Jean-Pascal Labille ne sera donc pas candidat aux élections. Il avait annoncé, dès sa nomination comme ministre des Entreprises publiques, qu’il ne venait que pour un mandat "technique", qu’il reprendrait la tête des mutualités socialistes une fois le job accompli. Et c’est bien ce qui va se passer. Il a confirmé cette décision jeudi dans "Le Soir". Le ministre fédéral a présenté les choses de la sorte : il a été fidèle à ses engagements et quitte la scène politique comme annoncé, il ne se présentera nulle part sur les listes socialistes. Il n’aurait donc jamais eu d’ambitions politiques et est conséquent avec lui-même.

Pourtant, en coulisses, plusieurs ténors socialistes donnent une autre version. Jean-Pascal Labille, au contraire, aurait échoué : il a voulu battre le président de la fédération liégeoise du PS et bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, mais a perdu. Il aurait voulu la tête de liste fédérale pour la circonscription liégeoise mais le mayeur de la Cité ardente s’est montré le plus fort. Jean-Pascal Labille a contesté l’organisation de la fédération socialiste principautaire mais n’a pas pu en prendre les commandes ni déstabiliser son puissant patron, Willy Demeyer, donc.

Guerre liégeoise

Entre ces deux-là, c’est la guerre. Une guerre sourde et violente, une guerre d’étranglement, d’étouffement en silence de l’adversaire. Au PS, on ne peut pas critiquer trop ouvertement les autres membres du parti. Il y a une discipline à respecter. Donc, les comptes s’y règlent discrètement.

Toutefois, Jean-Pascal Labille n’a pas joué le jeu : il a fait le tour des sections locales du PS liégeois en contestant la gestion de Willy Demeyer. Dans les médias, il a remis à plusieurs reprises une couche de polémique. Evoquant dans "La Libre" les conflits liégeois en question, il avait mis en garde ses adversaires sans les nommer en déclarant qu’il était un buffle, l’animal le plus dangereux à chasser d’Afrique… Mais, pour le moment, en tout cas, il a dû mettre un genou à terre.

Pourtant, Jean-Pascal Labille est brillant, charismatique, il a le verbe facile, le sens de la formule qui tue ou qui amuse, il a mené plusieurs dossiers à bien au sein du gouvernement fédéral. On dit de lui qu’il a particulièrement aimé être mis ainsi dans la lumière en succédant à Paul Magnette comme ministre des Entreprises publiques. Mais là, sans être élu le 25 mai prochain, il serait démocratiquement très difficile pour le PS de le maintenir ministre. Ce serait juridiquement possible ceci dit, mais éthiquement très limite…

Comment est-on passé du Jean-Pascal Labille en vue, amené au fédéral par Elio Di Rupo et Laurette Onkelinx, au Jean-Pascal Labille qui collectionne les ennemis au sein du PS ? Il aurait voulu aller trop loin, trop vite, en y allant trop fort… Il n’aurait pas dû prendre de front, avec parfois une certaine violence, une série de personnes qui comptent au sein de la galaxie socialiste.

Di Rupo mis en difficulté

Du coup, il a fait le vide autour de lui à Liège. Même vis-à-vis de Jean-Claude Marcourt qui le soutenait au début, même vis-à-vis d’Elio Di Rupo qu’il a mis en difficulté comme Premier ministre en négociant les salaires des futurs patrons de Belgacom et de bpost de manière unilatérale et en créant le malaise chez les partenaires de coalition flamands qui ont eu le sentiment d’avoir été pris de court, voire dupés. Quant au Boulevard de l’Empereur, le président du PS, Paul Magnette, n’a jamais été un grand fan de Jean-Pascal Labille…

Bref, se sachant écarté de la liste fédérale liégeoise et d’une place en vue sur la liste PS pour le Parlement européen (à concocter par le Boulevard de l’Empereur pour le 23 mars), Jean-Pascal Labille aurait décidé de communiquer dans la presse avant que son absence des listes ne soit annoncée par d’autres. Et pour la suite de sa carrière ? Il retrouvera donc son poste à la tête des mutualités mais aussi de nombreux mandats dans une série de structures parapubliques.