L’ex-bourgmestre de Waterloo, Serge Kubla, aussi voisin de Patokh Chodiev, nie toute pression politique en sa faveur.

Je n’ai jamais fait du business avec Patokh Chodiev. Je ne suis jamais allé au Kazakhstan. […] Je n’ai jamais été contacté par la Sûreté de l’Etat à son propos; pas non plus par la police ou le parquet pour me dire que je devais me méfier de mon voisin. […] Mon lien avec lui, c’était une relation cordiale de voisinage. Rien de plus." Serge Kubla (MR) avait bien préparé sa ligne de défense en vue de son audition, mercredi, devant la commission d’enquête parlementaire sur le Kazakhgate. Il n’en aura pas dévié.

L’un des objectifs de la commission d’enquête consiste à déterminer si le "trio kazakh" (Chodiev, Ibragimov, Machkevitch) a bénéficié d’appuis politiques en Belgique. Au cœur de cette affaire de trafic d’influence : le vote en 2011, dans la plus grande précipitation, de l’extension de la transaction pénale. Le trio avait pu immédiatement en bénéficier, échappant de la sorte à des poursuites pénales. L’ex-président du Sénat, Armand De Decker (MR), était en outre l’avocat de Patokh Chodiev.

Quinze ans plus tôt

Mais le rôle joué quinze ans plus tôt par Serge Kubla, l’ex-bourgmestre de Waterloo, interroge aussi les députés. En 1996, il avait écrit à la commission des Naturalisations de la Chambre des lettres de recommandation en faveur de la naturalisation de Chodiev, qui était son voisin à Waterloo.

M. Kubla a expliqué mercredi que l’homme d’affaires voulait devenir belge afin de faciliter certaines procédures administratives. "Je lui ai dit : ‘si ça peut vous aider, je le ferai’ . J’ai écrit deux lettres. Une au président de la commission des Naturalisations, Claude Eerdekens (PS), l’autre au député libéral qui y siégeait. Et c’est tout !" M. Eerdekens avait indiqué devant la commission Kazakhgate que ce genre de courrier n’avait aucune espèce d’influence. M. Kubla ne s’est pas privé de le rappeler.

Le 13 décembre 1996, durant la procédure de naturalisation, les deux voisins concluaient par ailleurs un acte notarié. Il devait permettre au bourgmestre de rentrer chez lui en empruntant un petit chemin appartenant à la propriété de Chodiev. Dans les faits, M. Kubla passait déjà par là. Il voulait en quelque sorte légaliser la situation. "Il n’y a eu jamais de donnant-donnant" entre les lettres de recommandation et l’acte notarié. Dire cela, selon Serge Kubla, ce serait faire "des amalgames". Mais "bien sûr, si j’avais su à l’époque ce que l’on sait aujourd’hui de M. Chodiev, j’aurais été plus distant".

Cela dit, le dossier le plus interpellant ne concerne pas directement Patokh Chodiev, mais son épouse, Goulnora Chodieva. Les députés se questionnent sur les présumées pressions politiques qu’aurait pu exercer Serge Kubla en faveur de la naturalisation de l’intéressée. Comme le veut la procédure, plusieurs rapports ont été rédigés par la police de Waterloo à son sujet. Ils étaient tous défavorables (lire "La Libre" de mercredi). Sauf un. Celui rédigé en 1999 par le commissaire Michel Vandewalle, le chef de corps.

Les cas Chodieva

Le comité P (qui contrôle les services de police), également entendu mercredi par la commission Kazakhgate, a fait savoir que sur la septantaine de dossiers de naturalisation gérés par la police de Waterloo entre 1996 et 1999, Michel Vandewalle avait uniquement traité le cas Chodieva. Le comité P a aussi confirmé que le commissaire avait eu des contacts avec M. Kubla à ce propos.

"Je voyais mon commissaire plusieurs fois par mois , a réagi l’ancien bourgmestre. C’est fort possible qu’on en ait parlé." Mais, dit-il, il ne s’en souvient pas spécifiquement. Et si, selon le comité P, "il serait ridicule de contester que M. Vandewalle a eu une approche bienveillante à l’égard de Mme Chodieva", le mandataire MR se réfère à nouveau à de précédentes déclarations. "Le commissaire a indiqué n’avoir subi aucune pression de ma part , pointe-t-il. Je le confirme sous serment !" Sans nouveau rebondissement, le cas Kubla est très certainement clos.