Dave Sinardet, politologue à la VUB, analyse l’impact en Flandre de l’accord sur la réforme de l’Etat.

Suite à l’accord, Bart De Wever a d’emblée déclaré ne pas vouloir d’une 7e réforme de l’Etat. N’est-ce pas paradoxal pour un nationaliste flamand ?  

La réforme de l’Etat est associée dans les esprits à beaucoup de problèmes, elle est significative de blocages, de très longues palabres… Bart De Wever ne va donc pas réclamer devant l’opinion publique une nouvelle négociation institutionnelle qui provoquerait encore une paralysie politique de 500 jours… La critique de la N-VA porte d’abord sur le processus des négociations : De Wever dit que l’on doit aller vers une autre méthode, une nouvelle façon de faire qui permettrait d’éviter les blocages. Par exemple, que les négociations "communautaires" soient menées directement entre les Régions. C’est pour cela qu’il se dit opposé à une nouvelle réforme. Il s’oppose aussi à cet accord en termes de résultats : pour lui, cette réforme complexifie encore un peu plus les choses en Belgique. La N-VA veut remettre les choses complètement à plat.  

Ça doit tout de même être dur pour la N-VA de voir que ce sont les partis traditionnels flamands qui ont obtenu plus d’autonomie pour la Flandre…  

Oui, c’est clair. Mais on oublie que la N-VA a été associée au processus de négociation de cette 6e réforme de l’Etat ! Et il reste encore, dans les accords actuels, les empreintes de la N-VA et de la note que De Wever avait rédigée quand il était encore autour de la table. Evidemment, ils n’étaient pas d’accord avec tout mais, après que la N-VA a quitté les négociations institutionnelles, le schéma de négociation est resté fort le même. Cependant, la N-VA fait comme si elle n’avait jamais été associée et accuse cette réforme d’être un bric-à-brac. A côté de cela, les 8 partis signataires de l’accord disent que cette réforme est leur résultat, qu’il est très bon et que la Belgique doit continuer à exister. Pourtant, cette réforme n’apporte rien qui aboutirait à plus de stabilité pour la fédération belge… C’est d’ailleurs ce qu’on peut également reprocher aux réformes institutionnelles précédentes : on donne plus d’autonomie aux Régions mais on ne réfléchit pas à la cohésion de l’ensemble, à l’efficience du système. On répond aux demandes d’autonomie, de régionalisation, de refinancement, venant des Flamands et des Francophones. Mais c’est tout.  

La N-VA dit que le fédéral veut surtout faire des économies quand il régionalise des compétences et que ce sera à la Flandre d’apurer les dettes. Est-ce juste ?  

C’est juste car on ne transfère pas 100 % des moyens financiers qui vont avec les compétences en question. Le fédéral est confronté au coût très important du vieillissement de la population, ça va coûter beaucoup d’argent dans les soins de santé, les pensions… Il fallait donc refinancer le fédéral mais on aurait pu aller plus loin que cela. Quand la N-VA dit que ça va coûter de l’argent à la Flandre, elle a raison en ce qui concerne la régionalisation des soins de santé aux personnes âgées, par exemple. Mais c’est l’inverse dans le domaine du chômage : la Wallonie et Bruxelles seront davantage touchées. Donc, il est difficile de dire qui va payer le plus ou qui va recevoir le plus de cette réforme.  

Au-delà de la N-VA, comment a réagi l’opinion publique flamande ?  

Difficile à évaluer car il n’y a pas encore eu de sondage sur la question. Le dossier est extrêmement complexe et je ne pense pas que les gens vont étudier les textes de la réforme pendant plusieurs semaines pour se faire finalement leur propre opinion… Non, la question qui compte, c’est la perception de la réforme : les Flamands favorables à De Wever vont avoir tendance à l’écouter. Alors que ceux qui sont opposés à la N-VA vont avoir tendance à écouter les partis signataires de l’accord qui disent que c’est la plus grande réforme jamais réalisée en Belgique. La Flandre est fortement divisée et polarisée entre la gauche et la droite et autour de De Wever et de la N-VA qui utilisent le fait de vouloir mener des politiques de droite en Flandre pour justifier davantage d’autonomie.