Le vice-Premier Didier Reynders (MR) n’a pas cédé un pouce face à la pression parlementaire en ce qui concerne la présence d'armes nucléaires en Belgique.

La pression était maximale. Jeudi après-midi, à la commission parlementaire Défense, tous les partis, de la gauche à la droite en passant par le centre, demandaient, de toutes les manières possibles, que s’arrête l’hypocrisie sur la présence d’armes nucléaires américaines en Belgique. Vice-Premier, ministre de la Défense et des Affaires étrangères, Didier Reynders n’a pas cédé d’un pouce.

Le fait qu’une vingtaine de bombes nucléaires tactiques de type B61 se trouve stockée sur la base de Kleine-Brogel, dans le Limbourg, n’est plus un secret de Polichinelle, c’est de notoriété publique depuis que, l’un après l’autre, certains ministres de la Défense comme Guy Coëme (PS) ou Pieter De Crem (CD&V) y ont fait publiquement allusion.

La divulgation, dans La Libre, d’un projet de rapport sous la responsabilité d’un parlementaire d’un pays membre de l’Otan, évoquant la présence d’un arsenal nucléaire américain sur le sol belge, a motivé la convocation en urgence du ministre de la Défense Didier Reynders (MR) par la nouvelle commission parlementaire de la Défense. Mais pour le ministre, comme pour l’Otan, ce document n’a aucune valeur officielle.

Dans sa réponse aux parlementaires, il revient donc à la position… officielle : "La Belgique a marqué son accord sur le concept stratégique de l’Otan, qui prévoit que la dissuasion soit basée sur des capacités conventionnelles et nucléaires. Dans ce ca dre de dissuasion, comme l’Otan, la Belgique n’a jamais confirmé, ni infirmé, la présence d’armes nucléaires sur son territoire. Je n’ai pas l’intention de proposer un changement de politique dans un gouvernement en affaires courantes n’ayant pas de majorité au Parlement."

C’est donc bien une position générale de l’Otan qui, depuis des décennies, empêche les responsables politiques de dire clairement ce que tout le monde sait. M. Reynders s’est d’ailleurs délecté en citant tous les partis, au pouvoir ou dans l’opposition, qui, durant tout ce temps, ont soutenu la dissuasion nucléaire.

Le F-16, en capacité nucléaire

Cette présence d’un armement nucléaire, en cours de modernisation pour faire de la B61 gravitationnelle une arme guidée de précision, est cependant à déceler entre les lignes, quand le ministre parle du F-16 "avion qui, lui, a la capacité nucléaire", et du F-35 que les États-Unis vont continuer à développer et qui l’aura en 2025. "Le gouvernement belge n’a pas pris de décision sur la capacité nucléaire du F-35. La décision se prendra sous l’actuelle législature."

Là où l’on ne peut suivre M. Reynders, c’est quand il dit que "le choix du successeur du F-16 a été fait sans tenir compte de la capacité nucléaire, celle-ci n’étant pas disponible à ce moment".

Il est pourtant admis que l’appel d’offres (RfGP, Request for Government Proposal) incluait indirectement la capacité d’emport nucléaire, justement dans la section consacrée au potentiel d’évolution et de croissance de l’appareil.

Quoi qu’il en soit, et sur un fond d’immense déception de l’assemblée, le ministre de la Défense a répété sa disponibilité pour participer à un débat sur la politique de dissuasion de l’Otan. Mais ce n’est pas demain la veille que la présence de l’arme nucléaire en Belgique sera reconnue officiellement.