Bart De Wever a un sens très fin de la mise en scène. Parmi ses bons coups médiatiques, le président de la N-VA avait fait le "buzz" à la Chambre des représentants, il y a un an, lors de la désignation du nouveau président de l’assemblée : avec quelques collègues nationalistes, se sachant scruté par les journalistes qui garnissaient les tribunes, il a ostensiblement tapé le carton durant une interruption de séance. Une manière très ironique de prendre ses distances vis-à-vis de la routine démocratique fédérale.

Mais, depuis lors, après la première année de cette législature, qu’a produit le député De Wever au Parlement ? Rien. Aucune proposition de loi signée par lui, pas la moindre résolution qui porterait son nom… Pourtant, il est membre d’une commission dont l’intitulé aurait pu l’inspirer : la commission "Révision de la Constitution et des Réformes institutionnelles"…

Certains de ses opposants politiques pourraient y voir du dédain, voire du mépris, pour l’assemblée fédérale dans laquelle il a été élu. Histoire de rappeler que la N-VA reste bien, dans ses statuts en tout cas, une formation séparatiste qui attend que la Belgique éclate.

"Un travail d’équipe"

Pour la porte-parole francophone du plus gros parti du pays, le piètre bilan de Bart De Wever s’explique autrement. "Il est accaparé par ses fonctions de président de la N-VA , explique Anne-Laure Mouligneaux. Mais il est toujours là pour les votes en séance plénière et pour les situations politiques importantes. Par ailleurs, le groupe N-VA à la Chambre est le plus important en nombre de députés et il veille donc à laisser de la place dans l’espace public aux autres élus du parti. Etre député, c’est de toute façon un travail d’équipe : ce n’est pas parce que Bart De Wever ne signe pas lui-même telle ou telle proposition de loi qu’il n’est pas au courant. Tout cela se discute notamment lors du bureau de parti."

Laisser de la place aux élus N-VA

En effet, avec ses 33 députés, le groupe N-VA à la Chambre pèse très lourd en termes d’effectifs. Vu le succès de leur formation politique aux dernières élections, bon nombre de ces parlementaires sont des petits nouveaux. Ils doivent encore se faire un nom et il est clair que si la machine médiatique qu’est Bart De Wever ne leur laissait pas un peu de place, ils auraient du mal à exister. Mais alors, pourquoi est-ce que le président des nationalistes flamands, qui est aussi le bourgmestre très occupé de la métropole flamande - Anvers - ne démissionne-t-il pas simplement de ses fonctions de parlementaire ? "Les gens ne comprendraient pas qu’il ne siège pas dans l’assemblée où il a été élu", explique la porte-parole.



PS

Les questions de Di Rupo

Présent mais pas trop. Et les autres présidents de parti, tiens ? Quel est leur bilan parlementaire, un an après la grand-messe électorale et le renouvellement des assemblées ? Commençons par l’ex-Premier ministre qui a retrouvé les bancs de l’opposition à la Chambre depuis lors. Il a aussi récupéré la présidence du PS et dirige Mons comme bourgmestre. Trouve-t-il le temps de passer au parlement ? "Elio Di Rupo a posé 21 questions écrites et vient de déposer une proposition de loi pour lutter contre le dumping social. Il en est le premier signataire, explique-t-on au boulevard de l’Empereur. Il est par ailleurs présent à la très grande majorité des séances plénières." Pas à toutes, en effet : son absence avait été pointée du doigt par la N-VA lors du premier vote de l’ajustement budgétaire, avorté faute de participants en nombre suffisant du côté de la majorité (il y a deux semaines).


MR

Chastel, "présent à 97 %"

Certificat médical. Comment se comporte le président du seul parti francophone de la majorité fédérale ? Député de la Chambre comme Di Rupo et De Wever, Olivier Chastel affiche un bon bilan, selon Christophe Cordier, son porte-parole : "58 questions écrites, pas de questions orales et 9 cosignatures de propositions de loi ou de résolutions." Signer des textes, c’est bien, mais quid de la présence physique d’Olivier Chastel à la Chambre ? Selon le MR, il serait présent en séance plénière à concurrence de 97 %. "Ses rares absences étaient pour des raisons médicales", ajoute le porte-parole libéral. Toutefois, le patron des réformateurs pourrait se rendre un peu plus visible comme député. "C’est vous qui m’apprenez qu’il était député, je n’avais pas remarqué sa présence", note un observateur d’un parti flamand de la majorité fédérale…



CDH

Lutgen le coordinateur

Laisser faire les spécialistes. Le chef des humanistes et maïeur de Bastogne se classe parmi les présidents de parti qui ne snobent pas le parlement malgré leurs occupations : depuis le début de la législature, on l’a vu à plus de 90 % lors des votes de la Chambre; il a déposé 6 textes et posé 3 questions écrites. Ce n’est pas énorme pour une formation qui est dans l’opposition (au fédéral), diront les esprits chagrins. A ce sujet, le porte-parole du CDH, Fabian Namur, apporte une explication : "Le travail de Benoit Lutgen en tant que député est de veiller avant tout à donner la possibilité aux parlementaires de se saisir de dossiers dont ils sont spécialistes, de les porter et ainsi d’avoir une certaine visibilité. Il organise aussi le travail des parlementaires de toutes les assemblées en coordination avec les chefs de groupe."


Open VLD et CD&V

Rutten sanctionnée

Présence obligatoire. Et les autres présidents de partis flamands ? Au CD&V, pas de réponse donnée sur le travail de Wouter Beke à la Chambre. Par contre, du côté des libéraux, la présidente Gwendolyn Rutten est busée dans les grandes largeurs. Elue au parlement flamand, elle a vu son indemnité de parlementaire réduite en juin du fait de ses absences lors de votes en séance plénière. Bon, son parti relativise la sanction : les absences de Gwendolyn Rutten remontent principalement au début de la législature, lorsqu’elle était occupée par la formation et le démarrage des différents gouvernements auxquels participe l’Open VLD. Le parlement flamand dispose d’un mécanisme destiné à pénaliser les absences de ses 124 membres. Ainsi, un député doit prendre part à au moins 80 % des votes en séance plénière pour bénéficier de son indemnité parlementaire complète.