L'ancien Premier ministre Leo Tindemans est décédé vendredi à l'âge de 92 ans à son domicile d'Edegem (province d'Anvers), a annoncé son fils Thomas à l'agence Belga. M. Tindemans était diplômé en sciences commerciales et en économie. Il avait par la suite également décroché un diplôme en sciences politiques, avant de devenir professeur à l'université de Louvain.

Sa carrière politique a débuté au CVP, dont il est devenu secrétaire national. En 1961, il fait son entrée au Parlement, où il montre un grand intérêt pour les matières européennes et internationales. Sept ans plus tard, il est nommé ministre des Relations communautaires. Suivront des passages par le Budget, les Classes moyennes et l'Agriculture.

Il accède au poste de Premier ministre en 1974. Ses deux mandats sont marqués par les questions communautaires. En 1978, à la Chambre, il surprend l'assemblée en déclarant: "Je considère que la Constitution n'est pas un chiffon de papier. Je quitte cette tribune et me rends chez le Roi pour lui présenter la démission du gouvernement".

Lors des élections européennes de 1979, Leo Tindemans obtient 983.000 voix, un record historique resté inégalé. Il sera encore par la suite ministre des Affaires étrangères et eurodéputé jusqu'en 1999. Il met alors un terme à sa carrière, estimant qu'il est "un homme politique du XXe siècle, pas du XXIe".

Les obsèques de Leo Tindemans auront lieu samedi 3 janvier à la basilique d'Edegem, à 11h00, a indiqué le CD&V par la voix de son porte-parole. Les détails de la cérémonie seront fixés dans les prochains jours. La commune d'Edegem a fait savoir qu'une réunion sera organisée lundi quant aux détails pratiques des commémorations.


Réactions

Sur Twitter, Kris Peeters lui a rendu hommage de la sorte : "Tindemans maîtrisait la force de conviction comme nul autre. Un homme d'Etat hors catégorie. Un homme du peuple. Un architecte de la Flandre, de la Belgique et de l'Europe".

Wouter Beke a lui souligné que "A nouveau, notre parti doit dire au revoir à l'une de ses icônes. Au revoir Leo Tindemans, peut-être à jamais le politicien le plus populaire".

Charles Michel : "La Belgique perd un Européen convaincu qui a toujours défendu l'idée d'une Union européenne intégrée. Nous retiendrons son travail visionnaire, lui, qui dès 1975, plaidait pour une monnaie européenne unique" Le Premier ministre tient à rendre hommage à "l'homme politique qui a aussi marqué l'histoire de notre pays en étant Premier ministre à l'heure où la Belgique se penchait sur des réformes institutionnelles qui influenceront profondément son futur". "Au nom de l'ensemble du Gouvernement et des citoyens, le Premier ministre exprime ses sincères condoléances à la famille et aux proches de Leo Tindemans."

Geert Bourgeois : "Leo Tindemans a joué un rôle important dans l'histoire politique de notre pays. Il a été à la base de la création des Communautés et des Régions et a mis fin à l'Etat unitaire. Il a également été un Européen convaincu. Mes pensées vont avant tout à sa famille et à ses proches".

Le Roi enverra un télégramme de condoléances à la famille : "Le Roi a été informé du décès de l'ancien Premier ministre et ministre d'Etat Leo Tindemans et enverra un télégramme de condoléances à sa famille", a indiqué vendredi le porte-parole du Palais Pierre-Emmanuel De Bauw. "Comme le veut l'usage lors du décès d'un ministre d'Etat, il est également prévu que le Roi ou un représentant du Palais s'incline devant la dépouille du défunt", a précisé le porte-parole.

Dave Sinardet : "Leo Tindemans était véritablement populaire parmi différentes couches de la population", a souligné le politologue. Il a été celui qui a réellement introduit la personnalisation dans la sphère politique avec son slogan "Met deze man wordt het anders" (Le changement, avec cet homme), selon M. Sinardet. "Leo Tindemans détient le record du nombre de voix de préférence et ce record ne semble pas près de tomber, cela signifie quelque chose". Néanmoins, au moment de ce raz-de-marée, le sort de l'homme fort d'Edegem était déjà fixé, selon M. Sinardet. Leo Tindemans était contesté au sein de sa formation pour avoir remis en cause la puissance des présidents de parti. "Sa fameuse phrase sur la Constitution qui n'est pas un chiffon de papier marque le début de son déclin." Le politologue souligne par ailleurs le rôle prépondérant de Leo Tindemans dans la première réforme de l'Etat, en 1970, alors qu'il était ministre des Relations communautaires.

Herman De Croo : "Un monument de la politique belge nous a quittés", a indiqué vendredi soir l'homme politique Open VLD. "Tindemans était mon premier Premier ministre", a précisé le ministre d'Etat. En tant que membre de l'ancien parti PVV, Herman De Croo a reçu en 1974, sous le gouvernement Tindemans I, son premier portefeuille ministériel. "J'ai appris à connaître Leo Tindemans comme un travailleur très assidu, et un homme cultivé et lettré." Herman De Croo décrit encore l'ancien Premier ministre comme "un tacticien à la colonne vertébrale politique. Il était un grand monsieur et j'avais beaucoup de sympathie pour lui. J'ai toujours entretenu des relations correctes et amicales avec lui."

Herman Van Rompuy : "Leo Tindemans était un grand promoteur de la pensée européenne qui inspirait beaucoup de confiance au sein de la population belge". Les deux anciens Premiers ministres avaient une relation politique père-fils. L'ancien président du conseil européen a dès lors considéré comme un honneur d'intégrer, dans les années '70, l'équipe de Leo Tindemans. "Il était pour ma génération le symbole d'une politique honnête." Van Rompuy se souvient également que l'ancien Premier ministre évoquait déjà la monnaie unique européenne dans les années '70. Il lui avait encore rendu visite il y a un mois. Lorsque M. Van Rompuy l'avait rencontré après que l'UE eut reçu le Prix Nobel de la Paix il y a deux ans, Leo Tindemans s'était réjoui que ce prix ait "donné du sens" à son action.

Benoît Lutgen : "Les différentes charges gouvernementales, dont celle de Premier ministre entre 1974 et 1978, n'auront pas éloigné Leo Tindemans de ses priorités premières: être proche des gens et de leurs préoccupation réelles", fait-il remarquer. "Au niveau européen, il restera une référence. Véritable bâtisseur, il a œuvré au développement de l'Union Européenne. Ses recommandations pragmatiques dans le rapport du Sommet de Paris en 1975, dont l'union monétaire qui deviendra l'Euro et la concrétisation d'une politique étrangère commune, reflètent ses capacités de visionnaire", conclut le président du cdH qui salue de cette manière l'ancien président du Parti Populaire Européen (PPE).

Les présidents du PS Elio Di Rupo et du MR Olivier Chastel ont salué l'engagement européen de l'ancien Premier ministre Leo Tindemans. Elio Di Rupo a qualifié Leo Tindemans de "Premier Ministre respecté et grand Européen", en envoyant ses "condoléances à sa famille et au CD&V". "Tindemans après Martens et Dehaene, les premiers CVP disparaissent après avoir servi le pays et l'Europe avec conviction", a pour sa part fait remarquer l'ancien président de la Chambre et ministre du Budget en fédération Wallonie-Bruxelles André Flahaut, également sur Twitter.

"Un homme d'Etat ardent défenseur du projet européen, son empreinte a largement dépassé la vie politique de notre pays", a pour sa part souligné Olivier Chastel. "Un Européen convaincu nous quitte", a lui twitté le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR).

"C'est un grand Belge et un grand Européen qui nous a quitté aujourd'hui", ont réagi les co-présidents d'Ecolo, Emily Hoyos et Olivier Deleuze. "Si l'envergure de Leo Tindemans l'a conduit à la fonction de Premier ministre, il est devenu, à travers sa vision du fédéralisme et les missions qui lui ont été confiées, l'un des architectes d'une construction européenne qui se cherchait alors un nouveau souffle", soulignent les co-présidents dans un communiqué. "Jouant également un rôle actif dans l'évolution fédéraliste de l'Etat Belgique, Leo Tindemans fut l'un des premiers hommes politiques belges à défendre l'idée d'une circonscription nationale."

"J'ai toujours eu le plus grand respect pour Leo Tindemans", a déclaré vendredi l'ancien Premier ministre libéral Guy Verhofstadt. Verhofstadt a aussi salué cet "Européen convaincu". Guy Verhofstadt et Leo Tindemans ont travaillé ensemble comme ministres sous Wilfried Martens entre 1985 et 1988. Verhofstadt était alors ministre du Budget et Leo Tindemans occupait le portefeuille des Affaires étrangères. "J'ai appris de lui que, si l'on voulait s'engager sérieusement dans la vie politique, il fallait s'impliquer totalement dans son travail", a déclaré M. Verhofstadt, se souvenant de cette époque où il était un jeune ministre trentenaire.

"Leo Tindemans était un homme à la personnalité très enthousiaste, qui jouissait d'un vrai don pour la rhétorique", a commenté le sénateur Hugo Vandenberghe (CD&V), qui a travaillé au sein du cabinet de l'ancien Premier ministre. Avec son talent rhétorique, Leo Tindemans était "un type de politicien qui n'existe plus aujourd'hui", poursuit le sénateur. "Il arrivait à organiser des réunions politiques où les gens venaient spécialement afin d'entendre l'orateur. Cela constituait la force exceptionnel de Leo Tindemans et expliquait également sa grande popularité", selon M. Vandenberghe, qui conclut en soulignant que l'ancien Premier ministre bénéficiait d'une renommée considérable dans le monde politique européen. "Il jouissait de beaucoup de crédit à l'échelle internationale."


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Le Premier au million de voix qui n'avait pu endosser Egmont (PORTRAIT)

Le pacte d'Egmont, du nom de l'accord historique de pacification communautaire scellé en 1977 dans le Palais éponyme, qui devait, dans la foulée du travail avancé par l'ex-Premier ministre Gaston Eyskens, remodeler la Belgique en un Etat fédéral, est resté comme l'un des rendez-vous manqués de l'histoire institutionnelle du pays. Face notamment à la pression du Mouvement flamand et aux objections constitutionnelles du Conseil d'Etat, Leo Tindemans, l'homme aux records de voix, figure marquante du CVP des années '70, avait renoncé un an plus tard à porter la responsabilité de l'accord, un geste qui sonna l'hallali de sa carrière de Premier ministre. Subtil équilibre censé mettre fin au contentieux communautaire, l'accord conclu en mai 1977 par les partis gouvernementaux sociaux-chrétiens, PSC (Charles-Ferdinant Nothomb), CVP (Wilfried Martens), séparés depuis le "Walen buiten" de 1968, socialiste (André Cools et Willy Claes, puis Karel Van Miert, au nom du PSB encore uni), Volksunie (Hugo Schiltz) et FDF (Antoinette Spaak), prévoyait notamment la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. La possibilité pour les francophones d'un certain nombre de communes de la périphérie de pouvoir continuer à voter à Bruxelles était toutefois maintenue. En échange, la minorité néerlandophone de la capitale obtenait un certain nombre de garanties.

L'encre de l'accord à peine sèche, des protestations se firent jour, notamment dans la presse du nord du pays relayant celles du Mouvement flamand. Des marches furent organisées et des tensions secouèrent, en leur sein, le CVP et la VU. Deux nouveaux partis seront créés: le Vlaamse Volkspartij (VVP) et le Vlaams-Nationaal Partij (VNP) desquels émanera en 1979 le parti d'extrême droite Vlaams Blok, aujourd'hui Vlaams Belang.

Dans un premier temps, les auteurs du Pacte tiennent bon, mais de son côté, Leo Tindemans est moins franc. Face aux critiques, le pacte est corrigé par les accords de Stuyvenberg en 1978, mais la dynamique qui se réinstalle n'est que de façade. Sollicité, le Conseil d'Etat remet ses avis, dont certains particulièrement critiques sur le contournement de la Constitution. Tindemans fait volte-face. Le fil va alors se casser entre les partenaires qui suspectent le Premier ministre de trahison. Ce dernier s'en prend à la "junte" des présidents de partis qu'il accuse de vouloir corseter le parlement.

"La Constitution n'est pas un chiffon de papier"

Lors d'une séance à la Chambre, le 11 octobre 1978, Leo Tindemans est interpellé par certains des présidents de partis gouvernementaux qui lui reprochent son manque de pragmatisme face à la crise communautaire qui menace d'exploser. Le Premier ministre surprend alors toute l'assemblée. "Je considère que la Constitution n'est pas un chiffon de papier. Je quitte cette tribune et me rends chez le Roi pour lui présenter la démission du gouvernement", lâche-t-il dans une formule restée célèbre.

L'événement poursuivra la carrière de Leo Tindemans et singulièrement son cheminement avec le futur homme fort du CVP, Wilfried Martens. Celui-ci était l'un des animateurs de la soit-disant "junte" à la base du Pacte d'Egmont jeté aux oubliettes. Quand Martens lui succède, pour douze ans, en 1979 (hormis les courts intermèdes Van den Boeynants et Mark Eyskens), Leo Tindemans, barré par les francophones, s'empare de la présidence du CVP, comme pour assouvir un désir de vengeance, celui de vouloir à son tour endosser le rôle de belle-mère. Il s'en défendra mais une chose est sûre, entre les deux hommes, l'hostilité marquera à jamais leurs relations.

En revanche, la sortie de charge du chef de gouvernement ne fit que confirmer son extrême popularité. Leo Tindemans s'envole à près d'un million de voix aux élections européennes de 1979 - 983.000 exactement - un record historique resté inégalé. Il revient au gouvernement en 1981, comme ministre des Affaires étrangères dans l'exécutif Martens V. Il y reste huit ans au travers de mandats marqués par une politique atlantiste, résistant notamment aux gigantesques manifestations pacifistes des années '80 contre l'installation en Belgique des missiles américains.

L'effet Tindemans

Requinqué après sa scission d'avec le PSC, le CVP bénéficie dans les années '70 d'un "effet Tindemans" qui lui ramène plus de voix à chaque élection: 80.000 en 1974, 134.000 en 1977 et près d'un million en 1979. Leo Tindemans jouait sa carte personnelle pour proposer le changement avec un slogan tel que "Met deze man wordt het anders" (Le changement, avec cet homme).

Né le 16 avril 1922, à Zwijndrecht (province d'Anvers), Leo Tindemans avait fait son entrée en politique à l'âge de 36 ans comme secrétaire national du CVP-PSC. Trois ans plus tard, en 1961, il était entré dans l'hémicycle de la Chambre, en remplacement de Frans Van Cauwelaert, décédé. Il y restera 28 ans, avec un intermède de 2 ans au Parlement européen. Leo Tindemans exerce également à l'échelon local. De 1965 à 1973, il a été bourgmestre d'Edegem, en province d'Anvers.

Ce sont les événements de Louvain en 1968 qui lui offrent son premier poste de ministre, chargé alors des Relations communautaires dans le cinquième gouvernement de Gaston Eyskens. A l'époque, personne ne mise sur la pérennité de ce gouvernement qui finira pourtant pas s'imposer et mieux, réaliser en 1970 la première réforme de l'Etat créant les trois communautés culturelles. En 1973, il devient vice-premier ministre dans le gouvernement Leburton. A partir de 1974, il sera Premier ministre, de quatre gouvernements - la situation économique et communautaire est turbulente - jusqu'en 1978.

Un engagement fort pour l'Europe

Son premier gouvernement, avec les libéraux, puis élargi au Rassemblement wallon (RW) jusqu'à son implosion, prépare les lois annonciatrices des futures Régions. Les gouvernements suivants du Premier ministre conservateur adoptent un plan de relance, en 1976, sans consultation des partenaires sociaux, pas d'accord entre eux, puis, en 1977, des mesures d'économies drastiques contre lesquelles les syndicats répondront pas les "grèves du vendredi". Dans son dernier gouvernement, Leo Tindemans remplacera les libéraux par les socialistes, auxquels s'ajouteront la VU et le FDF. Il s'agira essentiellement d'un gouvernement institutionnel, qui finira par tomber en 1978... sur le Pacte d'Egmont.

Dans la dernière partie de sa carrière, Leo Tindemans reviendra au Parlement européen (1989) où il sera chef de groupe du Parti populaire européen, en 1991. L'intégration européenne l'anime, lui qui avait présidé le Parti populaire européen de 1976 à 1985. En 1974, il avait été chargé par ses collègues chefs d'Etat et de gouvernement d'un rapport sur la construction européenne. Il prônera notamment la monnaie unique (devenue réalité), un renforcement du pouvoir parlementaire, une politique étrangère et de sécurité commune et la création d'une agence de l'armement.

En 1999, Leo Tindemans met fin à sa carrière politique, estimant qu'il est "un homme politique du XXe siècle, pas du XXIe".