"Nous devons donc être prêts à fixer nos lignes rouges communes et nous préparer à prendre ensemble des sanctions supplémentaires contre la Russie", a-t-elle ajouté, citée dans un communiqué.

Le Haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité s'était dit dimanche très inquiet du refus des autorités russes d'engager un dialogue "plus constructif" avec l'UE et avait appelé les dirigeants européens à "en tirer les conséquences".

"Il appartiendra aux États membres de décider des prochaines étapes, et oui, celles-ci pourraient inclure des sanctions", a-t-il déclaré dans un message publié sur son compte twitter.

Les ministres des Affaires étrangère de l'UE doivent de réunir le 22 février pour tirer les conséquences de cette mission effectuée du 4 au 7 février et décider des suites à donner à la fin de non recevoir opposée par le Kremlin aux demandes des dirigeants européens de libérer l'opposant Alexeï Navalny, et à l'expulsion de trois diplomates de l'UE durant l'entretien de M. Borrell avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

La décision d'imposer des sanctions doit être prise à l'unanimité sur une proposition des États membres. Le chef de la diplomatie européenne ne peut rien proposer. Il peut seulement recommander, ce qu'il fait dans le compte-rendu de sa mission.

Moscou, de son côté, a défendu sa décision d'expulser des diplomates européens, tout en assurant vouloir "développer" ses relations avec l'UE. Cette expulsion "est la conséquence des actions entreprises par certaines missions étrangères à Moscou, dans un contexte de troubles illégaux. La Russie a clairement démontré qu'elle n'entend pas tolérer cela", a affirmé lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

La Russie a accusé ces représentants allemand, polonais et suédois d'avoir participé à une manifestation illégale de soutien à Alexeï Navalny pour justifier leur renvoi de Russie, qui est ressenti comme un camouflet par l'UE. Mais les Etats membres sont divisés sur les sanctions envisagées, par crainte de conséquences économiques et diplomatiques.

Les Européens ont une panoplie de sanctions économiques à leur disposition. Ils les utilisent depuis l'annexion de la Crimée en 2014. Des mesures touchant les secteurs de l'industrie du pétrole, de la banque et de la défense sont renouvelées chaque année depuis cette date. Les Européens ont également frappé l'entourage du président Vladimir Poutine après la tentative d'empoisonnement de Navalny avec un neurotoxique militaire, le Novitchok. Six membres de la présidence ont été interdits de séjour dans l'UE et leurs avoirs ont été gelés.

L'efficacité de ces sanctions a été mise en doute par M. Navalny, qui a recommandé de "frapper au portefeuille" des proches du Kremlin. Le Parlement européen a voté une résolution pour demander de "sanctionner les oligarques russes liés au régime, les membres de la garde rapprochée du président Poutine et les propagandistes actifs dans les média qui possèdent des actifs dans l'UE". Les eurodéputés réclament aussi l'arrêt du gazoduc Nord Stream 2 construit entre l'Allemagne et la Russie, mais Berlin refuse.

"Une position dure avec la Russie est le seul langage que Poutine comprend", soutient l'ancien secrétaire général de l'Otan, le danois Anders Fogh Rasmussen, dans un entretien au journal 'La Libre Belgique'.

Les collaborateurs de Josep Borrell vont rencontrer mardi les représentants des Etats membres au sein du Comité de Politique et de Sécurité (CoPS) à Bruxelles et le Haut Représentant va informer le même jour le Parlement européen des résultat de sa visite.

"Les décisions seront difficiles", a confié un ministre des Affaires étrangères. "Moscou teste la volonté et la capacité de l'UE à sanctionner et aussitôt les divergences apparaissent", souligne un diplomate à Bruxelles.

Un accord peut être trouvé entre les 27 pour sanctionner d'autres membres de la présidence russe considérés comme responsables de la répression contre les partisans de Navalny, mais obtenir davantage sera difficile, estime un diplomate. La plupart des Etats membres ne veulent pas rompre avec Moscou et s'inquiètent d'un risque d'escalade avec un voisin ombrageux, membre du Conseil de sécurité de l'ONU et puissance engagée dans plusieurs régions du globe où l'UE a des intérêts à défendre (Ukraine, Caucase, Syrie, Iran, Libye et Afrique).