Né en avril 1936 à Noville (commune de Bastogne), il avait commencé sa vie professionnelle dans l’enseignement, comme professeur de latin et d’histoire dans un collège à Bastogne. Il entre en politique en 1964 “un peu par hasard”. Mais c’est en 1977 qu’il s’y fait un nom. Cette année-là, il devient en effet le – premier – bourgmestre de Bastogne d’après la fusion des communes. Il occupera le titre jusqu’en 2000, l’année où il est battu par Philippe Collard qui fut son poulain mais qui avait rejoint les rangs du MCC. Cet épisode, qui a signifié la fin de sa carrière politique, l’a fort meurtri. Au point de se brouiller avec Gérard Deprez, ancien président du PSC et fondateur du MCC, dont le destin est pourtant étroitement lié au sien – les pères de l'un et de l'autre ont été fusillés ensemble par les Allemands le 21 décembre 1944 à Noville.

Indécrottable social-chrétien et viscéralement attaché à ses racines ardennaises, Guy Lutgen a un peu tâté de la politique nationale entre 1985 et 1988 comme secrétaire d’État chargé de la modernisation des services publics. Mais c’est surtout comme ministre wallon qu’il imprimera sa marque politique. Le “Kennedy bastognard” a occupé la fonction durant trois mandats consécutifs, se faisant un avocat zélé de la province du Luxembourg.

La tristesse d’un père

Guy Lutgen a été fort peiné par la rivalité entre ses deux fils, Benoît et Jean-Pierre. Le premier, député européen et ancien président du CDH, a pris en quelque sorte la succession politique de son père puisque, depuis 2012, il occupe le poste de bourgmestre de Bastogne. Le second a cependant voulu lui contester cet héritage. Fort de la réussite de son entreprise (la marque de montres Ice-Watch), il a lui aussi revendiqué le maïorat de Bastogne en 2018. Il n’a cependant pas réussi à faire triompher la liste pluraliste dont il était chef de file.

Lors d’une rencontre émouvante en 2017, Guy Lutgen déclarait à La Libre qu’il soutiendrait son fils Benoît. Par cohérence. Par loyauté avec son propre combat politique. “Je mettrai des affiches de Benoît. Car ma philosophie, mes valeurs sont celle du CDH ! Point”, confia-t-il. Celles du monde rural aussi. “Les ruraux, en général, s’expriment moins bien que les gens des villes, disait-il encore. Mais il y a une grande fidélité propre au monde rural : fidélité dans l’engagement politique, dans l’engagement social voire même culturel.”

Le 18 septembre 2014, l’homme avait été élevé au rang d’officier du Mérite wallon.

Dans un communiqué de presse, le CDH a tenu à rendre hommage à Guy Lutgen: "Maxime Prévot et les membres du cdH présentent leurs sincères condoléances à ses enfants et sa famille. Ils saluent Guy Lutgen, le militant du parti, l’ami de toujours, l’homme d’Etat dont l’apport pour les générations du 21ème siècle a été majeur."