Chassez le naturel, il revient au galop… Les partenaires PS, CDH et Ecolo de la majorité Olivier à la Région wallonne avaient pourtant décidé d’un modus vivendi minimum pour terminer un maximum de dossiers avant les prochaines élections. A la fin de cet été, les grandes vacances ayant apaisé les esprits, les ministres wallons avaient décidé de mettre le couvercle sur leurs dissensions. Car, objectivement, c’est leur intérêt commun de présenter en mai 2014 le meilleur bilan gouvernemental possible aux électeurs. Mais, hier au Parlement, sur une question de détail, une bisbrouille gratuite entre alliés a refait surface. Pire, dans le cas du dossier précis du Logement, compétence de Jean-Marc Nollet (Ecolo), le PS, le CDH et… le MR ont voté ensemble contre Ecolo.

Faut-il y voir le premier orteil d’un futur gouvernement de tripartite traditionnelle associant les libéraux aux socialistes et aux humanistes ? En off, les décideurs politiques jurent que non, que ce nouveau couac de l’Olivier et l’alliance de circonstance avec l’opposition MR n’a pas été orchestrée par les états-majors des partis pour déstabiliser les Verts. "Ce serait vraiment bête de négocier une nouvelle majorité tripartite aussi longtemps avant les élections" , confie un politicien wallon. Il n’empêche que cette nouvelle dispute est symptomatique du manque de cohésion de la coalition régionale. Soyons sérieux deux secondes : en Belgique, on le sait, c’est le règne des partis et de la discipline de vote dans les assemblées.

A quelques rares exceptions près, en effet, les députés - de l’opposition comme de la majorité - votent en fonction des instructions données par leur famille politique. Malgré cette règle non écrite mais bien réelle, une majorité s’est réinventée hier au Parlement wallon. C’est peut-être sain d’un point de vue démocratique, les parlementaires menant leur vie en dehors des accords de gouvernement. Mais, du point de vue de la survie de l’Olivier à terme, c’est interpellant.

Depuis le retour des Ecolos au pouvoir à la Région en 2009, ils constituent l’aiguillon qui dérange, pour le dire positivement, le PS et le CDH. L’opposition libérale au sein de l’assemblée wallonne l’a bien compris d’ailleurs : lorsque les députés MR attaquent l’Olivier, il y a toujours une pique particulièrement bien affûtée destinée au partenaire Ecolo. Les libéraux ont trouvé le bon truc : pour déstabiliser l’Olivier, il faut taper sur le partenaire dont la participation au pouvoir est la plus délicate et qui irrite le plus.

L’Olivier, il est vrai, a donné au MR plusieurs magnifiques occasions de mener son lent travail de sape : faut-il rappeler l’effondrement du marché des certificats verts et la gestion de cette crise par le gouvernement ? Une solution a finalement été trouvée, un nouveau système d’aides au photovoltaïque a été mis en place (Qualiwatt). Mais cela a laissé des traces entre partenaires, avec Ecolo dans l’œil du cyclone. Les certificats verts, c’était la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien rempli par les oppositions radicales en matière d’aménagement du territoire, d’environnement…

Le rail de la discorde

Ou encore de mobilité : les priorités wallonnes pour les investissements ferroviaires en Belgique pour les douze prochaines années n’ont toujours pas été données par le cabinet de Philippe Henry (Ecolo, en charge de la Mobilité) en raison - on résume - d’une opposition totale de conceptions avec le PS de Paul Magnette. Les Ecolos veulent consacrer les centaines de millions d’euros du fédéral à améliorer le transport des passagers. Mais le PS voudrait développer le potentiel de l’aéroport de Charleroi (Gosselies) en y créant une liaison vers le réseau ferroviaire. Vu les budgets actuels, c’est l’un ou l’autre. Deux conceptions s’affrontent depuis des mois au sein du même exécutif régional sur la question.

Bref. Tout ceci alourdit le passif de l’alliance Olivier pour une reconduction à tous les niveaux de pouvoir l’année prochaine. Il va falloir une majorité très forte entre francophones si jamais il fallait entamer les négociations avec la N-VA. Dans ce contexte, la tripartite traditionnelle entre le PS, le CDH et le MR a la cote. La formule existe actuellement au fédéral et semble tenir le choc communautaire et budgétaire.

La tentation est (très) grande au sein de ces trois partis d’étendre cette coalition à la Région wallonne, à la Communauté française et à la Région bruxelloise en 2014. Ecolo serait alors "out" et dans l’opposition partout. Mais est-ce si simple ? Si la N-VA est incontournable en 2014 et que, comme elle l’a annoncé, elle refuse toute négociation avec les socialistes pour le fédéral, les francophones devront trouver une majorité alternative sans le PS et probablement… avec Ecolo.