Politique belge

Françoise Schepmans (MR) est la bourgmestre de Molenbeek Saint-Jean (Bruxelles). Entretien.


Où en est-on dans l'enquête molenbeekoise sur les attentats de Paris ?

Il y a eu cinq arrestations à Molenbeek de personnes en lien avec les attentats de Paris. Deux avaient été préalablement contrôlées à la frontière belgo- française et trois ont été arrêtées dans le cadre de perquisitions. Le locataire du véhicule est toujours en fuite. (NDLR : L'interview a eu lieu dimanche vers 14h. Actuellement on parle plutôt de sept personnes interpellées - tous les détails ici)

Les médias français parlent de Molenbeek comme “d'une plaque tournante du djihadisme”. Cela vous choque ?

C'est difficile pour nous. Je comprends que dans l'immédiateté de ces événements, on se focalise sur notre commune, mais Molenbeek est grande et très diversifiéee. En fait, ce n'est qu'un seul quartier et quelques rues fréquentées de Molenbeek qui sont impactés par ce phénomène de radicalisme violent. Cela a commencé dans le centre et le quartier maritime de Molenbeek, mais cela ne veut pas dire que les radicaux n'habitent pas ailleurs.

N'est-ce pas interpellant de constater que les derniers attentats, notamment en France, ont souvent eu un lien direct avec Molenbeek?

Que des terroristes soient passés par Molenbeek, une commune faisant partie d'une capitale et donc où il existe un anonymat et beaucoup de passages, ne m'étonne pas vraiment. Par contre que de jeunes Molenbeekois soient directement impliqués dans ces affaires de terrorisme, c'est très interpellant.

Quelle est l'ampleur du radicalisme violent dans votre commune?

A Molenbeek, on dénombre une trentaine de personnes qui sont touchées par le radicalisme violent en lien avec la Syrie. Certains sont partis en Syrie et sont revenus, d'autres y sont toujours.

Quelles sont les causes, selon vous, de cette montée du radicalisme ?

C'est un phénomène qui existe depuis des décennies. On voit un repli identitaire, religieux de la part de certains habitants, et cela dérive vers du radicalisme violent.

A Molenbeek, il y a une forte densité de population d'origine marocaine. Dans certains quartiers, il y a eu des flux migratoires très importants durant des décennies. Pour la plupart des Molenbeekois qui vivent dans ces quartiers, cela se passe très bien. Mais malheureusement certains sont à la marge. Des familles n'ont pas pu anticiper certaines situations et le phénomène de radicalisme violent s'est développé. Certains jeunes se sont mal intégrés. Le problème s'est amplifié avec l'actualité internationale et on n'a certainement pas anticipé. Molenbeek est la deuxième commune la plus jeune de Belgique, la deuxième plus pauvre et dans certains quartiers, la réalité est difficile. Mais cela n'excuse rien.

Le précédent bourgmestre, le socialiste Philippe Moureaux, a -t-il été trop laxiste ?

Le phénomène est antérieur à la précédente législature, mais il est clair que Molenbeek a trop longtemps vécu dans le déni. J'ai souvent répété qu'il y avait un problème, qu'il fallait développer des programmes d'intégration, permettre aux habitants d'apprendre le français. Mais on me répondait que les choses se feraient naturellement....

Que faites vous pour enrayer ce phénomène de radicalisme violent ?

On a mis en place une cellule radicalisme au sein de la police après les évènements de Sharia4Belgium à la fin 2012. Nous avons quatre personnes qui récoltent toutes les informations nécessaires et collaborent avec le Fédéral. Des lieux de cultes et de rencontres sont surveillés à Molenbeek, mais c'est au Fédéral de vérifier le contenu de ce qui se fait dans les mosquées. Je dois dire que l'échange d'information entre la commune et le Fédéral fonctionne bien maintenant, ce qui n'était pas le cas auparavant. On a des policiers formés à ce phénomène de radicalisme. Notre rôle en tant que commune est aussi d'agir sur la prévention, dans les écoles, avec les acteurs culturels, éducatifs et sociaux. On travaille avec les enseigants et les familles pour bien les prévenir de ces dangers. Les familles touchées viennent très souvent vers nous pour être aidées, soutenues. Mais que faire avec les jeunes qui reviennent de Syrie ? Ce n'est pas la commune qui peut résoudre ces problèmes toute seule. On est un peu démuni par rapport à ce phénomène. On y travaille chaque jour, mais ce n'est pas suffisant.

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) veut faire “le ménage” à Molenbeek. Une réaction ?

C'est un propos excessif, une formule et il faut voir ce qu'il y a derrière cette formule. Chacun doit prendre ses responsabilités et si le Fédéral peut nous aider, dans le cadre de ses compétences, c'est une bonne chose. On est en demande d'interventions de la part du Fédéral, que ce soit par rapport au phénomène de radicalisme violent, de trafic d'armes et de drogue ou de délinquance. Que le Fédéral s'intéresse enfin à Molenbeek est positif. Je suis demandeuse.