Le 15 février, la Sûreté de l'Etat a envoyé une note à M. Mahdi ainsi qu'au ministre de la Justice, au directeur de l'Office des étrangers et au directeur général des affaires consulaires des Affaires étrangères à propos de rumeurs visant Saeed Bashirtash, réfugié iranien, opposant au régime de Téhéran, et son épouse, la députée Darya Safai (N-VA). L'homme est intervenu comme personne de contact dans les dossiers de 14 de ses compatriotes introduits en septembre et qui ont fait l'objet d'une décision positive. Il s'agit d'opposants au régime et de journalistes se trouvant en Turquie. Le nom de M. Bashirtash est également mentionné dans des dossiers qui remontent au mois de janvier et dont le secrétaire d'Etat a ordonné la suspension en attendant plus de clarté.

"Agir comme personne de contact n'est pas un délit", a souligné M. Mahdi.

Si le secrétaire d'Etat a pris la décision de transmettre certaines informations au parquet le 16 février, c'est parce que les rumeurs dont faisait état le service de renseignement évoquaient des abus et des demandes d'argent.

"Sur base des informations dont je dispose, je ne peux pas faire autrement", a-t-il ajouté.

Le premier rapport de la Sûreté de l'Etat est classifié. M. Mahdi en demandera un deuxième non classifié qu'il transmet le 22 février au parquet.

M. Bashirtash a démenti lundi toute tentative de fraude de sa part et invoqué le caractère strictement humanitaire de son intervention. Le secrétaire d'Etat s'est gardé de tout jugement. "Ne faites pas de procès d'intention dans ce dossier. Laissez la justice faire son travail", a-t-il dit aux députés Hervé Rigot (PS), Ben Segers (sp.a), Simon Moutquin (Ecolo-Groen), Greet Daems (PTB) et Peter De Roover (N-VA) qui l'interrogeaient.

Le chef de groupe des nationalistes a accusé M. Mahdi d'avoir manqué à son devoir de discrétion dans une affaire qu'il pense alimentée par les services iraniens. Il a été rejoint sur les réseaux sociaux par son président, Bart De Wever. "Qui connaît un peu le modus operandi du régime de Téhéran sait que le ciblage d'opposants à l'étranger est une activité intense", a-t-il affirmé dans un texte publié sur les réseaux sociaux. "Je dois en faire une affaire. Je ne peux pas faire autrement. Car, si nous laissons passer cela, tout le monde peut être discrédité de cette manière".

La Sûreté de l'Etat a publié en début de matinée un communiqué pour regretter une diffusion d'informations "tendancieuses" à propos de la note qu'elle a rédigée. Le service de renseignement civil qualifie celle-ci d'"extrêmement nuancée" et souligne qu'elle met en balance à la fois les rumeurs de fraude et l'usage de rumeurs dans la communauté iranienne pour porter préjudice à des personnalités.

La majorité a soutenu l'initiative de M. Mahdi vis-à-vis du parquet. Si le secrétaire d'Etat n'a pas établi de parallèle, l'affaire rappelle celle qui a mené à la condamnation de Melikan Kucam, un intermédiaire désigné par Theo Francken dans un dossier de visas humanitaires. "La frontière entre le silence et le déni est parfois très mince. Vous avez choisi d'agir et c'est très bien", a souligné M. Moutquin.

Cette affaire a mené à une reprise en main de la procédure d'octroi de visas humanitaires par M. Mahdi. Il a notamment veillé à ce que son cabinet soit averti si une même personne de contact étaient mentionnée dans plusieurs dossiers.