"Il ne faut pas un gouvernement d'urgence, il faut d'urgence un gouvernement": tel est le message délivré jeudi par les présidents du cdH Maxime Prévot et de DéFI François De Smet, neuf mois après les élections.

Ils plaident pour une coalition arc-en-ciel étendue à l'une de leurs deux formations. "Aujourd'hui, la situation est d'une gravité exceptionnelle et demande des solutions rapides. Crise économique, perspectives financières dramatiques, pandémie mondiale, crise migratoire potentielle: jamais, dans l'histoire récente, notre pays n'a dû faire face à une constellation de crises aussi forte, avec un gouvernement aussi faible et dépourvu de légitimité. Nous ne pouvons plus attendre", affirment ces deux présidents.

MM Prévot et De Smet disent tirer les conclusions du blocage politique actuel qu'ils attribuent aux grands partis: "tout indique que la détermination du PS à ne pas gouverner avec la N-VA est égale à la détermination du CD&V de gouverner avec elle, et qu'aucun des acteurs en présence ne cèdera. Tout indique aussi qu'il n'existe pas de majorité possible autour de la N-VA."

A leurs yeux, un gouvernement d'urgence dépourvu de majorité parlementaire serait intenable et de nouvelles élections impensables "dans un contexte aussi destructeur pour notre économie, la santé de nos citoyens, et l'avenir du pays."

Le cdH, qui est en pleine opération de refondation après sa lourde défaite électorale, ne pèse plus que cinq sièges à la Chambre. Il a opté pour l'opposition sauf en cas de situation exceptionnelle. DéFI ne pèse lui que deux sièges.

Mais leur alliance à une coalition arc-en-ciel (socialistes, libéraux et écologistes du nord et du sud du pays) ouvrirait la porte à une majorité plus ou moins courte: une "petite Vivaldi" de 80 sièges sur 150 avec le cdH, une "coalition 77" d'autant de sièges avec DéFI.

"CdH et DéFI s'engagent chacun, dans l'hypothèse où l'un d'entre eux rejoindrait un arc-en-ciel, à ce que l'autre s'abstienne lors du vote de confiance d'un gouvernement arc-en-ciel", disent MM Prévot et De Smet par souci de cohérence.

Ils n'envisagent pas de s'allier tous deux à un arc-en-ciel, ce qui les laisserait tributaires d'un lâchage en cours de route vu que ni l'un ni l'autre ne serait mathématiquement incontournable. Ils redoutent aussi de laisser le PTB profiter seul de l'opposition.

Le principal obstacle à ces coalitions vient de l'exclusion des trois premiers partis de Flandre: N-VA, Vlaams Belang (ce dernier étant d'emblée exclu via le cordon sanitaire) et CD&V, ce qui effraie plusieurs autres partis néerlandophones. Même au MR, qui participe à un gouvernement minoritaire côté francophone, des voix se sont déjà élevées ces dernières semaines pour faire valoir cet argument. Avec leur alliance de circonstance, cdH et DéFI disent espérer provoquer un déclic. Ils regrettent que les deux pistes qu'ils défendent désormais ensemble n'aient jamais été sérieusement envisagées jusqu'ici.

Concernant le communautaire, cdH et DéFI s'engagent à "mettre en œuvre un processus de réforme de l'État sur base rationnelle et citoyenne à l'horizon 2024, au départ du Parlement fédéral ou de toute initiative adéquate, ainsi qu'une évaluation des précédentes réformes de l'État."

Ils fixent cinq priorités à un gouvernement de plein exercice: la santé (gestion de la crise sanitaire et pérennité du système de santé), l'emploi et la lutte contre la précarité, le refinancement de la Justice, la question migratoire et le climat.

Mais malgré cette alliance de circonstance, les deux formations classées au centre de l'échiquier politique réfutent toute volonté de fusion ou de cartel. "Nos partis sont différents, ont des histoires différentes, et sont des concurrents politiques."