic d'êtres humains, corruption passive et association de malfaiteurs. Contre paiement, l'homme, également conseiller communal N-VA à Malines, avait favorisé les dossiers de certains chrétiens fuyant le Moyen Orient, candidats à un visa humanitaire.

Plusieurs députés ont plaidé pour des contrôles plus stricts de l'octroi de ces visas, de compétence discrétionnaire. "Cette activité a pu prospérer parce qu'il n'y avait pas de procédures de contrôle mises en place qui garantissent la responsabilité de la personne dépositaire de ce pouvoir", a expliqué Hervé Rigot (PS).

Le nouveau secrétaire d'Etat examine avec les administrations qui dépendent de lui les leçons à tirer de cet épisode "hallucinant". D'ores et déjà, il a annoncé qu'il ne travaillerait plus avec des intermédiaires. Il fera appel uniquement à des organisations reconnues et si elles ne le sont pas, elles feront l'objet d'une enquête sur leur réputation.

"Je veillerai à ce que nous travaillons uniquement avec des personnes fiables. Je ne travaillerai pas avec des intermédiaires. Si une organisation inconnue se présente, je ferai vérifer sa réputation nationale et internationale", a expliqué M. Mahdi.

Faut-il encadrer cette compétence, dont l'usage demeure exceptionnel, par des critères? Ecolo-Groen s'est positionné dans ce sens. Le secrétaire d'Etat rappelé de son côté l'importance de pouvoir embrasser l'ensemble d'une situation et la vulnérabilité d'un candidat au visa humanitaire que le recours à des critères rend difficile. En revanche, il a insisté sur l'obligation de motiver la décision.

Le secrétaire d'Etat dispose de peu d'éléments sur les visas promus par l'intermédiaire de M. Kucam et surtout les demandeurs qui n'ont pu en recevoir parce qu'ils ne pouvaient pas payer. Le PTB a réclamé la mise sur pied d'une commission d'enquête parlementaire sur cette affaire. Il n'a pas été suivi jusqu'à présent.

La N-VA n'est pas intervenue dans le débat. Le sp.a et l'Open Vld s'en sont étonnés. "Le trafic d'êtres humains n'est manifestement pas assez sérieux pour elle, c'est grave", a souligné Ben Segers (sp.a).

Aux yeux des libéraux, c'est la crédibilité même de M. Francken dans le dossier de l'asile qui est ruinée. "Depuis la semaine passée, Theo Francken a perdu son autorité morale. S'il intervient encore dans cette commission pour parler d'asile, je ne vais plus le croire", a affirmé Tim Vandeput qui voit dans ce dossier l'une des raisons pour laquelle la N-VA a "lâchement" quitté le gouvernement en 2018.