L'informateur royal Georges-Louis Bouchez a pressé dimanche les partis politiques associés au processus de formation d'un gouvernement fédéral à se mettre à table pour entamer cette formation, sans quoi les populistes continueront de se renforcer en Belgique.

La veille, le président de la N-VA Bart De Wever a eu des accents sociaux qui, selon le sp.a, ne peuvent être ignorés.

"Huit mois après les élections, le temps des hypothèses, des rumeurs, des petits intérêts personnels ou partisans est révolu", a affirmé M. Bouchez à Wavre, où il présentait, sous sa casquette de président du MR, ses vœux aux militants.

"Il est plus que temps de se mettre à table pour former un gouvernement", a ajouté le Montois qui, avec le président du CD&V Joachim Coens, est attendu lundi à 15h chez le Roi pour faire rapport de leur mission d'information.

M. Bouchez a répété que "personne n'aura la coalition de ses rêves", alors que le CD&V a multiplié ces derniers jours ses demandes à constituer un gouvernement avec la N-VA. Ce que, côté francophone, PS et Ecolo excluent toujours.

Le nouveau président des libéraux, qui a choisi le slogan macronien "en marche pour 2020", épouse aussi la focalisation du président français sur le combat contre les populistes. Ce sont eux les seuls vainqueurs du scrutin de mai dernier en Belgique, a-t-il dit en citant le PTB et le Vlaams Belang.

"Chaque jour qui passe sans gouvernement ne fait que renforcer les populistes. J'exhorte donc l'ensemble de mes collègues à former un gouvernement le plus rapidement possible, car il est toujours possible de constituer un projet enthousiasmant, fort et crédible, dans l'intérêt du pays".

Se disant "équidistants" des deux formules les plus souvent citées (coalition avec ou sans la N-VA), les réformateurs constatent aussi que Bart De Wever n'est pas parvenu à former une sorte de front flamand avec le CD&V et l'Open Vld, qui aurait peut-être contraint le PS à faire un pas vers la N-VA.

La présidente de l'Open Vld, Gwendolyn Rutten, a d'ailleurs dû se défendre d'avoir décliné une invitation en ce sens de Bart De Wever. "Former un front, ça se fait contre quelque chose. Moi je fais de la politique pour quelque chose", a-t-elle dit au micro de la VRT. Elle avait été ciblée la veille au soir par Bart De Wever lorsque ce dernier a suggéré que l'Open Vld soutenait une coalition sans la N-VA parce qu'il avait reçu l'assurance du président du PS Paul Magnette que le poste de Premier ministre reviendrait à un libéral flamand.

L'axe libéral Open Vld-MR prime sur l'axe flamand, a renchéri le vice-Premier ministre Open Vld Alexander De Croo. Le tout en restant parfaitement loyal à l'accord de gouvernement flamand, a complété Bart Tommelein, candidat à la succession de Mme Rutten, alors qu'il se murmure que Bart De Wever aurait plus ou moins menacé de remplacer le Vld par le sp.a au gouvernement flamand.

Faudra-t-il laisser du temps supplémentaire aux informateurs, ou passer dès lundi à une nouvelle phase, avec ou sans les mêmes, voire donner une opportunité royale à Bart De Wever ?

Le PS ne se montre pas impressionné par l'ouverture qu'a semblé faire M. De Wever samedi soir. Il y voit une stratégie récurrente chaque fois que la N-VA sent que la situation lui échappe. Jeudi, le ministre-président wallon Elio Di Rupo avait encore souligné qu'à chaque entrevue N-VA/PS organisée par l'un ou l'autre informateur, la N-VA avait avancé la scission du pays.

L'ouverture de Bart De Wever n'a pas non plus paru convaincante au ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet (MR) qui a qualifiés ces propos de "mielleux".

"Je pense que la N-VA, par toute une série de propos et d'exclusives, s'est peut-être mise elle-même en difficulté", a-t-il dit sur le plateau de "C'est pas tous les jours dimanche" (RTL-TVi). Pour le ministre wallon Jean-Luc Crucke (MR), Georges-Louis Bouchez devrait proposer au Roi de désigner un "pré-formateur" pour que débute mardi une mission impliquant "moins de dix partis."

Interrogé par la RTBF sur le discours de Bart De Wever, Georges-Louis Bouchez a reconnu qu'"à chaque fois qu'une formation politique a un caractère raisonnable, ça aide plutôt à la recherche d'une solution."

"Mais, a-t-il ajouté, ce qui serait bien, ce serait d'avoir un caractère raisonnable tout le long de la période. Ca n'a pas toujours été le cas pour tout le monde. Donc je crois que maintenant on a assez d'éléments pour prendre une décision".

Cette opinion ne semble pas convaincre tout le sp.a. L'ancien informateur royal Johan Vande Lanotte (sp.a) a jugé, sur la VRT, que l'ouverture de Bart De Wever aux socialistes ne pouvait être ignorée. "Quand le plus grand parti du pays fait une offre à la plus grande famille politique du pays, on ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé", a-t-il dit, réclamant aux informateurs d'organiser une rencontre entre les deux partis. Une attitude qui ne manque pas d'étonner au PS.

Ces dernières semaines, on a déjà vu le président du PS filer à Anvers ou le président de la N-VA se rendre à Bruxelles au siège du PS à la veille d'échéances royales, sans que les deux partis arrivés premiers dans leur Communauté ne se rapprochent pour autant. Mais rien de tout cela ne serait dans l'air. Aucune nouvelle réunion n'aurait été programmée ce dimanche.