Les cinq heures de bureau de parti n’ont pas suffi à évacuer toutes les rancœurs. Les députés MR des différents parlements se sont exprimés ce lundi sur le fruit des longs échanges du jour au sujet de la gestion de la présidence par Georges-Louis Bouchez.

Cinq jours après avoir désigné Mathieu Michel au gouvernement fédéral et tenté d’évincer Valérie De Bue du gouvernement wallon, Georges-Louis Bouchez est toujours président du MR. Est-il parvenu à éloigner le spectre d’un putsch en bonne et due forme? S'il a réussi à passer la rampe ce lundi soir, beaucoup l'estiment en sursis pour les prochains mois.

La réponse attendue a été connue au terme de la réunion du groupe interparlementaire du MR qui a débuté peu après 21h au Château-ferme de Profondeval (Brabant wallon). “On n’est certainement pas calmé: ce qu’on attend c’est surtout un geste humain et qu’il montre qu'il est capable de reconnaitre qu’il a foiré”, pointait un député wallon.

La réunion a justement débuté par une brève allocution de Georges-Louis Bouchez qui a reconnu ses erreurs. "Je vous présente mes excuses", a-t-il déclaré.

Manu Douette, bourgmestre de Hannut, plaide pour de nouvelles élections

La parole a alors été donnée aux parlementaires. Manu Douette, député wallon et bourgmestre de Hannut, a plaidé pour de nouvelles élections internes. Il s'agit d'un membre de la Fédération liégeoise du parti, laquelle s'estime mal représentée dans le nouveau casting ministériel.

Nicolas Tzanetatos, proche de Denis Ducarme, sort du bois

Nicolas Tzanetatos, autre député wallon, est passé ensuite à l'offensive avec virulence, nous dit-on. Il s'agit de l'un des soutiens de Denis Ducarme lors de l'élection à la présidence de 2019. D'autres parlementaires, à savoir Michel De Maegd, Nathalie Gilson et Viviane Teitelbaum sont cependant montés au front pour défendre Georges-Louis Bouchez. Jean-Paul Wahl, chef de groupe au Parlement wallon, s'est quant à lui placé dans un entre-deux: il a plaidé pour l'unité et que l'assemblée accepte la proposition du parti.

Bacquelaine plaide pour "un groupe de challengers"

Daniel Bacquelaine, plus tempéré que ces derniers jours, a estimé qu'un manager devait être encadré par "un groupe de challengers", mais continuer à manager. Cela ressemblait donc au fameux G9 évoqué au terme du bureau, plus tôt dans la journée de lundi. Pour Bacquelaine, Denis Ducarme a une responsabilité dans cette situation pour avoir accepté le poste de ministre wallon de Valérie De Bue. Une prise de position qui a irrité profondément l'ex-ministre des Indépendants, qui lui a fait remarquer que la situation était déjà assez difficile pour lui. Deux opposants potentiels à Bouchez qui, loin de s'unir, semblent plutôt se diviser.

Finalement: un G11... avec Denis Ducarme

De quel encadrement parle-t-on? La composition devrait encore être validée mais un G11 a été décidé. Il devrait se composer des chefs de file gouvernementaux, Sophie Wilmès, Pierre-Yves Jeholet,Willy Borsus, d'Alexia Bertrand, mais aussi des trois vice-présidents (Jean-Luc Crucke, Kattrin Jadin, Marie-Christine Marghem), de l'administrateur-général du centre Jean Gol (Daniel Bacquelaine) et de Vincent De Wolf. A noter qu'à minuit, Denis Ducarme découvrait qu'il n'en serait pas, alors qu'en sortie de bureau, il pensait que cela serait le cas. Finalement, il sera bel et bien dans ce groupe d'encadrement.

Vers minuit, au moment d'apprendre qu'il n'en serait pas, Denis Ducarme réagissait plutôt calmement en prenant brièvement la parole. "Je le découvre. Soit. Si vous êtes d'accord, très bien, si vous ne l'êtes pas, exigez le vote." Finalement, les parlementaires MR ont décidé une heure plus tard que Ducarme ferait aussi partie de ce groupe de onze ''sages" amenés à encadrer les décisions prises par Georges-Louis Bouchez.

“Le groupe de sages ne se substituera pas au président mais serait là pour le challenger. C’est comme le G9 au PS, il ne s’agit pas d’un encadrement. Georges-Louis décide mais serait challenger par les autres. Il s’agit de faire évoluer le mode de gouvernance via les statuts du parti”, nous assurait un pro-Bouchez avant une heure du matin.

“Il s’agira bien d’une forme d’encadrement”, rétorque un membre de “l’autre camp”.

"Denis Bouchez ou Georges-Louis Crucke"

En d’autres termes, une forme d’encadrement destinée à faire de l’hyper président Georges-Louis Bouchez un président normal. Mission impossible ? Beaucoup au sein du parti en sont convaincus. “Des tweets impulsifs, des clans, il y en aura encore. Si on lui flanque un comité de belles-mères, les autres présidents de parti sont trop malins que pour ne pas appuyer là où ça fait mal. Comment réagira-t-il si Jean-Marc Nollet et Paul Magnette l’appellent ironiquement Denis Bouchez ou Georges-Louis Crucke dans une réunion des présidents ?”, s’interrogeait une source libérale.

Qu’on ne s’y trompe pas : le Montois de 34 ans n’est pas tiré d’affaires mais en sursis. Il devra composer avec un comité de ténors dont il sentira le souffle au-dessus de son épaule lors de chaque décision stratégique. Sa communication devra également être revue et tempérée. “Georges-Louis, c’est ta dernière chance”, lui a lancé Willy Borsus lors du bureau de parti de lundi matin.

“Je n’en peux plus des despotes, du népotisme et de ce qui ressemble à un clan mafieux”, avait déclaré la présidente sortante du Sénat, Sabine Laruelle, à l’entrée du bureau. Signe de la profonde colère qui anime une grande partie du MR. Le retour d’une guerre des clans. “Il n’y a plus vraiment de clan Reynders, cela n’a plus de sens, par contre il y a encore clairement un clan Michel qui a pesé sur cette décision et un autre camp composé des autres”, posait une libérale. L’importance de l’influence de Charles et Louis Michel sur le sort de Georges-Louis Bouchez est contestée par une partie du MR, tandis que l’autre en est convaincue. C’est significatif quant à l’état d’esprit qui règne au sein du plus vieux parti du pays.