L’"histoire" évoquée par Jan Jambon a fait bondir la présidente de l’Open VLD.

Au départ, c’est juste un portrait du ministre-Président flamand, Jan Jambon, paru samedi dans les colonnes du Tijd . Mais le quotidien y évoque deux conférences données par l’ex-ministre N-VA de l’Intérieur, à Hasselt et au cercle d’affaires flamand De Warande. Le nationaliste flamand y critique le système qui permet aux réfugiés reconnus de toucher, rétroactivement, les allocations familiales pour toute la période où ils étaient en procédure sur le territoire belge.

Pour illustrer sa position, Jan Jambon y a, dans les deux cas, indiqué avoir "entendu l’histoire" d’une famille de demandeurs d’asile qui avait rassemblé assez dans l’intervalle pour s’acheter une maison avec l’argent des allocations familiales au moment où ils ont été reconnus comme réfugiés.

Une légende urbaine

Selon De Tijd , qui s’est livré à un exercice de fact-checking, en prenant l’exemple "extrême" d’une famille de cinq enfants qui a attendu deux ans avant d’obtenir le statut de réfugié, les allocations perçues rétroactivement pourraient atteindre 32 000 euros. Impossible de trouver une maison en Flandre à ce prix.

Les propos de Jan Jambon ont été critiqués vertement dans l’opposition par le chef du groupe Groen Björn Rzoska, les qualifiant de "très problématiques" .

Mais ils ont aussi été dénoncés au sein même de la coalition flamande (N-VA, CD&V et Open VLD). Partenaire des nationalistes au sein du gouvernement flamand, la présidente des libéraux, Gwendolyn Rutten, a accusé Jan Jambon de reprendre "une légende urbaine d’extrême droite" .

Ce sont "des histoires inventées" qui sonnent bien en des temps xénophobes, "mais elles sont fausses et causent des dégâts" , écrit Mme Rutten sur sa page Facebook.

La présidente de l’Open VLD rappelle d’ailleurs qu’en octobre dernier, le nouveau gouvernement flamand a décidé de supprimer les allocations familiales pendant la période d’attente pour les enfants des requérants, vu qu’ils reçoivent déjà le gîte et le couvert ( "bed, bad en brood" , en néerlandais) pendant cette période.

Précisons qu’il reste à vérifier la légalité de cette disposition en regard de la convention de Genève relative au statut des réfugiés.

Exceptionnel

Mais c’est en tout cas une option déjà prise par la Flandre. C’est cela que devrait expliquer M. Jambon, poursuit Gwendolyn Rutten. "Ce qu’on peut attendre d’un chef de gouvernement, c’est l’essentiel. Pas des légendes, pas des perroquets de l’extrême droite."

Sur son blog, l’ex-secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration défend, lui, son collègue Jan Jambon. "Je ne connais pas ce cas précis, mais c’est parfaitement plausible, bien qu’exceptionnel , affirme-t-il. Si vous voulez vraiment un cas exceptionnel, parlez d’un couple avec cinq enfants, dont la procédure d’asile prend de 5 à 10 ans. Vous arrivez alors à des montants de 80 000 - 160 000 euros et vous trouvez une maison dans certains endroits en Flandre" , écrit-il encore.

"Les médias ont cité l'exemple d'une famille avec cinq enfants qui a attendu huit ans avant l'issue de sa procédure et peut donc prétendre à des arriérés bien plus importants, en principe plafonnés à cinq ans. C'est exceptionnel mais c'est possible", expliquele ministre flamand en charge du Bien-être, Wouter Beke (CD&V). "Aujourd'hui, la durée d'attente moyenne lors d'une procédure d'asile est d'environ 15 mois. Mais dans certains cas, elle peut se prolonger plusieurs années. Une famille avec quatre enfants dont la procédure s'étale sur 15 mois peut recevoir environ 10.000 euros, sans supplément social ou lié à l'âge", poursuit le chrétien-démocrate. Pour le CD&V - dans la majorité flamande avec la N-VA et l'Open Vld - il faut supprimer les "anomalies", le parti a fait une proposition en ce sens lors des négociations gouvernementales, selon Wouter Beke.