Des propos amènes du président du MR Georges-Louis Bouchez à l'égard du ministre flamand de l'Enseignement Ben Weyts (N-VA), samedi dans Het Laatste Nieuws, ont fait bondir le vice-président PS du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles Frédéric Daerden.

"Ces propos du président du MR sont vexatoires vis-à-vis des enseignants francophones et de la ministre de l'Enseignement" Caroline Désir (PS), a affirmé M. Daerden à Belga. Dans cet entretien, M. Bouchez est longuement mis sur la sellette par des journalistes qui le désignent comme la "pierre d'achoppement" à la formation d'un gouvernement et assènent qu'il ne bénéficie plus d'une grande crédibilité au nord du pays. Il s'en défend en assurant qu'il a préservé en mars dernier la possibilité de former un gouvernement de centre-droit en empêchant le président du PS Paul Magnette de forcer les autres formations à accepter "un gouvernement francophone de gauche" (MR, PS, Open Vld, sp.a, Groen, cdH et DéFI). 

M. Bouchez défend également sa prise de distance d'avec la N-VA, que d'aucuns lui reprochent désormais en Flandre. "Tant que je disais 'N-VA, N-VA, N-VA', ils me trouvaient formidables en Flandre. Mais quand ils ont vu que je n'étais pas prêt à me détruire pour la N-VA, ils ont dit que je n'étais pas fiable. Oui, je préfère la N-VA, et honnêtement, ce parti est celui qui se montre le plus constructif et correct avec les pouvoirs spéciaux. Mais je ne vais pas me tuer pour elle." 

En fin d'interview, M. Bouchez affirme que son "idéologie de centre-droit" fait qu'il est souvent d'accord avec la Flandre. "Si je pouvais faire de Ben Weyts le ministre de l'Enseignement chez nous ? Directement ! Je n'ai rien contre Caroline Désir, mais dans un monde idéal... Quand je vois vos infrastructures, vos rues plus propres et le discours politique dominant, je m'y sens bien. (...) J'avoue: j'aimerais être aimé en Flandre", commente-t-il. Les propos concernant Ben Weyts ont fait bondir Frédéric Daerden, vice-président d'un gouvernement auquel est associé le MR avec Ecolo. "Il y a une semaine, la N-VA traitait les enseignants francophones de fainéants. 

Aujourd'hui, M. Bouchez déclare qu'il leur confierait volontiers notre enseignement. Ces propos sont vexatoires vis-à-vis des enseignants francophones et de la ministre de l'Enseignement", affirme-t-il en soulignant que le monde de l'enseignement a besoin de sérénité. "'Dans un monde idéal', un président de parti ne devrait pas faire des déclarations qui compliquent la tâche, déjà très difficile, de celles et ceux qui font face à une crise sur le terrain", ajoute-t-il. Le chef de groupe socialiste au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles Laurent Devin a également fait part de sa "colère face au mépris affiché par le président du mouvement réformateur pour notre enseignement". 

"La crise sanitaire que nous traversons a mis encore un peu plus en valeur le travail remarquable effectué par nos enseignants et leur courage et leur professionnalisme dans l'accompagnement de nos élèves, eux-mêmes dans des conditions bien difficiles." M. Devin y ajoute "de l'incompréhension", "car le discours tenu par M.Bouchez est en totale contradiction avec le soutien apporté par Pierre-Yves Jeholet, ministre-président MR, qui a soutenu publiquement le travail effectué par son gouvernement et notamment celui de Caroline Désir et Frédéric Daerden. "Je demande au nom du groupe PS que l'unité du gouvernement sur les choix posés pour l'école soit réaffirmée", conclut M. Devin. Dans son interview, M. Bouchez anticipait les critiques en affirmant que sa "déclaration d'amour" à la Flandre serait "partagée par quelques analystes francophones pour me faire passer pour un traître".