Le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) a tenu ce mercredi à rappeler sa compétence exclusive en matière de déontologie pour l'ensemble de la presse suite aux propos de la ministre de l'Education et de la Culture, Joëlle Milquet, appelant le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) à réfléchir à de "nouvelles règles de déontologie journalistique". Dans un communiqué de presse, le CDJ souligne que le Parlement de la Fédération a décidé "à l'unanimité" en 2009 de le reconnaître comme seul organe compétent en matière de déontologie, et ce aussi bien pour la presse audiovisuelle, écrite qu'électronique.

"Récemment encore, cette reconnaissance du CDJ a été renouvelée par le gouvernement francophone. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel est pour sa part strictement compétent pour la régulation du secteur audiovisuel conformément au décret sur les services de médias audiovisuels. Il réfère du reste au CDJ pour les questions de déontologie journalistique qui peuvent lui être adressées selon une procédure bien établie", précise le CDJ.

"Par la reconnaissance d'une instance d'autorégulation journalistique, la Fédération Wallonie-Bruxelles a montré son attachement à la liberté de la presse, qui doit assumer ses responsabilités en toute indépendance", ajoute l'instance. Celle-ci rappelle d'ailleurs avoir réactualisé son code de déontologie fin 2013. "Le CDJ est donc parfaitement compétent et équipé pour mener, s'il le juge utile, une réflexion sur l''infotainment', et recevoir toute plainte éventuelle", conclut le communiqué.

Estimant avoir été piégée par lors du récent tournage de l'émission "Au Tableau!" (RTBF), Mme Milquet dénonce dans le Soir "une dérive généralisée" des médias "qui dépassent les limites", notamment en matière de respect de la vie privée. Selon elle, la presse ne s'auto-contrôle pas suffisamment. "Je pense qu'il faudrait une réflexion sur des nouvelles règles de déontologie journalistique qui pourraient être analysées par Conseil supérieur de l'audiovisuel", plaide-t-elle dans cette interview.


Marcourt ne suit pas Milquet 

Le ministre en charge des Médias en Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt, s'est distancié des propos de sa collègue de gouvernement. Rappelant les mesures controversées que le gouvernement polonais vient de prendre envers sa radio-télévision publique et l'attaque contre Charlie Hebdo survenue il y a un an, M. Marcourt a estimé devant le Parlement qu'il serait mal venu de changer les choses.

"Nous pouvons toujours réfléchir avec le Conseil de déontologie journalistique ou ce Parlement aux règles de déontologie, mais l'indépendance de la presse (...), dont le droit à la transgression et le droit de choquer, est intimement liée à la démocratie", a souligné le ministre en réponse à une question d'actualité du député Christos Doulkeridis (Ecolo).

Tout en reconnaissant le désagrément que toute personne s'estimant injustement critiquée par la presse peut ressentir, M. Marcourt a toutefois ajouté ne pas croire "qu'il faille changer les choses".

Le député Doulkeridis a abondé dans le sens de ces propos, citant lui aussi la situation en Pologne. "Nous ne pouvons être de ceux qui remettent en cause ces règles fondamentales", a-t-il jugé. Si Mme Milquet se sent lésée par un traitement médiatique, "qu'elle porte plainte auprès du Conseil de déontologie journalistique", a-t-il suggéré.