Le MR et le CD&V, des alliés objectifs sur le plan socio-économique ? La thèse qu’ont défendue ce week-end les présidents des deux formations politiques, Charles Michel et Wouter Beke, reflète, sur le fond, une certaine réalité. Au-delà donc du coup médiatique. "Un axe entre eux n’est pas flagrant. Il existait sans doute davantage à l’époque de Didier Reynders et Yves Leterme" , lorsqu’ils étaient ministre MR des Finances et Premier ministre CD&V, "au moment du sauvetage des banques" en 2008, expose Jean Faniel, politologue au Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politiques). "Mais un rapprochement n’est pas illogique, idéologiquement, en termes de programmes socio-économiques. Les convergences ne sont pas surprenantes."

Pascal Delwit, politologue à l’ULB, partage l’analyse. "Oui, il existe des convergences entre le MR et le CD&V , dit-il. Paradoxalement, pourtant, les deux présidents n’en épinglent aucune dans leur interview croisée donnée samedi au "Standaard" et au "Soir"…"

Les points communs ? "On en a vus lors de la confection des budgets ou des contrôles budgétaires , poursuit le professeur bruxellois. Les deux partis défendent un marché du travail davantage libéralisé, ils ne sont pas non plus opposés à l’idée d’un saut d’index (les gouvernements Martens/Gol avaient d’ailleurs procédé à trois sauts d’index dans les années 80)."

Inconnue fiscale

En revanche, si Charles Michel et Wouter Beke estiment que le prochain gouvernement doit mener d’urgence à bien une réforme fiscale, "il faut encore laisser décanter les choses. Il est trop tôt pour savoir si un rapprochement en la matière est effectivement possible" , note M. Delwit. "Quand on parle des tranches IPP, une dimension communautaire intervient dans la définition des barèmes." Et le communautaire est justement ce qui différencie le plus les libéraux francophones des chrétiens-démocrates flamands.

De manière générale, les deux politologues s’accordent pour dire que le CD&V défend aujourd’hui un programme davantage marqué à droite dans les matières socio-économiques que par le passé. Ce qui le rapproche naturellement du MR. "Quand on regarde la position du CD&V sur la réforme bancaire et fiscale (notamment en faisant en sorte que l’épargne soit réorientée vers les Bourses), on peut dire que c’est un parti de centre-droit et non purement centriste", explique Jean Faniel.

Surprise sur le timing

Selon Pascal Delwit, "depuis le début des années 2000 - et certainement à l’heure actuelle - l’aile ACW du CD&V (NdlR, son aile syndicale, plus marquée à gauche) a perdu de son influence aux dépens de l’aile droite. Tous les postes clés sont occupés par des "non-ACW". Le dernier était Steven Vanackere" , ex-ministre des Finances qui a démissionné en mars 2013. "Il faudra d’ailleurs voir comment va réagir l’ACW qui a l’impression que le CD&V ne relaie plus beaucoup ses préoccupations sociales , ajoute son confrère du Crisp. Comme il faudra aussi voir comment va réagir le MOC" , le pendant francophone du mouvement ouvrier chrétien flamand.

Jean Faniel conclut : "Un parti de droite qui s’associe à un parti de centre-droit n’a finalement rien d’étonnant. Ce qui l’est en revanche, c’est le timing, qu’ils s’affichent si ouvertement ensemble autant de temps avant les élections." Une façon, peut-être, de laisser une sortie médiatique sans lendemains… Confirmation, le 26 mai.