Au Parlement bruxellois, la majorité (PS-Ecolo-Défi-Groen-Open VLD-sp.a) a refusé la proposition émise par le groupe MR de mener des auditions sur l'avenir architectural de Bruxelles et plus particulièrement sur les fameux PAD.

Ces Plans d’Aménagement Directeurs sont vivement critiqués par l'opposition politique, mais aussi par les associations autorisées ou les comités de quartier. Or, tout prochainement, le gouvernement Vervoort doit décider d’une adoption définitive en seconde lecture d’une série de PAD (Casernes d’Ixelles/Usquare, Gare de l’Ouest, Mediapark/Reyers/Porte de Ninove) dont les enquêtes publiques ont été clôturées sous la précédente législature et pour lesquelles tous les avis ont été désormais rendus.

Le groupe MR du Parlement bruxellois souhaitait donc tenir des réunions spéciales en commission du Développement territorial suite "aux nombreux avis négatifs rendus par les experts, les riverains et les communes concernées", d'après les libéraux. "L’objectif était de débattre de l’efficacité des procédures de participation d’une part et d’autre part des éventuelles modifications à apporter aux projets", souligne le MR dans un communiqué. Mais la majorité bruxelloise ne l'a pas entendu de cette oreille et a voté contre cette proposition d’un débat projet par projet.

Désormais, plus rien ne s'oppose donc à ce que le gouvernement Vervoort adopte définitivement les projets.

"Une néo-bruxellisation de la capitale"

"Nous déplorons ce déni de démocratie alors qu’un réel processus de co-construction de la ville aurait pu émerger", a réagi le député libéral Gaëtan Van Goidsenhoven. "La démocratie participative s’est crashée contre les PAD. Cela témoigne d’une contradiction totale entre les paroles et les actes d’une majorité prétendument attachée à la participation citoyenne. L’aveuglement de la majorité est hallucinant. Tout le monde dans la majorité reconnait que les processus participatifs associant les habitants sont défectueux. Malgré cela, les députés de la majorité conservent leur position : c’est au gouvernement de juger tout seul de l’avenir de dizaines de milliers de personnes. Sauf qu’une fois que les travaux seront lancés et les poches de biodiversités détruites, il ne sera plus possible de revenir en arrière."

"C’était pourtant la dernière occasion aujourd’hui, de débattre des modifications possibles", a déploré Geoffroy Coomans de Brachène. Le député MR craint "une néo-bruxellisation de la capitale, en référence aux bouleversements urbanistiques des années 1960-1970 au détriment du cadre de vie des habitants".

Le MR souligne encore "le risque que les milliers de réclamations envoyées par les riverains et les comités de quartiers restent lettre morte".

Les députés de la majorité vigilants aussi

"Ce n'est pas parce que nous avons refusé la proposition du MR que les débats s'arrêtent. La procédure est juste différente de celle prônée par les libéraux", a de son côté réagi la députée Défi Marie Nagy. "En tant que membre de la majorité, j'ai déjà fait part d'interpellations, notamment sur les problèmes de vue ou de densification liées aux PAD. Même dans la majorité, on peut entendre nos critiques." 

L'élue de Bruxelles-ville estime également qu'il faut "beaucoup de concertation avec les habitants dès le départ".

Pour rappel, un PAD fixe les grands principes urbains qui guideront le réaménagement du territoire en termes d'affectations, de superficies, d'espaces publics, de caractéristiques des constructions, de mobilité... Il n'est donc pas la représentation du projet dans sa version définitive. Il n'empêche, de l'aveu même de la Région, cet outil "occupe une place importante dans la hiérarchie des plans régionaux" . Un PAD abroge même les dispositions réglementaires des autres plans qui lui sont contraires.